Sur <em>Le doigt d’honneur</em>, David Jalbert s’est offert un libérateur retour aux sources avec ses nouvelles compositions.
Sur <em>Le doigt d’honneur</em>, David Jalbert s’est offert un libérateur retour aux sources avec ses nouvelles compositions.

David Jalbert : Retrouver «le gars du peuple»

Quand il a entendu la version finale de son sixième album, Le doigt d’honneur, David Jalbert n’a pas pu contenir son enthousiasme. «J’ai dit à ma blonde : “je suis revenu en ta… Pas à peu près!”», lance au bout du fil le volubile auteur-compositeur-interprète.

Trois ans se sont écoulés depuis la parution de sa précédente offrande. Une période un peu «angoissante» faite de remises en question, mais au terme de laquelle le musicien a travaillé fort pour se retrouver. «Je n’étais pas pressé. Les gens me demandaient quand j’allais sortir un nouvel album et je leur disais : “quand je n’aurai plus d’argent”. Je faisais des blagues. La vérité, c’est que je n’avais rien à dire», relate le principal intéressé.

David Jalbert nous ramène à 2012, au moment où un membre de sa famille a été terrassé par la maladie. Ébranlé, il raconte avoir perdu l’équilibre et, graduellement, le contrôle de ses affaires. «J’ai abîmé ma vie personnelle, j’ai fait de mauvais choix de vie. J’ai arrêté de travailler de manière aussi assidue», résume celui qui a constaté des répercussions de ce passage à vide dans sa création.

«Il y a une porte qui s’était fermée, image-t-il. Je n’écrivais plus au premier degré. J’employais des mots qui venaient de la tête. J’utilisais mes habiletés et mes connaissances, mais je n’utilisais pas mon cœur. Pourtant, les albums qui ont eu du succès dans ma vie sont ceux où j’ai mis ma tête sur la bûche.»

À partir de là, l’amertume s’est invitée dans la vie de David Jalbert, nous dit-il. «Elle était devenue grande, confirme-t-il. Le doute ne s’installe jamais dans le succès. Il s’installe dans l’insuccès. Quand ton avion pogne une poche d’air et qu’il drop de 20 000 pieds, c’est là que tu cherches le bouton panique et que tu fais des erreurs dans ta carrière. C’est là que tu vas voir des artistes faire des posts amers sur leur Facebook...»

Un album rassembleur

De là ce «doigt d’honneur» brandi avec sa nouvelle galette. S’il dit se reconnaître peut-être un peu moins dans ses derniers albums plus introspectifs, David Jalbert s’est offert un libérateur retour aux sources avec ses nouvelles compositions. Et il a retrouvé comment «écrire avec son cœur» en renouant avec une poésie plus directe, plus terre-à-terre.

«Je voulais un album rassembleur, note-t-il. Mon but, c’était de faire chanter les gens comme en début de carrière. J’assume le chapeau qui me va le mieux. On m’a dit que j’étais le chanteur du peuple au début, bien je vais l’assumer. Je suis un gars du peuple.»

Dans le processus, il s’est entouré de collaborateurs comme Sonny Caouette de 2Frères, Gabriella, Christian Marc Gendron et William Deslauriers. David Jalbert produira d’ailleurs le prochain album de ce dernier.

L’auteur-compositeur-interprète se félicite aussi d’avoir renoué avec le réalisateur Jeff Grenier, qui l’a accompagné dans sa quête d’authenticité. «Il m’aide beaucoup, confie-t-il. Il m’a fait briller. Je ne me compare pas aux Beatles, mais c’est un peu mon George Martin. Sans lui, je ne suis pas l’ombre de moi-même. Quand j’allais vers d’autres réalisateurs, je voulais les séduire et je changeais mon style. Je faisais l’erreur de ne plus écrire de la même façon. Jeff, c’est mon fan numéro un. Il connaît mes chansons.»

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FAIRE SA PART DANS LA PANDÉMIE

Grand voyageur, David Jalbert sortait tout juste de ses valises quand la crise de la COVID-19 a pris de l’ampleur. Résultat : une stricte quarantaine et une envie moindre de sortir même une fois les deux semaines passées.

«On se fait tout livrer», résume le père de famille, qui a désormais envie de faire sa part. «J’ai appliqué pour faire du bénévolat à l’épicerie pour aller porter des paniers au monde, ajoute-t-il. J’ai appliqué comme bénévole à la pharmacie. Moi, je veux aider ma communauté et je me dis que si personne n’avait bravé la lèpre dans le passé, on n’en serait jamais venu à bout. Ça en prend du monde qui sont courageux et qui disent : “moi, je n’ai pas peur.”»

Question d’accompagner ses fans dans leur confinement, l’auteur-compositeur-interprète utilise lui aussi le Web. Il a notamment publié un tutoriel pour leur enseigner à jouer ses nouvelles chansons à la guitare. «Ils ont fait en sorte qu’après 12 ans, je vis encore de ma musique. C’est un petit cadeau que j’ai voulu leur faire», explique-t-il.

David Jalbert entrevoit des lendemains plus chaleureux quand la pandémie de coronavirus sera derrière nous. «Je pense que les gens vont avoir envie de se rassembler après cette crise-là, croit-il. Ils vont avoir envie de se dire : “on l’a traversée et on l’a gagnée cette bataille-là”. Ils nous l’ont dit, on est parmi les meilleurs au monde. C’est tout à notre honneur, parce qu’on respecte les consignes.»  Geneviève Bouchard