Denis Plante

Denis Plante: l'aventure baroque d'un grand voyageur

Denis Plante compose des opéras aux inspirations littéraires. On a pu savourer son intelligent amalgame de réalisme magique et de tango dans La bibliothèque interdite, lors de Québec en toutes lettres cet automne. Dimanche, on pourra découvrir sa vision de Marco Polo, voyageur malgré lui dans l’Orient du Moyen Âge, enveloppée de musique baroque servie par les Violons du Roy.

Avant son Marco Polo au Palais Montcalm, le compositeur nous a accordé une entrevue depuis Houston, au Texas, à quelques jours de la première de Debussy and Ravel : The Flowers of Evil, qu’il a écrit pour l’orchestre Mercury, dirigé par son frère Antoine Plante. Pour faire des Fleurs du mal un opéra, il a divisé la psyché de Baudelaire en deux voix, l’une féminine et l’autre masculine, l’une fantasque et l’autre vertueuse, un frère et une sœur qui créent ensemble.

«Je voulais jeter un regard sur la vie de cet homme-là et sur son projet artistique, sur le fait qu’il ait passé toute sa vie à travailler sur ce recueil, qui contient en fait des pages de sa propre vie», résume Denis Plante. Il y a de beaux liens à faire avec la figure du poète argentin joué par Sébastien Ricard dans La bibliothèque interdite, qui navigue sans cesse entre réalité et fiction.

S’il s’est intéressé à Marco Polo, c’est que, bien qu’il soit un personnage littéraire, il n’a pas écrit le livre de ses aventures. Il les a plutôt racontées, alors qu’il était en prison à Gênes, à «un véritable troubadour de Pise, qui allait de ville en ville avec son luth», indique Denis Plante. «C’est venu chercher mon penchant pour la musique ancienne et mon côté musicien errant.»

Il faut dire que le compositeur possède lui-même plusieurs traits qui en feraient un bon personnage de roman. «Mon père venait des lettres médiévales et ma mère était compositrice. Donc Marco Polo et Rabelais, c’était des gens qui habitaient chez nous, dans l’immense bibliothèque parentale», indique-t-il.

«J’ai un imaginaire forgé par une histoire familiale un peu insolite. Chez mes parents, il y a des instruments de musique jusqu’au plafond dans toutes les pièces. Mes parents ont plus de 70 ans et continuent à jouer. On faisait des fêtes, adolescents, avec des amis et on jouait de la vielle à roue et de la flûte à bec. C’était ça, notre adolescence rebelle!» raconte-t-il.

Dès ses 17 ans, il commence à tourner, avec l’ensemble Claude-Gervaise, fondé par ses parents, qui s’exécutent en costumes d’époque sur des instruments anciens comme la chalémie, le cervelas, la douçaine ou l’épinette. 

«Je passe beaucoup de temps à écrire et à réfléchir à mes projets, mais mon gagne-pain, c’est encore de prendre la route avec mon bandonéon et de jouer du tango», note celui qui a fondé l’ensemble Tango Boréal.

Admirer ses parents

Sa famille n’est jamais bien loin : alors qu’il passe la moitié de l’année à Houston pour créer avec son frère, sa sœur Madeleine œuvre à la scénographie de ses spectacles et son père, Gilles, jouera le père de Marco Polo, vielle à roue à la main, dans le spectacle de dimanche.

En 2014, alors qu’il travaillait avec Sébastien Ricard sur La bibliothèque interdite, Denis Plante pensait déjà à un second projet qui pourrait les rassembler. «Je m’inspire beaucoup de mon vécu et du sien. Il partage avec moi une sorte d’admiration pour ses parents. Son père est dramaturge, sa mère est traductrice, toutes les anecdotes personnelles se sont imbriquées», indique le compositeur. Marco Polo a pris forme; Sébastien Ricard tient le rôle-titre, alors que le troubadour, le Rusticien de Pise, sera interprété par Marianne Marceau. 

Pour les Violons du Roy, dont les musiciens seront costumés et auront tous un personnage à interpréter dans l’histoire, le compositeur est allé puiser dans des pages de musique baroque qui ont un lien, «même s’il est parfois ténu», avec Marco Polo.

Vivaldi a été convié en l’honneur de l’origine vénitienne de l’explorateur. Purcell, lui, a été mis à contribution parce que comme le Rusticien, il s’est intéressé aux histoires de chevalerie et au récit du Roi Arthur. On pourrait se demander ce que vient faire Rameau dans l’équation. «Il a écrit quelque chose d’assez extraordinaire qui s’appelle Les Indes galantes, dans lequel il imagine un voyage dans ce qui ressemble à un mélange d’Amérique et de Chine, répond Denis Plante. Je trouvais ça sympathique d’intégrer des œuvres inspirées par l’imagination d’un compositeur d’une époque reculée.»

Reculée, certes, mais tout de même pas aussi reculée que celle de Marco Polo, qui a vécu au Moyen Âge, et non à la Renaissance. 

«On l’imagine près de Leonard de Vinci, mais il était plus proche de Dante, acquiesce Denis Plante. Il a encore l’esprit magique du Moyen Âge, il décrit les choses comme un chrétien qui a une vision magique du monde, qui s’émerveille devant les mystères de l’Orient.»

On retrouvera donc cette magie inhérente à la littérature chère au cœur du compositeur, et présente dans chacun de ses projets. «J’essaie, dans ma démarche créatrice que l’enjeu soit toujours une force positive, même si le sujet peut être tragique, ajoute Denis Plante. Dans le cas de Marco Polo, le sujet devient sa réconciliation face au poids des attentes paternelles. Je crois que tout le monde pourra s’identifier à ce confit-là.»

Marco Polo sera présenté le dimanche 20 janvier à 14h au Palais Montcalm. 

Info : 1 877 641-6040.