Après avoir revisité avec seulement deux musiciens son très orchestral <em>La science du cœur, </em>Pierre Lapointe est revenu à de vieux amis pour transposer sur scène les chaleureux tableaux de <em>Pour déjouer l’ennui, </em>paru l’automne dernier.

La brillance feutrée de Pierre Lapointe

CRITIQUE / Avec un piano en moins et quatre experts complices en plus, Pierre Lapointe reprend ces jours-ci la route pour faire honneur aux pièces intimistes du récent Pour déjouer l’ennui. Dans ce nouveau tour de chant où les guitares sont reines, il offre de surcroît de magnifiques nouveaux arrangements à certains de ses plus grands classiques.

D’un spectacle à l’autre, Pierre Lapointe n’aime pas trop se répéter. Nous l’avons connu flamboyant ou conceptuel, seul au piano ou en mode symphonique... Après avoir revisité avec seulement deux musiciens son très orchestral La science du cœur, l’auteur-compositeur-interprète est revenu à de vieux amis pour transposer sur scène les chaleureux tableaux de Pour déjouer l’ennui, paru l’automne dernier : Félix Dyotte et Joseph Marchand aux guitares; Philippe Brault au guitarrón, à la contrebasse ou au ukulélé et José Major à la batterie.

Si la tournée est encore jeune, il ne fait aucun doute que leur complicité est génératrice de magie sur scène, surtout que ces quatre messieurs sont aussi de bons chanteurs. Les chœurs qu’ils servent à Lapointe tout au long du spectacle insufflent chaleur humaine, beauté et un véritable esprit de groupe à l’ensemble. Mention spéciale à la puissante Sais-tu vraiment qui tu es? ou à la magnifique La plus belle des maisons, véritable moment de grâce dans un spectacle qui navigue habilement entre l’élégant et le sympathique.

Boule disco et clair-obscur

À la deuxième représentation de ce nouveau concert, Pierre Lapointe a surpris ses fans, mardi, en se pointant du fond de la salle Octave-Crémazie. Le chanteur, qui ne maniera que le micro pendant toute la soirée, a pris le temps de placer les choses à son goût en accueillant quelques retardataires — «pas facile, la tempête!» — avant de lancer son programme fin seul, devant le rideau de scène. Celui-ci s’est ouvert au son de la jolie Tatouage pour révéler une bulle à la fois miroitante et feutrée, dans laquelle étoffes chatoyantes et boule disco côtoient des éclairages en clair-obscur. L’effet s’avère des plus réussis.

En plus des chansons immortalisées sur l’album Pour déjouer l’ennui, interprété presque intégralement, Pierre Lapointe a profité de la présence de ses amis pour revamper de très belle manière plusieurs de ses classiques nés au piano. Portées par les guitares, Tel un seul homme, Au 27-100 rue des Partances (bonifiée d’un ukulélé) et Nos joies répétitives s’en sont trouvées complètement réinventées.

Fidèle à lui-même, Pierre Lapointe n’a pas manqué de partager anecdotes et quelques railleries au fil du spectacle. Il a aussi repris le collier en fin de parcours pour remercier les spectateurs d’avoir acheté leur billet et plaider une nouvelle fois l’importance d’investir dans la culture. Mais il a aussi laissé le micro à ses copains en leur confiant — sans les avoir prévenus, semble-t-il — une minute pour s’adresser au public, quitte à les mettre un peu dans l’embarras… Pendant que José Major a saisi l’occasion de faire «une montée de lait» contre les câbles de téléphones bas de gamme, Joseph Marchand, décrit comme «un agglomérat de questions sans réponses», a partagé son fantasme de venir s’établir à Québec (voire à Sainte-Foy), ville où a grandi sa mère, nous dit-il.

Pierre Lapointe et ses complices sont de nouveau attendus à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre ce mercredi. Le spectacle affiche toutefois complet. Une supplémentaire a été ajoutée le 10 avril 2021, à la salle Louis-Fréchette, cette fois.