Le rappeur Souldia
Le rappeur Souldia

Le nouveau souffle de Souldia

Avec son album Survivant, paru en 2018, Souldia a, nous dit-il, eu l’impression de boucler un chapitre de sa vie. Avec son huitième album, Backstage, le rappeur de Limoilou a saisi l’occasion d’étancher une soif de renouveau.

Une nouvelle équipe (il a joint les rangs des Disques 7e ciel, où logent notamment Alaclair Ensemble, Koriass et FouKi) et de nouveaux collaborateurs ont accompagné la création des nouvelles chansons de Souldia. De nouvelles inspirations, aussi. 

«C’est un album où j’ai écrit des couplets entre deux villes. Ce n’est pas pour rien qu’il porte ce titre. Maintenant, ma vie, c’est de faire des tournées. Et on dirait que j’ai repris un nouveau souffle, une nouvelle envie de faire de la musique», indique-t-il au bout du fil, confinement oblige. 

Comme à peu près tout le monde, le rappeur a vu ses plans sabotés par la COVID-19. Exit le tournage d’un clip pour lequel il avait «vraiment une bonne idée». Il doit aussi oublier pour le moment un lancement parisien qui devait avoir lieu en mai. Mais Kevin St-Laurent (de son vrai nom) n’a quand même pas raté l’occasion de souligner sa collaboration avec Loud en tournant le clip Rêve de jeunesse en mode distanciation sociale : les deux rappeurs chacun chez soi, un réalisateur qui les réunit à l’écran en projetant leur image dans les rues désertes de Montréal. «Le tournage était prévu. Mais ce n’était pas ça qui était prévu. Il a fallu qu’on se revire vite et qu’on pense à une idée», indique Souldia.

«Loud, ça fait quand même longtemps qu’on se croise dans les coulisses, reprend-il. Même à l’époque de Loud Lary Ajust. Pour moi, c’est un grand rappeur. J’aime ses flows et tout ça. Et si on parle d’aller loin du point de vue de la carrière, Loud a atteint des niveaux qu’aucun rappeur n’a atteints ici. Personne n’a rempli deux fois le Centre Bell et le Centre Vidéotron. Pour moi, de travailler avec Loud et de l’avoir sur mon album, gros respect. C’est un beau cadeau qu’on m’a fait. Juste le fait qu’il prononce “Limoilou” dans son verse et qu’il parle de mon quartier… Beaucoup de gens ont l’impression que Loud vient donner du respect au street

«Une éponge»

Souldia n’a jamais fait de cachettes sur ses origines, sur le fait qu’il a grandi dans la rue, sur son passé criminel et son séjour en prison, où certains amis sont toujours incarcérés. Maintenant père de famille, le prolifique rappeur est ailleurs… Mais pas tout à fait. 

«Il faut toujours se dire que mon rap, c’est la réalité à 360 degrés, décrit-il. Je suis une éponge. Je m’imbibe des conversations que j’ai eues dans la journée, des gens que je croise, des vieux amis qui refont surface, de téléphones que je reçois de la prison. Il n’y a jamais vraiment de fiction. Mais si je parle de dealer de la dope, je ne parle pas nécessairement de moi. Je peux parler de mon entourage. C’est un milieu où tu penses que tu t’en sors, mais tu ne t’en sors jamais vraiment. Tous les gens que tu as côtoyés dans ta vie et que tu connais font partie de ce milieu-là. Ça finit que tu as toujours affaire à ça sans être dedans.»

Sur Backstage, il est aussi beaucoup question de son parcours artistique et de sa vie de tournée, notamment sur la pièce-titre — où Eli Rose lui prête sa voix —, ou sur la lascive Sexto, dédiée à sa douce. Conscient qu’il s’adresse souvent à des fans plus jeunes, il adopte aussi un ton rassembleur avec des refrains comme Un jour à la fois ou dans l’ode à la persévérance Les derniers seront les premiers (avec Farfadet). 

«À l’âge où on est rendu, je pense que c’est un peu notre devoir, de quelque façon que ce soit, d’éduquer les plus jeunes, croit-il. Que ce soit comme père, comme professeur, comme artiste… Je pense que les générations en dessous comptent beaucoup sur nous pour apprendre. C’est notre devoir d’humain de faire ça.»

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SOIGNER DES BLESSURES

«Ce soir les anges pleurent, papa est mort dans sa cellule», rappe Souldia sur la pièce Magnifique. Un peu comme il l’avait fait pour son défunt ami Philippe «Infrak» Giroux avec Mon frère, Souldia rend hommage à un proche disparu sur l’album Backstage

«C’est une chanson que je voulais faire depuis longtemps, confie-t-il. Mon père est décédé en 2012 et on est rendu en 2020. Je ne trouvais juste pas les mots ni les beats. Cette fois-ci, j’écoutais des beats et ma femme m’a dit : “c’est là-dessus que tu dois faire la chanson pour ton père”. Elle avait trop raison. Cette chanson-là, je l’ai écrite sur plusieurs mois, petits bouts par petits bouts. Il fallait trouver la bonne façon d’en parler. En l’écrivant, j’ai réparé des blessures.»

Le rappeur ajoute avoir du même coup ouvert une porte pour ses propres enfants, qui n’ont pas connu leur grand-père. «Quand je leur ai fait écouter, ç’a été un beau moment pour commencer à leur parler de lui, note-t-il. Mon fils, surtout, me pose des questions. Moi, j’ai deux ou trois photos de [mon père]. Et ce ne sont pas des photos avec moi. Je lui montre… Et un jour, je lui expliquerai plus de choses...»

Chargée d’émotions, la pièce fera certainement partie de ses futurs spectacles, promet Souldia. Même si ça risque d’être difficile pour lui. «Mais c’est aussi de beaux moments, précise-t-il. Mon frère que j’ai faite pour Phil, je la faisais encore deux ans plus tard. Dans mes shows, ça brasse beaucoup. Il fait chaud, il y a de la fumée, on n’a jamais vraiment de break. Quand on arrive à cette chanson-là, j’ai l’impression qu’on met le temps sur pause. Ça devient un moment magique où les gens allument leur cellulaire. Maintenant que j’ai Magnifique, je compte les faire les deux.»  Geneviève Bouchard