Dance Laury Dance
Dance Laury Dance

Dance Laury Dance: plus sages... Mais pas trop!

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Depuis 2007, la formation Dance Laury Dance a forgé son rock pesant, célébré des excès en tous genres et cultivé des ambitions internationales dans la langue de Metallica. Six ans après leur dernier album complet et une pause qui leur a permis de «faire du ménage» dans leur vie, les cinq musiciens sont de retour sous des airs (faussement?) assagis avec C’est ça, leur premier album en français.

Si le groupe brasse la cage en musique, il n’a certainement jamais manqué d’humour. Le visuel qui a précédé la sortie de son nouvel album n’a pas fait mentir sa réputation. Ici, des allures d’enfants de chœur, là des looks de papa arborant des polos pastels. «On est allé au Village des valeurs et on s’est acheté pour 3-400 $ de linge», rigole au bout du fil le chanteur Max Lemire.

Nouveau style vestimentaire, donc, mais ce n’est pas la seule chose qui a changé pour le quintette séparé entre Québec et Montréal, qui a maintenant fait le choix de s’exprimer dans sa langue maternelle. Une réflexion qui ne date pas d’hier pour le groupe qui a au fil du temps pu montrer de quel bois il se chauffe en Europe et aux États-Unis — il a même déjà songé s’y installer — et qui avait frappé un grand coup en assurant la première partie du concert de Metallica sur les plaines d’Abraham en 2011.

Dance Laury Dance

«Au tout début du band, on s’était posé la question. Moi, j’arrivais d’un groupe francophone et c’était la même chose pour d’autres gars, expose Max Lemire. C’était en 2007, ça fait longtemps déjà. À ce moment-là, de faire des chansons en anglais, ça venait d’un désir ou d’une ambition de s’exporter. Ça nous permettait de faire de la tournée au Canada, aux États-Unis et même en Europe. Donc on a continué, mais on savait qu’on ferait un album en français à un moment donné.»

Le chanteur ne le nie pas : avec le temps qui passe, les familles qui se fondent et les contraintes financières qui viennent avec le métier, ses collègues et lui ont revu leur plan de match. «Sans grande surprise, on n’a jamais fait beaucoup d’argent avec Dance Laury Dance. On a eu de belles années, mais on réinvestissait ce qu’on faisait dans le groupe», avance Max Lemire, qui partage le studio et les planches avec Sébastien Harry Deschênes, Alexandre Laperrière, Étienne Villeneuve et Philippe Lemire.

«Je pense qu’en vieillissant, notre attention shift sur d’autres affaires, ajoute Lemire. Notre bassiste a trois enfants, moi j’ai une petite fille. À un moment donné, on ne peut plus aller dormir sur des planchers n’importe où au Canada pour revenir après un mois avec 500 $. C’est sûr que ça, pour nous, c’est terminé. Mais ça n’empêche pas d’avoir le goût de faire de la tournée. Ça ne se perd pas.»

Le constat n’a rien à voir avec le changement linguistique de la formation, estime Max Lemire. «C’était là depuis longtemps dans nos têtes et le timing était bon. Dance Laury Dance, on fait pas mal ce qu’on veut faire. On ne se pose pas trop de questions.»

Un coup de pouce venu du rap

En 2016, les membres de Dance Laury Dance ont senti le besoin de prendre une pause. À quelques exceptions près, ils ne se sont pas vus pendant un an, raconte Max Lemire.

«C’est pour ça que ç’a été plus long [pour que l’album sorte]. Mais il y a eu des temps forts à travers tout ça. Des gars se sont ouvert des business, on a fait beaucoup de ménage dans nos vies professionnelles et personnelles. On est plus de bonne humeur que jamais.»

Au moment de reprendre la plume, le parolier indique avoir pris un moment pour trouver le bon ton en français. Habitué de collaborer avec T.T. Tetley dans ses créations anglophones, Lemire s’est cette fois tourné vers Ogden Ridjanovic (le Robert Nelson d’Alaclair Ensemble) pour l’épauler en français.

«J’ai passé un petit week-end chez lui et on a écrit trois tounes, note-t-il. Ç’a été très révélateur. C’était l’idée d’arrêter d’essayer de bien parler. En autant que les mots soient les bons et les miens. On a eu de bonnes conversations là-dessus. Quand je suis revenu de là, j’ai comme amené cette expérience-là dans le reste des textes.»

En apparence, Dance Laury Dance semble s’être assagi un brin. Mais le groupe ne fait toujours pas dans la dentelle sur C’est ça, qui cultive encore la veine «sexe, drogue et rock’n roll». «Mais il y a moins de sexe sur cet album-là», nuance Max Lemire.

«C’est sûr que comme individus, on évolue, reprend-il. On n’est plus le band qu’on était en 2010. Mais l’autodérision, c’est une partie intégrante de ce qu’on est. On est comme ça entre nous. On fait bien des jokes et on essaie de pousser ça à l’extrême. Mais il y a beaucoup de sujets qu’on a évacués. On a fait quand même pas mal le party, nous autres. Mais personnellement, ça fait depuis mars 2012 que j’ai arrêté pas mal de consommer. On a fait beaucoup de ménage dans nos vies et on avait besoin d’évacuer ça dans un album. On est prêt à passer à autre chose.»

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ROCKER SON CONFINEMENT

Avec un album prévu pour le printemps dernier, Dance Laury Dance a dû prendre son mal en patience quand la COVID-19 s’est invitée chez nous. 

«Reporter une sortie d’album par rapport à tout ce qui se passe dans le monde, c’est bien peu», nuance quand même le chanteur Max Lemire.

Le quintette a choisi d’en rigoler en tournant chacun de son côté, «avec les moyens du bord», le clip de la chanson Né pour parde, qui résume la folie qui a pu s’inviter pendant le confinement, quand nous étions tous encabanés : nudité, joyeux délire en famille, séance d’exercices, bogue de Zoom et une bonne rasade de Sour Puss, en somme. 

«On trouvait ça drôle de la sortir à ce moment-là, dans une situation qui n’était évidente pour personne», explique Max Lemire.  Geneviève Bouchard

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UN FILM PLUTÔT QUE DES SPECTACLES

La sortie de l’album C’est ça sera accompagnée pour Dance Laury Dance de la mise en ligne du film Bienvenue au Roc Roulant, décrit comme un documentaire tourné lors «camp de ressourcement» auquel la formation a pris part dans la forêt. 

«Une rare occasion de pénétrer au cœur de la vie du groupe, avec tous ses hauts et ses bas. Des moments d’émotions à l’état brut, sans censure, permettant de mesurer toute la fragilité humaine se cachant derrière la façade de pierre de ces cinq rockeurs», précise aussi un communiqué. 

En entrevue, Max Lemire préfère ne pas trop en dire pour ne pas vendre la mèche. On devine bien que la production, qui sera dévoilée le 23 septembre, sera teintée de l’humour propre au groupe. On comprend surtout qu’elle vient pallier l’absence de spectacles en ces temps de pandémie, tandis que Dance Laury Dance a préféré éviter les concerts virtuels ou en mode distanciation physique. 

«On a évalué la possibilité de faire des shows virtuels, précise le chanteur. Je dis ça en tout respect pour les gens qui en font, qui en produisent ou qui en regardent, mais dans le cas de Dance Laury Dance, on voyait bien mal comment on pourrait rendre justice à ce qu’on fait en show. Il y a beaucoup d’interactions avec la foule, on change nos setlists, on parle avec le monde entre les tounes. On chill avec le monde avant et à la table de merch après. On voyait mal comment on pourrait faire un show virtuel en étant content du résultat.»  Geneviève Bouchard