Clément Mathieu, «pion» un peu risible interprété par François L’Écuyer, tentera de conserver son sens moral et d’entretenir la beauté au milieu des railleries polissonnes des élèves.

«Les choristes»: jolis chants aux teintes sépia

CRITIQUE / Joué sur une note comique, malgré la dureté de certains passages et ses chants éthérés, «Les Choristes» se révèle être un spectacle touchant, où les chants d’enfants illuminent la grisaille d’un internat beauceron dans les années 40. Le metteur en scène Serge Denoncourt a orchestré une chorégraphie fluide aux teintes sépia, fidèle au film réalisé par Christophe Barratier.

L’histoire est toute simple. Un professeur de musique sans emploi accepte un poste de surveillant dans une école pour garçons isolée. En montant une chorale, il transformera peu à peu l’ambiance de l’internat et la vie de ses élèves. Nous sommes quelque part entre La mélodie du bonheur et La société des poètes disparus.

Les interprètes campent des personnages colorés dans un monde gris. François L’Écuyer joue Clément Mathieu, auquel on finit par s’attacher. Ce «pion» un peu risible, dont la vie professionnelle et personnelle bat de l’aile, tentera de conserver son sens moral et d’entretenir la beauté au milieu des railleries polissonnes — voire vulgaires — des élèves et malgré le joug d’un directeur acariâtre. 

Les garçons, qui font partie de la Maîtrise des Petits chanteurs de Québec, s’en sortent très bien dans leurs doubles rôles de garnements et de choristes. Mercredi soir, Jules Garant, en Morhange, et Henri Garant, en Pépinot, se sont révélés particulièrement doués pour susciter l’émotion, avec quelques gestes et paroles soigneusement balancées.

Gary Boudreault, bourru, mais affectueux en Père Maxence, et Michel Olivier Girard, en professeur Langlois de plus en plus enthousiaste devant la musique et l’insurrection, ont des personnalités comiques bien affirmées. Le Directeur Rachin d’Henri Chassé est plus complexe. Alors qu’il parvient à nous faire rire avec certaines réparties antipathiques, il crée aussi un certain trouble lorsqu’il se livre à des châtiments corporels sur les élèves.

Le moment où il fouette Mongeau (Gabriel Lemire), le (trop) grand rebelle qui dépasse les autres garçons de deux têtes, alors que la classe entonne un chant angélique dans un décor où la pleine lune enveloppe la campagne, est une bonne illustration des contrastes que la mise en scène parvient à faire ressortir.

Tout semble glisser sans effort. Les décors conçus par Guillaume Lord s’ouvrent comme des éventails, le mobilier roule. Toute la distribution participe activement et efficacement à ce ballet où aucune coupure ne vient interrompre le flot des évènements, malgré les nombreux changements de lieux. Des projections vidéo sont utilisées à bon escient pour créer plusieurs effets spéciaux ou poétiques. L’introduction, où Mathieu arrive en autobus, et la prise de la photo de classe sont particulièrement réussies.

Côté chant, le plus difficile pour les jeunes chanteurs aura certainement été de chanter faux au début de la pièce et de faire les clowns à tour de rôle lorsque leur surveillant évalue les types de voix. Ils y arrivent avec beaucoup d’humour et d’aplomb (c’est l’une des scènes les plus applaudies), si bien que leurs chants angéliques n’en paraissent que plus miraculeux par la suite.

Les Choristes est présenté à la salle Albert-Rousseau jusqu’au 28 juillet.