En quelques mois, Joey Cape aura fait paraître un nouvel album solo et mitonné la prochaine offrande du groupe punk-rock Lagwagon.

Joey Cape: de colère et de bonté

Un album solo plus introspectif arrivé en juillet, une portion de punk-rock bien tassée signée Lagwagon attendue en octobre : dans des délais pour le moins serrés, le chanteur et guitariste Joey Cape a eu l’occasion d’explorer des volets diamétralement opposés de sa créativité. Voilà qu’il s’apprête à porter tout ça sur la scène d’Envol et Macadam, où il offrira un spectacle acoustique jeudi avant de monter le volume avec son groupe vendredi.

Au bout du fil, le Californien s’esclaffe lorsqu’on lui fait remarquer que ses récentes périodes de création semblent avoir canalisé deux versions de lui-même. Inspiré par des réflexions pas très jojo sur l’état du monde, Joey Cape «l’adulte» tend la main et lance un appel à la bonté sur Let Me Know When You Give Up, paru cet été. En revanche, l’énergie juvénile qu’on peut entendre sur Railer, la prochaine offrande de Lagwagon (parution le 4 octobre), laisse croire que Joey Cape «l’ancien ado» s’est ensuite payé la traite et s’est offert une bonne séance de défoulement.

«J’y vois une sorte d’antithèse ou de réaction, confirme-t-il. Quand j’ai écrit à Let Me Know When You Give Up, j’ai voulu qu’une attitude positive et un message d’espoir sous-tende l’ensemble. J’ai été dans cet état d’esprit pendant un an. Je me donnais la permission de dire certaines choses que je jugeais nécessaires. Je voulais dire aux gens que c’est OK, ça va aller.»

Contrairement à ce qu’on pourrait penser d’emblée, la notion d’abandon évoquée dans le titre n’est pas négative, précise l’auteur-compositeur-interprète. Il y voit plutôt un appel à lâcher prise sur ce qu’on ne peut pas contrôler et à faire de son mieux pour améliorer ce qu’on peut améliorer. Un peu comme cette couche de peinture blanche que Cape applique sur les murs vandalisés d’une toilette publique dans le visuel de l’album.

«C’est comme de dire : “ayons une conversation autour d’un verre. Passons du temps ensemble sans nous inquiéter de toutes ces choses qui font que c’est dur de vivre dans ce monde, qui peut être brutal”. Je pense qu’il est important de s’accrocher aux choses simples. Il faut toujours avoir hâte à quelque chose, à des plaisirs simples. Il faut se concentrer sur ce qu’on peut contrôler. Le fait d’être bons les uns envers les autres, de montrer de la compassion et de vivre en suivant une sorte de code dans nos relations, c’est quelque chose qu’on peut faire et qu’on peut contrôler. L’abandon dont parle le titre, c’est de laisser tomber les choses qu’on ne peut pas contrôler : tout ce qui tourne en rond avec les politiciens, les corporations et tout ça...»

Urgence

De son propre aveu, Joey Cape est quelqu’un «qui réfléchit trop». Soucieux de vraiment peaufiner son message et la facture musicale de son album solo, il y a investi beaucoup de temps. Si bien qu’au moment de s’attaquer au prochain chapitre de Lagwagon — formation qui joue la carte punk-rock depuis une trentaine d’années —, les délais de création et de production étaient serrés. Le vétéran raconte avoir vécu deux semaines d’intense écriture où sa plume a coulé de source.

«Après Let Me Know When You Give Up, c’était plus l’idée de jeter les gants : on revient à Lagwagon, je suis de nouveau fâché!» lance-t-il en rigolant. L’observation est faite avec bonhommie, mais pour le père de famille, elle n’est pas moins ancrée dans le réel.

«Je suis fâché pour vrai! On vit dans un monde de fou! Mon pays offre une dose quotidienne de déception. Donc oui, je suis arrivé dans l’album de Lagwagon de manière plus agressive et directe», explique celui qui considère comme «un bon exercice» la période d’écriture condensée qu’il s’est imposée. Une urgence de livrer qui s’est soldée au final en une sorte de retour aux sources pour le punk-rocker.

