Hubert Lenoir a donné tout un spectacle dans la nuit de vendredi à samedi au Festival de la chanson de Tadoussac.

Hubert Lenoir à Tadoussac: un spectacle aux airs de communion

Lors d’une entrevue accordée au Progrès, il y a quelques jours, Hubert Lenoir avait annoncé que ses prochains spectacles seraient différents de ceux de la tournée « Darlene », désormais terminée. Il souhaitait se donner une plus grande marge de manœuvre, évoluer dans un cadre moins formaté, afin de préserver le grain de folie et le caractère authentique de ses sorties en solo.

L’une des premières occasions de découvrir cette nouvelle mouture « live » s’est présentée vendredi, un peu après minuit, à l’occasion du Festival de la chanson de Tadoussac. C’est au sous-sol de l’église du village que le jeune homme était attendu et comme on s’en doute, le buzz fut monstrueux. Bien avant l’ouverture des portes, une longue file serpentait jusqu’à la rue principale, dans laquelle on retrouvait un nombre étonnant de personnes âgées de plus de 40 ans.

On a même craint de ne pouvoir accueillir tout le monde afin de respecter les normes de sécurité, mais après une trentaine de minutes, Hubert Lenoir est sorti des coulisses avec ses six musiciens, de même que sa complice aux voix, Lou-Adriane Cassidy. Ils sont arrivés sans cérémonie, tellement que le chanteur a repris un succès anglophone de manière très informelle en attendant qu’on ferme les lumières dans la salle.

Puis, ce fut la vraie affaire et tel un diable bondissant de sa boîte, il s’est mis à sauter à répétition pendant que les stroboscopes accentuaient la frénésie qui s’était emparée du public, du moins la frange jeune. Son enthousiasme a été récompensé quand Hubert Lenoir a pris la parole. Au beau milieu d’une pièce, il venait de demander le silence avec un succès relatif, mais n’en tenait pas rigueur à ses fans.

« J’ai joué partout dans le monde et vous êtes les pires quand vient le temps de se fermer la gueule. Osti que chu content d’être là », a confié l’artiste avant de compléter son interprétation. C’est à ce moment qu’on a appris quelles étaient ses intentions pour la soirée. Elles aussi ont témoigné de la chaleur des rapports qui étaient en train de se nouer avec l’assistance.

« La tournée “Darlene” est finie. Je suis censé faire d’autres trucs, mais vu que je vous aime, on va piger un peu plus dans l’album », a-t-il révélé. Inutile de dire que la réaction a été vive, d’autant que le groupe a enchaîné avec « Recommencer ». Comme on le constatera plusieurs fois pendant la nuit, c’est sur un air élégamment rétro, empreint d’un swing discret, mais entraînant, que ce titre a été livré. La différence, le grain de folie évoqué plus haut, est venue de l’énergie déployée par Hubert Lenoir, sa gestuelle frénétique, ainsi que les cris perçants, frôlant la saturation, qui ont ponctué la finale.

Ce goût pour les contrastes s’est également manifesté sur l’hymne de Jean-Pierre Ferland, « Si on s’y mettait ». Il y a des bouts où il épousait la forme d’un slow auquel on avait ajouté une touche soul, alors qu’à d’autres moments, la guitare l’a amené sur les terres du bon vieux rock’n roll. Hubert Lenoir s’est remis à sauter, à trembler de tout son corps, avant de compléter ce tour de montagnes russes en chantant les dernières lignes posément, à deux pas de quelques fans dont les mains agrippaient ses jambes.

Déjà, la communion était totale. Le quatrième mur réduit à peu de chose. Entre autres exemples, une jeune femme juchée sur les épaules d’un spectateur a retiré les vêtements couvrant le haut de son corps, à l’exception de son soutien-gorge, tandis qu’Hubert Lenoir a effectué sa première séance de body surfing de la soirée. Il a atterri la tête en bas, entre deux speakers, mais affichait un large sourire.

Même le côté lousse du spectacle, les intervalles où on aurait dit que personne ne connaissait la suite du programme, avaient quelque chose de rafraîchissant. Le public appréciait cette spontanéité, autant que l’éclectisme auquel on l’a exposé tout du long. Soul, pop, rock ont cohabité harmonieusement avec des parenthèses apparemment chaotiques, proches de ce qu’on appelle les musiques de création, quand ce n’était pas le free jazz.

C’est ce qui impressionne le plus au sujet de cette formation redoutable, son côté omnivore, ses audaces qui mettent de la vie dans le « live ». Mais comme il se doit, Hubert Lenoir a conclu cette rencontre mémorable avec « Fille de personne », avant de « body surfer » une dernière fois sur une grosse vague d’affection.