Après une longue traversée du désert, le comédien Mario Saint-Amand est de retour dans la capitale, à titre d’assistant chercheur au Centre de réadaptation en dépendance de Québec. Photo Le Soleil, Yan Doublet

La renaissance de Mario Saint-Amand

Débarqué à Québec à l’âge de 7 ans, en provenance de Sept-Îles, Mario Saint-Amand est de retour depuis un an et demi dans une ville qu’il apprend à redécouvrir. Il se plaît ici, ça se voit, ça s’entend, surtout depuis qu’il a décidé de concilier travail et études universitaires.

Le comédien Mario Saint-Amand a passé la majeure partie de sa carrière professionnelle à Montréal. Ses performances dans la télésérie de Jeannette Bertrand, Avec un grand A, et son interprétation de Gerry Boulet au grand écran, ont marqué les esprits. De retour à Québec depuis peu, où il passé une partie de son enfance, le comédien revient sur ses année de galère qui, aujourd’hui, servent à donner au suivant.

Après s’être démarqué au petit et au grand écran – tout le monde se souvient de son interprétation de Gerry Boulet il y a neuf ans – Mario Saint-Amand a entrepris un autre virage dans sa vie mouvementée. Après un certificat en études autochtones et un second en toxicomanie, il vise un baccalauréat en sciences sociales, tout cela en oeuvrant comme assistant chercheur au Centre de réadaptation en dépendance de Québec (CRDQ), dans le secteur Beauport.

«Ça fait cinq mois. La vie est bonne. Je suis à ma place. J’ai le sentiment d’être quelqu’un pour quelqu’un. Je suis entouré de bonnes personnes. Je travaille avec des gens qui aiment construire», confie-t-il en entrevue, dans le petit parc éphémère en face de Radio-Canada, rue Saint-Jean.

Il faut dire qu’en matière de toxicomanie, le comédien a donné. S’il y a quelqu’un qui peut allier la pratique à la théorie, qui est allé à l’université de la vie, c’est lui. Sobre depuis maintenant une douzaine d’années, il est à même d’épauler la clientèle qui se présente au CRDQ.

C’est d’ailleurs à Québec que la «dérape» a commencé pour lui. Un premier joint dans le parc Saint-Yves, à Sainte-Foy. Il avait 11 ans. «Je cherchais comment faire pour me débarrasser de ce mal de vivre, de toute cette tension que j’avais dans le ventre.»

À un cheveu de la mort

Ce première expérience avec la drogue a été le début d’une longue traversée du désert. Au point de mettre sa vie en danger. En 1998, il passe à un cheveu de la mort lors d’un accident de voiture. Coma de cinq jours, poumon perforé, fractures multiples, les médecins ont même douté un moment qu’il pourrait marcher à nouveau. Il en porte encore aujourd’hui les séquelles. Il retrousse la manche gauche de sa chemise pour montrer une importante cicatrice au biceps, ouch!

Le comédien a fait la paix avec son passé. Son retour à Québec lui donne l’occasion de revisiter des pans de sa vie, même les moins glorieux. À l’orée de la cinquantaine, il regarde dans le rétroviseur et se revoit, gamin à l’école primaire Saint-Louis-de-Gonzague, dans le Vieux-Québec. C’est là, il en est convaincu, qu’il a développé des nodules sur les cordes vocales qui ont donné son grain de voix rocailleux, reconnaissable entre mille, et qui ont fait dire un jour à un professeur de théâtre, à Saint-Hyacinthe, qu’il ne pourrait jamais faire carrière comme comédien.

Sa voix aurait subi les répercussions traumatismes lié à la maltraitance que les religieuses faisaient subir aux élèves. «Un jour, mon frère Jean-Louis a reçu un coup de ballon balai qui lui a fendu la langue. Malgré tout, les sœurs l’ont obligé à manger sa soupe.»

Après des débuts sur les planches (dont Le mariage de Figaro, avec Guy Nadon, en 1987), Mario Saint-Amand s’est démarqué dans plusieurs téléséries et dans l’émission jeunesse Watatatow. Son personnage atteint du sida dans Avec un grand A, de Jeannette Bertrand, l’a mis sur la carte. Sa performance avait été récompensée du Prix Gémeau de la meilleure interprétation masculine dans un rôle de soutien.

