«Je suis dans mes supplémentaires, et non pas en début de carrière. Je suis devenue une vieille de mon temps», constate Diane Dufresne, ici en compagnie du chef Simon Leclerc lors du concert donné à la Maison symphonique, à Montréal, en septembre dernier.

Diane Dufresne: «Je suis une vieille de mon temps»

Il en a coulé de l’eau devant le Château Frontenac depuis le premier spectacle symphonique de Diane Dufresne, au Colisée de Québec, à l’hiver 1988. Même si elle ne se souvient pas de «tous les détails» de cette soirée baptisée «Symphonic n’Roll», la colorée diva en parle comme d’un moment magique où elle n’a fait qu’un avec le public.

De voir ces milliers de spectateurs l’acclamer, bon nombre déguisés et arborant des costumes excentriques à son image, reste pour elle un souvenir des plus heureux.

«Ç’a été une soirée extraordinaire. J’étais très angoissée parce que c’était une première pour moi», glisse la chanteuse en entrevue téléphonique. «Je portais une grande jupe avec plein d’instruments de musique. Je l’avais reçue l’après-midi et je chantais le soir. Mais ce dont je me souviens le plus, c’est l’énergie et la ferveur du public.»

Diane Dufresne, la seule et unique, est de retour cette semaine dans nos murs pour renouer avec ce concept, en collaboration avec l’Orchestre symphonique de Québec, cette fois pour célébrer les chansons de son 14e album, Meilleur après. Elle en profite également pour revisiter sous de nouveaux arrangements quelques succès du passé.

Déjà présenté à Montréal et à Ottawa — Trois Rivières l’accueillera en juin 2020—  le spectacle traversera l’Atlantique le 5 décembre, question de permettre à la chanteuse de régaler ses fans parisiens qui l’avaient découverte, il y a 40 ans, en Stella Spotlight dans Starmania.

Aller vers les gens

De cette symbiose entre les arrangements classiques et la musique populaire, la chanteuse ne s’en lasse pas, même si passer d’un orchestre symphonique à un autre réclame une grande capacité d’adaptation. «C’est pas reposant, mais on se met de l’Antiphlogistine dans le dos et on y va...» lance-t-elle dans son langage imagé.

La chanteuse a mis toute sa confiance dans le chef et directeur musical Simon Leclerc pour qui elle ne tarit pas d’éloges. «C’est le chef qui compte. Simon est un poète musical, un grand musicien.» Et de vivre la rencontre de ces deux courants nullement en opposition à son avis — «Dans son temps, Mozart était un artiste pop» — la comble au plus haut point, Son répertoire est ainsi éclairé sous un autre jour. «La réussite, pour moi, c’est de chanter de nouvelles chansons et que le public ne se rende pas compte que c’est du nouveau [matériel].»

Continuer à chanter, avoue-t-elle, c’est sa façon «d’aller vers les gens». Que ce soit sur scène ou encore lors de ses expositions en arts visuels, où elle s’arrime à son besoin viscéral de solitude, Diane Dufresne croit fermement que «le public a besoin qu’on soit près de lui». 

Protéger notre paradis

Même si ses plus folles années sont derrière elle, Diane Dufresne n’en demeure pas moins habitée par un désir de communier aux nouvelles réalités. L’amour, elle le chantera toujours. La vieillesse s’est invitée au bataillon (avec Aimer ce que tu vois, composée par Daniel Bélanger). C’est sans compter sur son engagement, inébranlable, pour la protection de l’environnement. Son spectacle Terre Planète Bleue remonte à 2008, autant dire à une éternité dans l’état actuel des choses.

«J’ai commencé à m’intéresser au sujet dans les années 90, avec les conférences de Hubert Reeves. À l’époque, je passais pour une cinglée.» La suite (morose) des événements, couplée à l’inaction des gouvernements, confirme ce qu’elle voyait venir.

«Je regarde la petite Greta (Thunberg) que l’on critique beaucoup, mais la réalité c’est que les jeunes comme elle vont devoir composer avec un gros problème de survie. Ce n’est pas quand on meurt qu’on voit le paradis. Le paradis, il est ici, avec la nature, les oiseaux, le changement des saisons. Tout cela risque d’être chamboulé.»

Elle applaudit aux progrès, comme la voiture électrique, qui permettent de croire en des jours meilleurs, mais dans son for intérieur, elle se demande ce qu’elle peut faire de plus que «de dire et de chanter» ses tourments et espoirs. «Parler de sujets lourds, mais avec du beau», précise-t-elle.

À l’essentiel

À 75 ans, Diane Dufresne prend les choses au jour le jour. Son prochain projet est toujours celui qui est en marche. Les années filent, elle en est la première consciente. D’où l’importance d’en profiter à plein.

«Je suis dans mes supplémentaires, et non pas en début de carrière. Je suis devenue une vieille de mon temps. Quand on a mon âge, on perd beaucoup moins de temps que lorsqu’on est jeune, on va à l’essentiel. Il y a tellement de choses que je me suis privée de faire parce que j’étais tellement timide. L’âge permet de me rattraper.»

Le spectacle Meilleur après, présenté avec l’Orchestre symphonique de Québec, est à l’affiche au Grand Théâtre, mardi et mercredi à 20h.