D’une élégance un peu rétro, les 11 titres d’Objets perdus sont teintés d’amour et de nostalgie.

Evelyne Brochu: trouver sa vraie voix

On la connaissait actrice, voilà qu’Evelyne Brochu se révèle comme chanteuse avec «Objets perdus», un premier album mitonné avec son grand ami Félix Dyotte. Une nouveauté pour le public qui s’avère plutôt la suite d’une collaboration de longue date pour les deux principaux intéressés.

Les rats repus, ça vous dit quelque chose? Probablement pas… Avant Polytechnique de Denis Villeneuve, Café de Flore de Jean-Marc Vallée ou Tom à la ferme de Xavier Dolan, il y a eu pour Evelyne Brochu ce groupe de musique dans lequel elle a chanté, au cégep, auprès de son pote Félix Dyotte.

«J’ai été sa choriste dans son premier band, avant même qu’il soit dans [le groupe] Chinatown. Je ne sais pas trop d’où ça venait, ce nom-là. Quand les gens me demandaient si j’étais dans un band, je disais oui, mais je ne leur disais pas lequel!» rigole celle qui a vu son premier album arriver dans les bacs le 20 septembre.

«Félix, c’est un gars avec qui j’ai grandi comme artiste et pas nécessairement juste comme chanteuse, ajoute-t-elle. Au cégep, on se nourrissait l’un et l’autre. À l’époque, il écrivait des nouvelles, il peignait… Moi, j’écrivais de la poésie. On chantait ensemble jusqu’aux petites heures de la nuit. Cette amitié existe depuis longtemps et elle existe dans ces sphères-là depuis longtemps. Même si personne ne le savait, j’ai l’impression de m’inscrire dans une continuité. C’est ce qui me permet d’avoir la confiance de le faire. Il y a une image qui me revient souvent : quand tu sautes pour la première fois en parachute, tu aimes ça avoir un pro qui saute avec toi!»

Entre ses apparitions dans les séries Trop ou Orphan Black et les films La femme de mon frère de Monia Chokri ou Ca$h Nexu$ de François Delisle, Evelyne Brochu est loin d’avoir chômé dans les deux dernières années. Ajoutons un autre rôle primordial qu’elle a apprivoisé, soit celui de devenir maman, et on se demande quand elle a eu le temps d’enregistrer un album...

«On le fait quand il y a de grands coups de cœur, avance-t-elle. J’ai la chance d’avoir des amis très talentueux. Et j’ai la double chance d’avoir des amis très talentueux qui m’invitent à participer à leurs œuvres. Quand Monia Chokri t’invite à faire son film, tu dis oui. Quand Félix Dyotte te dit : “je t’écris un album”, c’est sûr que tu trouves un moment dans l’année pour le faire. Et ça adonnait bien. J’étais enceinte jusqu’aux oreilles l’été passé. Comme actrice, pour jouer enceinte, il faut un personnage enceinte. Mais comme chanteuse, ça fait juste te grounder et te porter.»

Pour Evelyne Brochu, il ne fait aucun doute que sa grossesse a teinté la création de cet album, où Philippe Brault a notamment mis sa griffe. «Quand on est enceinte, il se passe tellement de choses dans notre corps, ça donne un degré de présence physique et mentale intensifié, évoque-t-elle. Je l’ai vécu avec beaucoup de bien-être. J’étais vraiment dans une belle place pour incarner ces chansons-là, pour vivre cet album au quotidien et le voir naître. J’ai pu être présente pendant que les autres faisaient leurs tracks. Ç’a été un été mémorable.»

Et si fiston à naître a été son premier public, sa désormais chanteuse de mère lui doit aussi certaines inspirations. «Il y a quelque chose de sa petite âme qui s’est infiltré dans les chansons, avance-t-elle. Et je pense que c’est là pour lui aussi. Quand [l’extrait] Maintenant ou jamais est sorti, on écoutait la radio un matin. La toune est passée et il s’est arrêté de jouer et ses yeux se sont écarquillés. Je me suis dit : “il la reconnaît”. Ça m’a vraiment émue de penser que cet album s’est inscrit dans sa petite psyché, dans son subconscient.»

Rassurante nostalgie
D’une élégance un peu rétro, les 11 titres d’Objets perdus sont teintés d’amour et de nostalgie… et pas que dans ce bien nommé Flashback adolescent.