QUEBEC - Mario Saint Amand - 23/07/2019 - le 23 juillet  2019 - Photo Le Soleil, Yan Doublet

«J’avais perdu 20 livres pour le rôle. Je voulais le faire en respect pour mon cousin qui était en train de mourir du sida. J’étais tellement maigre que les techniciens sur le plateau pensaient que j’avais la maladie pour vrai.»

Janette Bertrand, toujours elle, lui permettra également de se mettre en évidence dans un autre volet de son émission, dont celui où il se glissait cette fois dans la peau d’un schizophrène, en 1992.

Dans le concert d’éloges récoltées à l’époque, le comédien s’est souvenu des paroles que lui avait dites le metteur en scène André Brassard. «Si tu t’arrêtes aux critiques qui disent que tu es bon, il va falloir aussi t’arrêter à celles qui disent que t’es pas bon. Alors un conseil, crois-les donc pas...»

Le frère André

Son interprétation de Gérald «Gerry» Boulet, dans le long-métrage d’Alain Desrochers, a constitué le fait d’armes de sa carrière. Le rôle lui a valu une nomination aux Jutra – la même année, il en a récolté une seconde pour son rôle dans Côteau rouge, d’André Forcier.

Il fouille dans son cellulaire pour montrer des photos du tournage de Gerry. La ressemblance avec l’original est frappante. Une quinzaine de «très bons acteurs» avaient été vus en audition pour le rôle. Au final, c’est lui qui avait été retenu.

Les soirées et les nuits passées dans les bars de blues de la rue Saint-Denis, à Montréal, avec les Breen Leboeuf et autres Dan Bigras, ont sûrement fait une différence, croit-il. «J’avais pas à l’expliquer, j’avais dans le regard quelque chose qui rejoignait celui de Gerry»

À l’époque, lors de la tournée de promotion, il se faisait un plaisir de montrer sa médaille du frère André qu’il portait en permanence sur lui. «L’as-tu encore?», lui demande le journaliste du Soleil. «Je l’ai oubliée dans l’auto. Mais j’ai une carte du frère André...», répond-t-il en fouillant dans son portefeuille.

Sa rencontre spirituelle avec le célèbre religieux de l’Oratoire Saint-Joseph remonte à l’époque où il venait de sortir d’un centre de désintoxication. Il se revoit encore, dans la petite chapelle qui lui paraissait immense, vivre le déclic qui allait changer son existence.

«Quand j’ai vu les petites béquilles, j’ai revu celles que j’avais, à 11 ans, pour m’aider à mieux vivre. À ce moment-là, j’éprouvais une ivresse mentale qui me poussait à recommencer à consommer, mais j’ai choisi de vivre.»

Cours Mario, cours...

Malgré son virage professionnel, le comédien n’a pas mis un trait définitif sur sa carrière. Sa dernière expérience devant les caméras, dans la quotidienne District 31, lui a laissé un goût amer, alors que son personnage est disparu plus tôt que prévu, alors qu’on lui avait fait entendre qu’il prendrait plus de place avec le temps. De toute évidence, il reste blessé par ce «grand manque d’élégance».

Il aimerait bien, si l’occasion se présente, se trouver un rôle sur les planches, à Québec. Entre temps, il fait profiter de son expérience la troupe de théâtre Les Treize, à l’Université Laval, avec laquelle il a montré une lecture publique en avril.

Pour le reste, sa drogue est maintenant la course à pied. Pas beaucoup de graisse sur la charpente, le Mario. Le marathon de Boston est dans sa ligne de mire. «Pour les 50 ans et plus, ça me prend un temps de 3h25. J’a couru 3h20 au marathon du Petit train du Nord.»

Ses voyages astraux de l’époque, sous l’influence de substances, sur la musique de Led Zeppelin et de Pink Floyd, il les fait maintenant à jeun, à battre le bitume de la semelle. Et cette nouvelle vie semble lui réussir à merveille.