La cohorte 2019 du projet Jamais trop tôt
La cohorte 2019 du projet Jamais trop tôt

Jamais trop tôt pour semer la graine de la chanson

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Il n’est jamais trop tard pour bien faire, dit-on. À Granby, on réplique qu’il n’est jamais trop tôt non plus. En donnant la chance à des ados de partout au Canada d’écrire des textes, puis à d’autres de les chanter sur scène et en studio, le Festival international de la chanson et ses partenaires sèment aux quatre coins du pays l’amour de la chanson francophone… Et des amitiés «pour la vie», s’enthousiasme la jeune artiste de Québec Laura Schembri, qui a participé à la dernière mouture du projet.

L’initiative Jamais trop tôt permet à des plumes recrues et de jeunes voix de briller depuis maintenant 10 ans. D’abord pendant le Festival international de la chanson Granby (FICG), où un spectacle mis en scène par l’autrice-compositrice-interprète Andréanne A. Malette vient chaque été couronner un camp musical de cinq jours. Puis quelques mois plus tard, lors du lancement d’un album immortalisant les efforts et la créativité des ados et de leurs collaborateurs plus chevronnés : les textes sont mis en musique par d’anciens demi-finalistes du FICG tels que Karim Ouellet, Anique Granger, Pierre Guitard, Shawn Jobin, AMÉ, Mehdi Cayenne, Reney Ray ou Mélodie Spear.

Une expérience «extraordinaire»

Sur l’album mis en ligne la semaine dernière, Laura Schembri, 17 ans, porte avec la chanson La distance des étoiles les mots de sa consœur saskatchewanaise Sara Robert et la musique de la Néo-Brunswickoise Caroline Savoie, gagnante du FICG en 2015. Des talents de trois provinces réunis… et une interprète comblée.

Laura Schembri en prestation au Festival international de la chanson de Granby en 2019. «Ce n’est vraiment pas une ambiance de concours, on était là pour s’entraider.»

«J’ai eu la chance de vivre une expérience de scène extraordinaire, de me faire coacher par des professionnels et surtout, de me faire des amis pour la vie. Des amis qui partagent la même passion que moi pour la musique», nous écrivait par courriel la jeune artiste, qui en a remis en entrevue.

«Ce n’est vraiment pas une ambiance de concours, on était là pour s’entraider, a-t-elle ajouté. Ça m’a tellement donné confiance en moi, parce que mes amis étaient vraiment là pour moi. C’est quétaine de dire ça... Mais j’ai toujours eu de la misère à avoir confiance en moi. Mon amie Katrine Sansregret [qu’on peut cette année voir à La voix] m’a dit : “Laura, je ne comprends pas pourquoi tu es stressée. C’est ta passion et tu es bonne. Tu as juste à aller sur scène et leur montrer de quoi tu es capable.”»

Au Studio Champoux à Cap Rouge, où Laura Schembri a enregistré sa chanson, avec David Champoux.

Laura Schembri n’en était pas à ses premières armes en musique, elle qui a joué du piano, puis de la guitare, depuis la maternelle. À l’école secondaire De Rochebelle, elle a pris goût à la comédie musicale. Crise de la COVID-19 oblige, elle a dû se résigner à renoncer aux représentations de Blonde et légale auxquelles elle devait prendre part cette année. Et les fans du concours télévisé La voix junior reconnaîtront peut-être celle qui a participé aux auditions à l’aveugle il y a quelques années, sans toutefois voir les fauteuils se retourner pour l’inclure dans l’équipe d’un des coachs.

«Mais ils m’ont quand même passée à la télé et j’ai eu vraiment de bons commentaires. Ça m’a vraiment motivée. Des fois, un rejet, ça motive plus à s’améliorer et à continuer dans le domaine», philosophe la jeune femme, qui a quand même pu dans l’aventure fouler les planches du Centre Vidéotron et du Centre Bell. «Ça, comme expérience, c’était vraiment top!» lance-t-elle.

Bref, Laura Schembri était prête en mettant les pieds à Granby l’été dernier. Et elle dit en être repartie grandie et inspirée. «Si je continue à faire de la musique dans la vie, c’est certain que je vais écrire mes chansons», tranche-t-elle.

