«Selling England by the Pound», «c’est mon album préféré de Genesis. C’est ma motivation pour faire ce spectacle», certifie Steve Hackett.

Les «belles impertinences» de Steve Hackett

Entre le rock progressif ou des incursions dans les musiques du monde, des aventures acoustiques ou des explorations orchestrales, le guitariste Steve Hackett, de sa propre description, «suit sa muse». Celle-ci le guide ce dimanche dans la capitale, où il s’offrira — ainsi qu’à ses fans —, un double cadeau : l’intégrale du mythique album de Genesis «Selling England by the Pound» et la célébration des 40 ans de «Spectral Mornings», son troisième album solo. Discussion avec un musicien toujours passionné et en constante création.

Q Vous tournez actuellement avec l’intégrale de l’album Selling England by the Pound. C’est une première pour vous, n’est-ce pas?

R Oui, c’est la première fois. Nous avons aussi ajouté une pièce en extra qui n’avait pas trouvé sa place sur l’album et que Peter Gabriel et moi avions écrite ensemble. Même quand l’album est sorti, en 1973, nous jouions seulement certaines pièces. Nous ne jouions pas After the Ordeal ni Aisle of Plenty… Nous ne faisions généralement pas The Battle of Epping Forest. Et nous ne faisions certainement pas Déjà vu, qui est cette pièce manquante. Maintenant, j’ai l’occasion de le jouer intégralement. C’est mon album préféré de Genesis. C’est ma motivation pour faire ce spectacle.

Q Et pourquoi le faire maintenant?

R Je venais de faire une tournée en Angleterre avec un orchestre symphonique. J’avais l’impression d’avoir sorti un gros lapin de mon chapeau. Je voulais arriver avec un projet qui serait à la hauteur après ça. J’avais l’idée depuis un moment de monter un spectacle qui rassemblerait des chansons de Selling England by the Pound et de Spectral Mornings. Je les vois comme des compagnons, même si l’un est un album de groupe et l’autre est un album dit solo. J’ai l’impression qu’ils se doivent quelque chose l’un à l’autre. Je crois que la pièce Spectral Mornings doit quelque chose à Firth of Fifth de Selling England… De la même manière que Every Day a été influencée par Mad Man Moon sur A Trick of the Tail [de Genesis]. Je suis fier de ces chansons. Et je suis très fier de mon dernier album, At the Edge of Light. Donc finalement, c’est vraiment de la musique puisée de trois de mes albums préférés.

Q Pourquoi Selling England by the Pound est-il spécial pour vous?

R J’ai beaucoup d’affection pour cet album… Quand il est sorti, nous étions à New York. Nous avions du mal à nous faire engager à peu près partout à cette époque. Et puis John Lennon a donné une entrevue où il a dit que Genesis était un groupe qu’il écoutait à ce moment. Je suis encore très fier de ça. Ç’a fait une grande différence pour moi. Vous devez garder en tête qu’à titre de musiciens et d’auteurs-compositeurs, nous étions tous de grands fans des Beatles. Je pense à tous ces gens sur la scène du rock progressif qui se sont mis à créer des chansons de plus en plus détaillées et soignées… Les Beatles étaient à l’avant-garde de ça, ce sont eux qui ont ouvert la marche et qui ont récolté un succès énorme, évidemment. Il y avait toujours ce défi : comment est-ce qu’on peut arriver à quelque chose qui s’approche, même de très loin, de la qualité du travail qu’ils ont accompli avec George Martin?

Q Cette idée de défi est-elle un bon moteur de création pour vous?

R Ça l’est. Je pense que personne ne détient toujours toutes les réponses. Il faut être modeste là-dedans. Mais c’est fascinant de voir tout ce qu’on peut réussir dans le cours d’une vie. Tous les musiciens voudraient, au-delà de l’idée d’en faire un métier, pouvoir appuyer sur un bouton et entendre une superbe mélodie émerger. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. Les bonnes chansons ne poussent pas dans les arbres. Elle se révèlent lentement. Certaines ne suivent pas un ordre chronologique, mais elles s’assemblent plus tard en suivant une certaine logique. Les gens pensent parfois que les chansons s’écrivent d’un trait. Ce n’est pas le cas. Elles peuvent demeurer pendant des années sous la forme d’un casse-tête imaginaire. J’ai des livres d’ébauches de riffs qui attendent d’être utilisés.

Q Avez-vous senti un changement à l’époque dans vos salles avec Selling England by the Pound?

R Certains spectateurs nous adoraient, d’autres nous détestaient et partaient avant la fin. Je pense que tout groupe qui fait de la musique plus compliquée doit continuer à surfer sur cette même vague jusqu’à ce que les gens comprennent ce qu’il essaie de faire. Si vous êtes passionné par ce que vous faites, vous devez vous accrocher à vos idées et ne pas capituler. Certaines idées plus originales prennent du temps à être comprises. Il faut voir ça comme un marathon. On arrive au bout éventuellement. Si vous voulez devenir riche rapidement, mieux vaut aller dans la musique pop ou dance. Mais si vous voulez faire quelque chose qui parle aux gens de la même manière que vous avez été ému par la musique de n’importe quel style, vous devez vous engager à long terme. Il faut être capable de se dire : je ne veux pas me vendre. Ceux qui font des compromis pour être populaires dérobent la musique de sa vraie valeur, qui n’est pas seulement de rassembler les gens, mais aussi de les stimuler, de les guérir… C’est une immense ambassadrice pour la paix. C’est très puissant.

Q Travaillez-vous sur de la nouvelle musique actuellement?

R J’en suis au tout début du processus. Je touche à l’acoustique, à quelque chose de plus orchestral et à du rock. Peut-être que ça ira sur des albums différents, peut-être sur le même. Je suis reconnu comme quelqu’un qui fait ce qu’il n’est pas censé faire, quitte à ce que ça serve plus tard. Je dois suivre ma muse, même si ça fait bifurquer mon chemin vers d’autres genres musicaux. Je suis séduit par ces belles impertinences...

Steve Hackett se produira à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre le 15 septembre.

Enregistré pendant une tournée avec l’orchestre Heart of England, le coffret CD et Blu-Ray Genesis Revisited Band & Orchestra : Live at the Royal Festival Hall arrivera dans les bacs le 25 octobre.