«J’ai toujours fait de la musique pour me soulager», avance Klô Pelgag.
«J’ai toujours fait de la musique pour me soulager», avance Klô Pelgag.

Klô Pelgag : La musique qui guérit

Bien avant la sortie de son troisième album, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, Klô Pelgag avait mis la table avec un mini-documentaire nous racontant la genèse de sa création : après des années de surmenage, elle a filé un mauvais coton. «Un épais brouillard s’est installé dans ma tête», confie-t-elle. La musique, cette «amie», l’a aidée à le chasser.

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, c’est un village du Bas-Saint-Laurent dont le simple nom terrifiait Chloé Pelletier-Gagnon quand elle était enfant. C’est aussi un endroit symbolique qu’elle a rebaptisé dans sa tête et où elle a placé ses angoisses et sa détresse quand elle a perdu pied. Klô Pelgag a eu l’occasion de faire la paix avec Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, qu’elle décrit comme un lieu «idyllique». Les nuages se sont dispersés aussi dans le ciel de l’autrice-compositrice-interprète, sacrée interprète féminine de l’année au gala de l’ADISQ 2018 pour son album L’étoile thoracique. Et ça, elle le doit beaucoup à sa création.

«Je suis vraiment à une belle place dans ma vie, confirme la jeune maman. C’est pour ça que j’ai autant de facilité et de plaisir à porter l’album que je présente aujourd’hui. Je vais mieux. Cet album-là m’a aidée. C’est la première fois que je vis une sortie d’album avec autant d’émotions. Je sais à quel point la musique a été mon amie pendant cette période-là et à quel point je suis chanceuse de faire ça dans la vie.»

Klô Pelgag cite l’«outil» que lui confère son statut d’artiste : celui d’être capable de nommer ses émotions. «D’essayer de les comprendre, c’est comme mon “métier”, reprend-elle. C’est un privilège de pouvoir se consacrer à ça et, du même coup, de pouvoir peut-être aider des gens qui vont se reconnaître dans ces chansons-là à nommer quelque chose qu’ils n’avaient pas réussi à nommer eux-mêmes. De ce côté-là, la musique a des propriétés guérisseuses. Sans négliger les autres formes d’aide qu’on peut avoir quand on ne va pas bien...»

Repousser les limites

Touffu, baroque, naviguant entre le vertigineux et le très intime, entre des cordes somptueuses et des synthétiseurs pesants… Notre-Dame-des-Sept-Douleurs a donné l’occasion à Klô Pelgag de repousser ses limites. Musicienne autodidacte, elle s’est pour la première fois permis de signer des arrangements de cordes.

«J’avais un besoin d’affranchissement et de prise de confiance. Je voulais assumer ce que je suis capable de faire et ne pas avoir peur», décrit celle qui s’est lancée sans trop réfléchir, même si elle ne sait pas lire ni écrire la musique. «Mon oreille est très, très aiguisée. C’est à elle que je me fie tout le temps. C’est mon arme la plus redoutable. Les arrangements, je les ai faits sans aucune prétention. J’ai suivi mon instinct. Mais j’avais ce désir-là et les notes, je les entendais.»

Loin de se décrire comme une «geek de logiciels» — bien au contraire! — Klô Pelgag raconte s’être «kické le cul» pour apprendre à utiliser ces outils technologiques. Elle a aussi mis à profit les synthétiseurs acquis à la fin de sa dernière tournée.

«Ma composition a changé, observe-t-elle. Ça m’a donné beaucoup plus de liberté au niveau de la composition. C’est une liberté que je ne connaissais pas et qui a donné des pièces que je n’aurais pas pu faire piano-voix.»

Idem pour les arrangements de cordes, qu’elle a créés sur des machines avant de confier la direction de l’orchestre en studio à Marianne Houle.

«Je n’avais pas le vocabulaire pour dire au violoncelle d’entrer à telle mesure, explique-t-elle. Je ne sais pas c’est quoi une mesure. C’est fucké. C’est quand même une approche qui est hors du commun. On ne voit pas si souvent des gens qui ne lisent pas la musique et qui vont écrire deux arrangements pour un orchestre à cordes. J’ai cette chance-là dans la vie.»

L’autrice-compositrice-interprète, qui nous a habitués à conjuguer rigueur avec une certaine excentricité, se fie d’abord et avant tout à son instinct.

«J’ai appris beaucoup en live avec les musiciens avec qui je joue, qui ont tous quelque part une formation musicale. Je côtoie des gens qui ont appris l’aspect technique. Eux côtoient mon instinct et c’est quelque chose qui ne s’apprend pas à l’école de musique.»

Il en résulte sur Notre-Dame-des-Sept-Douleurs une proposition à la fois personnelle et ambitieuse documentant un jalon dans la vie de sa créatrice.

«J’ai l’impression que je me suis toujours pas mal commise dans mes œuvres précédentes aussi, évoque-t-elle. Je pense que c’était d’une façon beaucoup plus métaphorique. Mais je crois que j’ai toujours fait de la musique pour me soulager, en fait. C’est un peu égocentrique, mais c’est ce qui est intéressant quand tu écoutes une œuvre. Quand j’ai écouté les deux derniers albums de Nick Cave, qui sont complètement déchirants et tristes, c’est ce que j’ai trouvé intéressant. Il transmet ce qu’il a vécu avec des notes, avec des harmonies, avec des mélodies et avec des textes. Il transmet sa douleur et c’est ce qui fait qu’on peut s’y reconnaître. Quand on parle de soi, on risque plus d’être dans l’authenticité et dans le partage.»