On peut entendre l’album Jamais trop tôt sur les plateformes numériques comme Bandcamp, Spotify et cie.

La directrice artistique du projet, Andréanne A. Malette. «Les parents nous disent : “Qu’est-ce que vous avez fait à mon enfant?”» raconte-t-elle en riant.

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UNE COCHE DE MATURITÉ

«Les parents nous disent : “qu’est-ce que vous avez fait à mon enfant?”» Au bout du fil, la directrice artistique du projet Jamais trop tôt, Andréanne A. Malette, rigole. Elle s’empresse toutefois d’ajouter : «Mais de façon positive. On dirait qu’ils prennent une coche en maturité.»

Quand ils débarquent à Granby, les 24 participants de 14 à 17 ans venus de partout au Canada ne doivent pas s’attendre à se la couler douce. Ils auront cinq jours pour peaufiner l’interprétation de leurs chansons et assimiler la mise en scène d’un spectacle. Pas de temps à perdre, donc. «On est toujours super gentil, on a beaucoup de tact… Mais on les brasse un peu», reconnaît l’autrice-compositrice-interprète, qui voit dans ce travail condensé une manière de tisser des liens. 

«Personne ne lambine ou est sur son téléphone, décrit-elle. Il se crée une certaine folie à se dire : “Ok, on est sur scène dans cinq jours”. Il faut apprendre les chorégraphies, les back vocals… Il y a tellement de choses à faire. Il y a une urgence qui s’installe et ça crée de la collaboration et du respect. Il n’y a pas de clans qui se créent. C’est 24 jeunes qui se tiennent. Et on le dit : si vous en lâchez un, le show ne se tient pas. Chaque maillon de la chaîne est important.»

Enfant du festival

La musicienne, que le grand public a découverte à l’émission Star Académie en 2012, raconte qu’elle aurait adoré pouvoir bénéficier de ce type d’initiative quand elle était ado. «Ça me passionne, je trouve ça beau de les voir aller, note-t-elle. C’est vraiment cool comme projet. Il est trop méconnu.» Elle ajoute ne pas avoir hésité à répondre à l’invitation du Festival de la chanson de Granby, son patelin, d’abord comme animatrice du spectacle, puis comme directrice artistique.

«Au Festival international de la chanson, je fais partie des meubles depuis toujours, image-t-elle. Mes parents et moi avons été famille d’accueil, j’ai été porte-parole, j’ai été artiste invitée, j’ai été mannequin sur l’affiche, j’ai été placière… J’ai vraiment tout fait!»  Geneviève Bouchard

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DES AMITIÉS PANCANADIENNES

Réunissant neuf provinces et un territoire, le projet Jamais trop tôt ratisse large et mobilise année après année un nombre grandissant d’auteurs et d’interprètes en herbe. «En 2019, 1050 textes ont été écrits. C’est un record», observe Roxanne Tardif, qui chapeaute l’organisation de l’initiative au Festival international de la chanson de Granby. Celle-ci y voit surtout l’occasion de créer un pont entre les communautés francophones canadiennes. 

«On a tendance à penser énormément au Québec quand on parle du français, indique-t-elle. Mais il y en a partout à travers le Canada, même s’ils ne sont pas en majorité dans leur province ou leur territoire. Ce projet va toucher des francophones dans des situations minoritaires. Il y en a qu’on sort de leur zone de confort et ils nous écrivent des textes incroyablement beaux. L’objectif est vraiment qu’ils continuent d’écrire, de parler, de chanter en français et d’écouter de la musique francophone.»

Même préoccupation du côté de la directrice artistique Andréanne A. Malette, surtout dans un contexte de pandémie où plusieurs secteurs, notamment artistiques, sont mis à mal. «Je suis super sensible à ça, confie-t-elle. Actuellement, il y a le #musiquebleue. On veut beaucoup mettre de l’avant les artistes québécois. Moi, j’ai toujours cette arrière-pensée pour la francophonie canadienne. Eux, ils sont encore plus dans la merde que nous autres. On se rend compte avec Jamais trop tôt à quel point il y a beaucoup de communautés francophones partout au Canada. C’est beau de voir les accents. Et c’est beau de voir se créer des amitiés pancanadiennes.»  Geneviève Bouchard