L’affiche du concert sur la façade du Xi’an Concert Hall

L’aventure asiatique des Violons du Roy

Du 29 octobre au 5 novembre, les Violons du Roy faisaient leur première tournée en Asie avec le pianiste Marc-André Hamelin. «On découvre un nouveau continent. Quand on va marcher, il y a des lumières partout, on a l’impression d’être dans un jeu vidéo tellement qu’il y a une ambiance folle. C’est invraisemblable !», raconte la violoniste Angélique Duguay.

L’enthousiasme est palpable devant le petit écran du téléphone de Patrice Savoie, codirecteur général des Violons du Roy, entouré des musiciennes Noëlla Bouchard et Angélique Duguay. Alors que Québec s’éveille doucement lundi matin, nos interlocuteurs viennent de rentrer à l’hôtel après une soirée sans concert, lundi soir, en Chine. Onze heures de décalage les séparent de la maison et leur donnent l’impression que leur horloge interneest sans dessus dessous.

«Le hic, c’est que le gros coup de barre arrive en plein milieu du concert, expose Noëlla Bouchard. Les premiers concerts ont été vraiment difficiles. On était éveillés, mais dans un état second. C’est une lutte comme je n’en avais jamais vécue.» Heureusement, ces intenses pertes d’énergie ne survenaient pas au même moment pour tous les musiciens, qui pouvaient s’appuyer les uns sur les autres. «On devait compter sur nos acquis. C’est là que le métier entrait en ligne de compte», note la violoniste, qui, comme sa collègue, a fait une trentaine de tournées avec les Violons.

L’épopée asiatique s’est amorcée à Séoul le 29 septembre, puis s’est poursuivie pour quatre concerts en Chine, à Shanghai, Nanjing, Xi’an et Beijing, seul concert restant au moment de notre entrevue. «La salle est au cœur de la cité interdite, ce sera nécessairement spécial. Il devait y avoir quelques étincelles», souligne Patrice Savoie.

Les Violons ont eu l’occasion de jouer dans des salles exceptionnelles en Corée et dans l’Empire du Milieu. «L’acoustique est excellente, le son est très vivant», note Noëlla Bouchard. L’architecture surréaliste et les canopées en forme de vagues du Jiangsu Centre for the Performing Arts, à Nanjing, a particulièrement impressionné les musiciens.

L’extérieur du Jiangsu Centre for the Performing Arts, à Nanjing
L’intérieur de la salle de concert à Nanjing

Les grandes jauges, qui permettent d’accueillir environ 1200 à 1500 spectateurs, font toutefois en sorte que l’orchestre est loin de faire salle comble. «C’est normal pour un orchestre étranger, ça fait partie des prévisions des diffuseurs. Il y a vraiment un public averti pour les orchestres étrangers, mais leurs salles sont tellement mégalos, que même si on a 650 personnes, c’est rempli à la moitié ou au tiers», indique Angélique Duguay.

«Le public n’est pas aussi nombreux qu’on l’aurait souhaité, mais il est extrêmement attentif, assez jeune. Il y a beaucoup d’enfants. Ils applaudissent longtemps d’une manière continue, indique Noëlla Bouchard. Marc-André Hamelin peut faire jusqu’à trois rappels après son concerto tant ils applaudissent longtemps. On fait aussi un rappel à la fin du concert. On ne les sent pas du tout pressés de quitter la salle. Ils sourient. Mais ils ne se lèvent pas, contrairement au Québec, où on se demande parfois si les gens ne se lèvent pas pour mettre leur manteau !» À Séoul, une longue file de «nouveaux fans» ont patienté pour faire signer livrets de disque, programmes de concert et même des partitions par le soliste et le directeur musical, Jonathan Cohen.

Après les concerts, Marc-André Hamelin et Jonathan Cohen se sont prêtés à une session de signatures très courues.

Avec 5 concerts dans autant de villes en 8 jours, les musiciens québécois ont eu peu de temps pour jouer les touristes. Ils ont toutefois pris le temps d’aller voir l’armée de terre cuite de Xi’an et de se délecter de nourriture épicée et de hot pots (une sorte de soupe fondue, placée sur un réchaud).

La grosseur impressionnante des villes et la barrière de la langue ont fait en sorte qu’ils sont peu partis à l’aventure de leur propre chef. «C’est sur que ça nous freine un peu. Vaut mieux avoir un guide et un interprète», constate Angélique Duguay. «Dans le métro, il y a tellement de monde, je me demandais comment on ferait pour entrer là. Mais tout le monde se tasse et on y arrive. Il y a une promiscuité différente, qui n’est pas aussi dérangeante qu’on aurait pu le penser.»

Le concert au Shangai Symphony Hall