Le chef d’orchestre Fabien Gabel dirigera «Le sacre du printemps» pour la première fois, dans un concert rassemblant l’OSQ et Les Violons du Roy.
Le chef d’orchestre Fabien Gabel dirigera «Le sacre du printemps» pour la première fois, dans un concert rassemblant l’OSQ et Les Violons du Roy.

Le printemps en janvier à l'OSQ

Joint par téléphone dans l’État de New York, où il se trouve pour diriger le Rochester Philharmonic, Fabien Gabel ne cache pas son enthousiasme à l’idée de diriger «Le sacre du printemps» pour la première fois. Au fil des concerts, les spectateurs de l’OSQ ont pu constater que le directeur musical nourrissait une passion pour les musiques tirées d’opéras, de ballets ou d’œuvres théâtrales, voire littéraires.

L’Orchestre symphonique de Québec présente l’un des ses concerts les plus attendus de la saison la semaine prochaine. Les Violons du Roy et le trompettiste suédois Hakan Hardenberger sont conviés à un programme en trois temps, qui culminera avec Le sacre du printemps, de Stravinski.

«Je fais peu d’opéras, alors je compense en mettant au programme des suites faites par les compositeurs à partir de leurs œuvres plus monumentales. Il y a un souffle épique. Lorsque la musique raconte un drame, ça nourrit l’imagination pour l’interprétation», explique le directeur musical de l’OSQ.

Il a lui-même joué Le sacre du printemps à la trompette une trentaine de fois à l’Opéra de Paris, pour accompagner la réinvention du ballet par la grande chorégraphe Pina Bausch. (On vous recommande d’ailleurs chaudement d’aller voir des extraits mis sur le Web par l’institution française.)

La partition et ses séquences rythmiques «géniales et complexes» lui étaient d’ores et déjà familières. Du lutrin, il souhaite en faire ressortir la précision. «Chez Stravinski, il n’y a pas d’emphase. Il détestait les épanchements et le pathos, il voulait qu’on joue simplement sa musique, en respectant ce qui était écrit, expose le maestro. La force de la musique est dans le rythme et dans le côté sauvage, qui prend aux tripes.»

Puisque l’interprétation de cette œuvre demande un nombre considérable de musiciens, faire appel aux Violons du Roy semblait tout indiqué. Plusieurs musiciens transitent déjà d’un orchestre à l’autre au fil des programmes et des tournées, mais ce serait la première fois, selon Fabien Gabel, que les deux institutions joignent officiellement leurs forces.

Le Suédois Hakan Hardenberger viendra jouer le Concerto pour trompette du compositeur corse Henri Tomasi.

Confrère trompettiste

Les Violons ne se contenteront pas de venir gonfler les rangs. La première œuvre au programme, Les Elemens de Rebel, sera dirigée par le complice de longue date de l’orchestre baroque, Mathieu Lussier. «[Le concert] commencera par le chaos, la création du monde, alors que Le sacre est l’arrivée du printemps, la nature qui reprend vie petit à petit», souligne Fabien Gabel, qui y voit une belle progression.

Entre les deux pièces, le trompettiste Hakan Hardenberger jouera un concerto du compositeur corse Henri Tomasi. «C’est très expressif, très inspiré, les gens qui aiment Ravel et Gershwin seront ravis d’entendre ça», note le chef.

L’œuvre d’une quinzaine de minutes fera en sorte que le soliste réputé aura un passage plutôt bref — mais souhaitons-le, fulgurant — sur la scène du Grand Théâtre. «Les œuvres qui font partie du répertoire de la trompette ne font pas plus de 25 minutes, parce que physiquement, c’est impossible d’en jouer comme soliste plus longtemps», explique Fabien Gabel, notant que Hardenberger profitera de son passage à Québec pour donner des cours de maître.

Les deux trompettistes ont partagé le même professeur, Pierre Thibaud, et le Concerto pour trompette de Tomasi a longtemps fait partie des œuvres privilégiées par Fabien Gabel pour les auditions et les concours. «Quand ça a été écrit, en 1948, c’était l’œuvre la plus difficile jamais écrite pour la trompette. Encore aujourd’hui, c’est de haut niveau. Tomasi a repoussé les limites de l’instrument, un peu comme si c’était une clarinette. L’orchestration est luxuriante, avec de belles couleurs françaises et des influences jazz.»

La semaine qui suivra Le sacre du printemps, l’OSQ jouera au Palais Montcalm. Noah Bendix-Balglay, violon solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, sera le soliste invité d’un concert dédié au répertoire français.

Le sacre du printemps sera présenté le mercredi 22 janvier à 20h et le jeudi 23 à 10h30, au Grand Théâtre de Québec.