Hugo Lefebvre, dit LaFièvre
Hugo Lefebvre, dit LaFièvre

LaFièvre : Le prof qui rappe

Ils sont jeunes, ils voient grand et leur avenir nous semble rempli de promesses. Artistes de multiples horizons, ils forgeront le paysage culturel de demain. Des quatre coins du Québec, les journaux des coopératives CN2i vous les présentent.

Avoir comme nom d’artiste LaFièvre et lancer son premier minialbum en pleine pandémie, ça ne s’invente (presque!) pas. Rassurez-vous, le rappeur — et enseignant — ne joue pas ici d’opportunisme. Ce surnom, Hugo Lefebvre le porte depuis un moment.

C’est venu d’un jeu de mots avec son nom de famille : The Fever est devenu LaFièvre. Ça tombait sous le sens, le jeune homme ne cache pas son amour de la langue française.

«Je disais avant — et il ne faut pas le prendre au pied de la lettre — que c’est un peu une manière de transmettre le virus à travers ma musique… Mais pas le coronavirus!» rigole au bout du fil celui qui a lancé tout récemment le minialbum Pamplemousse.

«Comme c’est sorti pendant la pandémie, les chansons ne vont peut-être pas être analysées avec la même optique, ajoute-t-il. Les réponses que je reçois parlent du côté positif, de l’espoir qui est envoyé. Mais c’est certain qu’à la base, ça ne devait pas sortir pendant une pandémie.»

Entre l’enseignement et la musique, le cœur d’Hugo Lefebvre balance. Passionné de rap depuis l’adolescence, il a ressenti l’appel de l’enseignement, un métier que le fraîchement diplômé de 25 ans pratique depuis un an en donnant notamment des classes d’histoire et de géographie au secondaire. «J’ai travaillé dans des écoles primaires, des services de garde et petit à petit dans des écoles secondaires avec des contrats. L’an passé, j’avais cinq groupes de secondaire 1 à la fin de l’année. C’était un bon défi pour commencer. Ç’a été très formateur et je suis très heureux de la chance que j’ai eue», résume Lefebvre, qui parle de ce métier comme d’une vocation.

«Des fois, tu peux te réveiller et ne pas avoir le goût d’aller travailler, image-t-il. Ce sentiment-là, je ne l’ai jamais eu avec l’enseignement.»

Conciliation 

Joyeux, rythmé, estival — «avec du beau français parlé», ajoute le principal intéressé —, Pamplemousse s’avère le résultat d’une aventure lancée par des copains cégépiens pour le défi ludique d’explorer les rimes. Un parcours qui est devenu plus sérieux pour Hugo Lefebvre, qui a eu un coup de foudre pour le rap en écoutant des œuvres nées alors qu’il n’était qu’un bambin : il cite notamment la pièce Samouraï de Shurik’n ou les titres d’Accrophone (dont les membres Eman et Claude Bégin font maintenant partie du groupe Alaclair Ensemble).

Le rappeur n’envisage toutefois pas de sitôt remiser son chapeau de prof, qu’il a malheureusement dû mettre de côté momentanément à cause de la COVID-19.

«Je pense qu’il y a moyen de faire les deux, observe-t-il. Mais à la base, j’ai décidé de faire de l’enseignement. Si ma vie changeait et que ça devenait juste la musique, j’aurais beaucoup de plaisir. Mais je pense que le lien que j’ai avec les jeunes, la manière d’entrer en contact avec eux, d’être un modèle, de les faire se découvrir, etc., c’est un peu comme vital. J’ai besoin de transmettre quelque chose à mon prochain pour me sentir plus accompli.»

Lefebvre évoque le contact avec d’autres générations, des plus jeunes étudiants aux collègues plus âgés. Il remarque surtout un terrain de jeu qu’il n’est pas prêt à restreindre, entre l’école et le micro. «Pour moi, c’est un peu de montrer qu’on peut faire les deux, tranche-t-il. Ce n’est pas parce que je ne fais pas de la musique à temps plein que je ne suis pas capable de faire de la musique.»

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FICHE D'IDENTITÉ

Nom : Hugo Lefebvre, alias LaFièvre

Âge : 25 ans

Origines : Québec

Discipline : Rappeur

Premiers pas : En musique, ça s’est passé lors d’impro­visations au Cégep Garneau. C’était des soirées amicales de micro ouvert. 

Aspirations : Ça serait de répandre le bien autour de moi. Ça paraît un peu cliché, mais je pense que le proverbe qui dit de faire aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse et de ne pas faire aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, c’est ce qui est le plus important pour le futur dans ma vie. 

Mentor : Pas vraiment… Je pourrais dire que mon frère a été quelqu’un de très inspirant dans ma vie. C’est un bon modèle. 

Allégeances : Ce que je vais toujours défendre, c’est l’importance d’éduquer. Autant que ce soit dans la famille ou dans les écoles, tout passe par là. C’est vraiment important de transmettre aux autres. On dit souvent qu’il y a des problèmes dans tel ministère, qu’on aimerait que ça change dans tel domaine de la politique. Mais tout ça passe par l’éducation. Plus une société est éduquée, plus elle va être capable d’agir démocratiquement et de prendre des décisions qui vont être bénéfiques pour l’ensemble de la population. 

Dépendances : Je pourrais dire que j’ai une dépendance à la langue française. Sinon, c’est la musique en général. 

Fierté : Je suis fier de ne pas avoir eu peur de montrer mon art. À la base, on se dit tout le temps que c’est sûr qu’on va se faire juger. Il y a toujours des gens qui vont aimer ça et d’autres qui ne vont pas aimer ça. Finalement, ç’a bien roulé. En une journée après le lancement, on a eu 3000 streams. On ne s’attendait à rien et on a de bonnes réponses. 

Regrets : Je pense qu’on a tous des regrets… Je regrette parfois de ne pas avoir mis les efforts qu’il fallait, dans toutes les sphères de la vie. On se dit des fois qu’on peut faire le strict minimum et que ça va passer au lieu de toujours se donner à fond dans ce qu’on entreprend.