«Le monde a besoin de se reposer, pense Stephan Moccio. On est bombardé par les réseaux sociaux, par des courriels, les ordis, la vie, les enfants, la famille. On cherche un type de sérénité, on cherche du calme.»
«Le monde a besoin de se reposer, pense Stephan Moccio. On est bombardé par les réseaux sociaux, par des courriels, les ordis, la vie, les enfants, la famille. On cherche un type de sérénité, on cherche du calme.»

Le retour au calme de Stephan Moccio

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Le nom de Stephan Moccio n’est peut-être pas d’emblée familier pour le grand public. Compositeur, réalisateur et arrangeur prisé, le Canadien installé en Californie a mis sa griffe sur plusieurs grands succès pop des dernières années. Voilà qu’il prend un peu de recul pour revenir aux sources : un album néoclassique sur lequel il retrouve en solo son premier amour, le piano.

En bon français, Stephan Moccio est un «faiseur de hits». En cosignant avec Aldo Nova la pièce A New Day Has Come de Céline Dion, le natif de l’Ontario (mais qui garde des racines profondes au Québec) s’est retrouvé dans la stratosphère des auteurs-compositeurs. Moccio a également collaboré au dernier album de la diva de Charlemagne, Courage.

Mais ses talents musicaux ont aussi été associés à une myriade de gros noms comme The Weeknd, Sarah Brightman, Avril Lavigne, Fergie, Josh Groban ou une dénommée Miley Cyrus, pour qui il a cosigné le tube planétaire Wrecking Ball.

Au fil des ans, Stephan Moccio a été nommé aux prix Grammy, il a marqué les Jeux olympiques de Vancouver en signant la chanson thème I Believe et a joué sur la scène des Oscars, où il était en nomination pour sa participation à la trame sonore du film 50 nuances de Grey.

Bref, il a vécu tout un tourbillon. Grisant, certes. Mais le pianiste a soudainement eu envie de faire un pas de côté en enregistrant seul au piano l’album Tales of Solace, dévoilé vendredi.

«Je suis un musicien [polyvalent], je sais faire beaucoup de styles de musique, observe-t-il. Parce que j’ai ce talent-là, ça devient comme un métier de service. Je suis là pour supporter et servir ces artistes-là. Il y a du plaisir, mais si tu le fais trop longtemps, tu peux te perdre. Je ne suis pas juste un artiste de service, j’ai quelque chose à dire, peut-être encore plus maintenant que j’ai 47 ans, que j’ai [une expérience] de vie en moi.»

«Un prix à payer»

Stephan Moccio a été élevé un pied dans la musique classique — il joue du piano depuis qu’il a trois ans —, un autre dans la pop américaine. Sa carrière musicale a alterné entre ces deux mondes, lui qui avait fait paraître un album instrumental à son nom, Exposure, en 2006.

Cultivant les collaborations avec des artistes pop, le compositeur et arrangeur s’est installé en Californie il y a sept ans. Selon la petite histoire, il n’avait pas encore reçu ses meubles pendant son déménagement que les offres lui tombaient dessus. Ça n’a pas vraiment dérougi depuis.

«Ma vie est devenue très grande, ici, note-t-il. Je suis associé à de grandes chansons, de grands artistes. Je reconnais que c’est un privilège. Mais je travaille très fort chaque jour, 14 ou 15 heures. Je n’arrête jamais. Il y a un prix à payer pour ce succès-là. Je commençais à me questionner, à me dire que j’ai besoin de quelque chose de plus.»

Selon son récit, le déclic s’est produit en 2018, alors qu’il travaillait à Londres sur l’album Courage de Céline Dion. En rentrant un soir à l’hôtel, il s’est mis à écouter de la musique classique à la radio.

«J’ai comme été paralysé pendant un moment, raconte Moccio. On avait eu une belle journée d’enregistrement pour Céline. Je me disais que c’était incroyable et un privilège de pouvoir faire de la musique avec des artistes comme ça. Mais je m’ennuyais d’une certaine culture. Des villes comme Toronto, Montréal ou Québec, ce sont des endroits où il y a beaucoup de culture et de musique classique. Quand j’ai entendu cette musique dans ma chambre d’hôtel, ça m’a frappé : il faut que je retourne au piano.»

Le compositeur a terminé les contrats qu’il avait à l’agenda avant de prendre une pause de la pop «pour un temps indéterminé». Il y retournera sans doute un jour. Mais il ne se sent pas pressé.

«J’ai été nommé aux Grammy et aux Oscars, détaille-t-il. J’ai aussi joué aux Oscars. Si ça arrivait encore, ça serait incroyable. Les Olympiques, c’était incroyable. J’ai fait des choses auxquelles on rêve. C’est drôle, parce que ce qui me donne le plus de satisfaction en ce moment, c’est de retourner à cette simplicité-là au piano.»

Stephan Moccio parle de Tales of Solace comme d’un album «thérapeutique».

«J’ai voulu exposer des émotions humaines, ce qu’on est capable de faire avec un instrument de bois, sans toujours se cacher derrière de grandes productions, explique-t-il. La musique que j’ai décidé de faire seul au piano, je la sens plus authentique. Je me sens aussi beaucoup mieux comme être humain à travers le processus d’enregistrement...

«Le monde a besoin de se reposer, reprend Stephan Moccio. On est tous occupés. On est bombardé par les réseaux sociaux, par des courriels, les ordis, la vie, les enfants, la famille. On cherche un type de sérénité, on cherche du calme. C’est tout ce que je veux vraiment donner avec ma musique. Je pense que les gens peuvent s’entendre penser, entendre leur cœur battre. Moi, j’avais besoin de ça dans ma vie. Si j’en avais besoin, sûrement que je n’étais pas le seul.»

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LE CANADA DANS LA LORGNETTE

Stephan Moccio ne le cache pas, dans le climat politique qui règne aux États-Unis — le tout doublé des contraintes liées à la COVID-19 —, il s’est ennuyé du Canada ces derniers temps. «Énormément. Je me pose de grandes questions», confirme celui qui avait des projets de tournée à l’international avant que tout s’arrête. Avec un plan musical désormais plus centré sur son propre projet solo, il dit interroger la nécessité de garder son port d’attache à Los Angeles plutôt que dans son pays natal. 

Et il y a aussi ses proches qui lui manquent. «Ma mère est à Québec et je m’ennuie d’elle! lance-t-il. Je ne peux pas la voir à cause de cette maudite pandémie...»  Geneviève Bouchard