La chorégraphie a bien su illustrer cette forte connexion entre Violetta (Marianne Fiset) et la foule grisée de ses fêtes parisiennes.

«La Traviata» à l’opéra de Québec: l’esthétique du désir

CRITIQUE / Oriol Tomas livre une «Traviata» qui, tel que promis, baigne dans la sensualité, l’esthétisme et le mouvement. Le chant et la musique de Verdi y fleurissent aussi, ce qui en fait un spectacle intéressant sous plusieurs aspects, malgré quelques lacunes dans le jeu.

Dans un opéra beaucoup joué, accessible, et dont la musique s’est fait connaître dans des propositions aussi populaires que le film Une jolie femme (Pretty Woman), le défi est de surprendre dans la forme tout en assurant une livraison vocale et musicale impeccable. 

Le metteur en scène montréalais Oriol Tomas a utilisé l’ouverture pour nous présenter une Violetta (Marianne Fiset) séduisante et majestueuse, dont le visage, en image vidéo, recouvre un  élément de décor faisant à la fois penser à une ruche, à une cotte de mailles et à une scintillante robe à paillettes. Il a su amener de la vie et du mouvement grâce à six danseurs, trois hommes et trois femmes, qui impriment au chœur une sensualité assumée. Ils deviennent les conducteurs d’une masse de corps qui réagit aux chants et aux faiblesses de Violetta. Elle fait quelques pas et le chœur la suit, elle s’arrête et tout le plateau s’immobilise. La chorégraphie a bien su illustrer cette forte connexion entre la dame et la foule grisée de ses fêtes parisiennes.

Sous le charme de ces mouvements et des costumes floraux et inspirés de la haute couture de Sébastien Dionne, on arrive presque à faire fi de l’essentiel de la fable : cet amour brûlant entre Violetta et Alfredo (Rocco Rupolo), auquel on peine malheureusement à croire. 

Leurs mains, pourtant, glissent sur le corps de l’autre avec une avidité certes minutieusement placée par le metteur en scène, qui croit au pouvoir d’évocation d’une gestuelle soigneusement planifiée, mais crédible.

La voix de Marianne Fiset se déploie avec finesse et contrôle, une virtuosité, même, dans les aigus rapides de la fin du premier acte. La passion sirupeuse de Rupolo, qui tente de faire passer tous ses sentiments dans sa voix avec une intensité mal calibrée, si bien qu’elle s’égare souvent dans un trémolo lancinant, agace toutefois. Dans le triangle central composé de Violetta, Giorgio Germont (Gregory Dahl, dont la présence bienveillante et la force tranquille imposent respect et tendresse) et Alfredo, l’amoureux impétueux faire figure de maillon faible. Parmi les solistes, on notera Dominic Lorange, tout à fait dans la bonne énergie, flamboyante et panachée, tant dans le rôle de Gaston (en veston jaune au premier acte) qu’en Vicomte de Letorières (au deuxième).

Délices scénographiques

Le début du second acte nous livre d’autres délices scénographiques. Un peu de vapeur, des éclairages bleus, quelques actions en arrière-plan et une piscine apparaissent. Les feuilles frissonnent sur une grande couronne aux motifs art déco, qui reflétait plus tôt l’image démultipliée de Violetta, en plein dilemme amoureux. Il y a bien deux chaises longues quasi inutiles, sauf pour y déposer un ou deux accessoires. L’intérêt de la scène est toutefois cette joute vocale et morale entre Germont et Violetta, un beau moment de connivence. 

On retrouve une autre parade lascive, un peu plus appuyée, au troisième acte, alors que les matadors, les taureaux et les Tziganes débarquent chez Flora. Caroline Gélinas, qui joue l’hôtesse, portait sa coiffure et son maquillage rappelant les années 80 avec panache et jouait avec ferveur, mais sa voix manquait cruellement de volume. On sentait malheureusement un manque de rythme généralisé, la petite étincelle de plus. 

Violetta y entre vêtue d’une robe de tulle si volumineuse et étriquée qu’elle en étouffe presque le pauvre Alfredo qui se lance à ses pieds. L’affrontement entre ses deux courtisans à la table de jeu tombe un peu à plat. 

La voix de Marianne Fiset, pleinement déployée au troisième acte, donne à l’agonie de son personnage une aura de ravissement. Notre attention se porte aussi sur le chef espagnol Pedro Halffter, qui dirige les musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec avec une belle aisance, des gestes harmonieux, un rythme fluide, en échangeant régulièrement des regards avec les chanteurs. 

L’opéra sera de nouveau présenté les 22, 24 et 26 octobre au Grand Théâtre de Québec.