«J’avais le goût de tendresse. Je trouve que ces temps-ci, il y a beaucoup d’agressivité, de division, de tensions. J’ai l’impression que si on peut amener un peu d’ambiance de tendresse, ça peut faire du bien», évoque Evelyne Brochu, dont l’univers musical a été ponctué des airs de The Smiths, d’Indochine, de Serge Gainsbourg, des Beatles et de Belle and Sebastian, entre autres.

«Je pense qu’on est peut-être à une époque où la nostalgie est présente beaucoup parce que ce qui est devant est un peu épeurant, reprend-elle. Mais peut-être aussi que ç’a toujours été le cas. J’ai l’impression qu’on revient beaucoup à notre enfance et notre adolescence, à des séries et des films qu’on a déjà vus. Peut-être que ça nous rassure d’être dans le connu ou le reconnu.»

Combattre le syndrome de l’imposteur
Son syndrome de l’imposteur, Evelyne Brochu l’a combattu en faisant confiance à son ami Dyotte.

«Ça fait longtemps qu’on collabore ensemble. En m’invitant à le faire, il me donne ce courage-là et ce plaisir-là. Il me donne cette légitimité-là, aussi. Quand il est là, j’ai l’impression que ça me donne la permission. Je me sens forte», confirme celle qui a prêté sa plume à deux chansons, Sept jours exactement et l’extrait Escale à Madrid.

Elle s’est aussi donné les moyens de ses ambitions en ayant recours aux services d’une coach vocale.

«J’ai un énorme respect pour ce que j’appelle les vraies chanteuses, celles qui se consacrent à ça depuis plusieurs années, explique-t-elle. Je me disais que si je me permettais d’aller les rejoindre et d’avoir la prétention de présenter un album, je devais aller au maximum de mes capacités.»

Au-delà de l’actrice qui chante, Evelyne Brochu s’est surtout évertuée à trouver sa «vraie voix». «En vieillissant, je pense qu’on se rapproche de soi, note-t-elle. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose dans ma voix qui s’est rapproché de moi. Des fois, j’écoute des choses que j’ai faites avec Félix dans le passé et je trouve que je fais la voix “de la fille qui chante”. Je ne m’entends pas moi. Là, j’ai fait écouter ces chansons à ma meilleure amie d’enfance et elle a dit que c’est la première fois qu’elle me reconnaît. Elle a dit : “j’entends ta voix parlée dans ta voix chantée”. Pour moi, c’est ça le maximum que je pouvais faire. Le but, c’était que ce soit personnel et authentique. Que ce soit moi.»

La pochette d'«Objets perdus»

+

DU JEU À LA MUSIQUE... ET VICE VERSA

Si elle assume depuis peu ses propres envies chansonnières, Evelyne Brochu dit avoir depuis longtemps utilisé la musique dans son travail d’actrice. «Ç’a commencé avec Jean-Marc Vallée, raconte-t-elle. Il mettait des chansons avant qu’on fasse des scènes. La musique, c’est très rassembleur dans une énergie commune. Ça transporte les gens au même endroit parce que c’est rythmique, parce que c’est physique. Je me suis rendu compte que ça pouvait être un outil pour m’amener à des places quand je joue. J’ai toujours mon iPhone avec mes écouteurs. Quand une scène demande une certaine émotion, je vais aller chercher une chanson qui m’émeut plus. J’ai l’impression que la musique aide à ouvrir le cœur.» Evelyne Brochu prendra avant longtemps la route avec un spectacle musical, mais elle ne range pas pour autant son chapeau d’actrice. Alors que Trop reprendra l’affiche d’ICI Tou.tv Extra le 30 septembre, l’interprète d’Isabelle multipliera d’ici janvier les allers-retours en France, où elle tourne pour Canal + la série historique Paris police 1900. «Je n’ai jamais participé à quelque chose avec autant de moyens, s’enthousiasme-t-elle. Je suis entourée de gens extrêmement talentueux qui vont au bout de leurs rêves parce qu’on leur en donne le droit. Ce sont des collaborateurs exceptionnels. La fille qui fait les costumes est celle qui a fait ceux du Saint Laurent de Bonello. Tout le monde est très inspirant. C’est beaucoup d’acteurs de théâtre, il y a un bel esprit de troupe sur le plateau.»  Geneviève Bouchard