Mathieu David Gagnon

La petite révolution de Flore Laurentienne

«Flore Laurentienne volume 1» marque le début de la démarche musicale personnelle de Mathieu David Gagnon. Celui qui a signé les arrangements de l’album «L’Étoile thoracique» de Klô Pelgag et qui s’active sur les claviers de l’Opéra rock des Hôtesses d’Hilaire se lance dans un projet orchestral aux couleurs du fleuve et de la végétation sauvage.

«Je n’avais pas envie que le projet porte mon nom, je voulais que l’humain s’efface derrière la musique, indique Mathieu David Gagnon. “Flore laurentienne”, ça veut dire tout ce qui pousse le long du fleuve Saint-Laurent sans l’aide de l’homme.»

Vaste territoire qui se prête à d’innombrables interprétations, la musique instrumentale lui permet de s’exprimer dans le langage qu’il préfère, sans mots et sans images. Si les idées sont claires, les paroles coulent un peu difficilement au bout du fil. Le compositeur prend son temps, choisit les bons mots, inscrit son travail dans une réflexion nourrie sur notre époque, ses mauvais plis et ses aveuglements.

Il a cumulé les rôles sur l’album qui paraît vendredi. Jouant sur différents claviers et synthétiseurs, il dirige un orchestre à cordes, en plus d’être compositeur, orchestrateur et coréalisateur.

«Je n’avais pas vraiment confiance qu’un projet de musique instrumentale pouvait exister. On était dans une ère où ce n’était pas à la mode. C’est souvent lié à la musique de film, comme si ça devait nécessairement avoir une image pour exister, alors que pendant des siècles, la musique suffisait», observe-t-il.

Mathieu David Gagnon

Tout juste entré dans la trentaine, il a un baccalauréat en écriture de la Faculté de musique de l’Université de Montréal et a passé trois ans à apprendre l’art de la fugue et du contrepoint en France, entre les conservatoires d’Aubervilliers et de Bordeaux. Mais après être allé très loin dans l’exploration des structures musicales complexes, il tente avec Flore Laurentienne de revenir une plus grande simplicité. «J’ai une image de moi dans le Kamouraska en train de regarder le fleuve en me disant que c’est excessivement beau et simple. Ça fait une dizaine d’années que je me demande quelle serait la musique associée à cette image-là.»

Parmi les musiques de Flore Laurentienne, les connaisseurs reconnaîtront toutefois une fugue, une construction baroque où la première ligne mélodique dicte tout ce qui va suivre et que le compositeur résume en riant par l’expression «Toute est dans toute». Cette complexité et ces interrelations ont des résonances organiques pour lui.

On y retrouve aussi l’influence des précurseurs du minimalisme, comme Steve Reich, Philipp Glass et Terry Riley. «Au début de leurs carrières, ils utilisaient les instruments disponibles, c’est-à-dire, des orgues à transistors, que j’ai réussi à trouver, souligne Mathieu David Gagnon. Comme eux, je mélange les instruments électroniques et acoustiques, un mixe que j’aime vraiment.»

La pochette de Flore Laurentienne volume 1

Outre ses implications dans plusieurs projets rock et pop, le jeune compositeur a lancé le groupe Glenda Gould, qui joue des œuvres classiques avec des synthétiseurs et qui s’inspire de Wendy Carlos (née Walter), qui a fait une version des concertos brandebourgeois de Bach selon la même idée. On sentait déjà, avec ce projet, qu’il avait envie de brasser un peu la cage du répertoire.

«J’amène des éléments de musique contemporaine, mais présentés de manière plus comestible pour une jeune génération», note-t-il. Encouragé par la percée des pianistes Jean-Michel Blais et Alexandra Stréliski, récompensés au dernier gala de l’ADISQ, il rêve de révolution. «Je trouve ça très très encourageant de voir qu’il y a un intérêt envers la musique instrumentale et que le piano ouvre la marche. Je crois que la musique orchestrale pourrait être un acteur de cette révolution-là. Que des orchestres accueillent des projets comme le mien amènerait un peu de sang neuf dans les salles. Ça désacraliserait les concerts classiques.»

En spectacle gratuit jeudi au nouvel espace Le Studio du Grand Théâtre et vendredi au Gesù dans le cadre du Coup de cœur francophone.