La formation Lagwagon lancera un nouvel album, «Railer», le 4 octobre

«J’ai passé moins de temps à me demander quoi écrire et plus de temps à me dire que ça sonnait comme du Lagwagon, reprend-il. À mi-parcours, je me suis dit : “Merde! Ça sonne comme un vieux disque de Lagwagon”. Quand le groupe s’est mis à travailler les nouvelles chansons, je me suis rendu compte que c’était vraiment ça.»

Joey Cape se produira sur la scène l’îlot Fleurie à Envol et Macadam le 5 septembre à 21h45. Lagwagon est attendu au même endroit le lendemain à 21h30. Détails et programmation complète au envoletmacadam.com

+

DOUBLE DOSE À ENVOL ET MACADAM

Habitué du festival Envol et Macadam, Joey Cape se réjouit de renouer avec le site extérieur du rendez-vous annuel, qui a choisi comme principal lieu de ralliement l’ilôt Fleurie, sous les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency. 

«C’est presque étrange comme endroit. C’est comme si on enfreignait les règles. C’est comme si une gang de jeunes s’étaient réunie et avait dit : “hey, on va aller sous les bretelles de l’autoroute et on va faire de la musique jusqu’à ce que la police débarque”», rigole-t-il avant de préciser : «Bien sûr, c’est mieux organisé que ça. Mais c’est le genre d’ambiance qu’on ressent.»

Le 5 septembre, l’auteur-compositeur-interprète tient la tête d’affiche en solo avant de reprendre du service le lendemain au micro des vieux loups du punk-rock californien de Lagwagon. 

«Je ne sais pas comment le spectacle acoustique va tourner à ce festival, s’est-il interrogé. En général, le côté folk guitare acoustique ne se retrouve pas sur la grosse scène. Je joue plus souvent sur la scène secondaire à côté des toilettes, si tu vois ce que je veux dire...»

Pour réussir un tour du chapeau musical, Envol et Macadam aurait pu reprogrammer le super-groupe de reprises punk-rock Me First and the Gimme Gimmes, dans lequel Joey Cape officie à titre de guitariste, notamment aux côtés de Fat Mike de NOFX. Quoique Cape ne semblait pas y tenir tant...

«C’est arrivé à quelques reprises qu’un festival programme les trois projets, note-t-il. Mais c’est un peu étrange. C’est peut-être trop. Ç’a de quoi me faire sentir comme si j’étais atteint d’un trouble de personnalités multiples!»  

+

UN TITRE QUI RAMÈNE EN ENFANCE

Attendu début octobre, le prochain album de Lagwagon porte le titre de Railer, une épithète tirée tout droit de l’enfance du parolier Joey Cape. 

«Ça vient d’un gars nommé Scott, raconte le chanteur. Je ne me souviens plus de son nom de famille. Ça remonte à 1977, j’avais 11 ans, tout le monde faisait du skateboard. C’était le genre de gars qui disait n’importe quoi et on le croyait, parce que ça nous semblait sensé.»

Si le mot «railer» revêt une portée péjorative liée à un idée de frime ou de tromperie, l’intention ludique (et nostalgique) est indéniable. 

«Avec les années, ça s’est répandu : dans ma ville, dans mon compté, dans l’État. Et c’est devenu un mot qu’on utilise dans mon groupe et dans d’autres groupes. Il est apparu dans un album de Lagwagon sur Blaze, dans la chanson Falling Apart. Et maintenant, il y a des Allemands qui viennent me parler et qui disent que telle chose est railer! Mon dieu, c’est tellement cool de voir que ce mot est parti d’un idiot que j’admirais quand j’étais un petit garçon!»

Quand on lui souligne qu’il faudrait maintenant trouver une traduction française à «railer», Joey Cape a ses demandes spéciales : «Il faut que ça que ça sonne drôle! Il faut que ça tienne dans un seul mot, avec au moins deux syllabes...» Voilà pour la commande. Des suggestions?