Ce mois-ci, Calypso Rose est devenue officiellement la doyenne du très branché festival américain Coachella depuis sa prestation remarquée. Un tour de scène et quelques tours de hanches lui auront suffi pour conquérir le public.

Calypso Rose, la matriarche du calypso aux «chansons qui ouvrent les yeux»

LOS ANGELES — Matriarche féministe et iconoclaste, Calypso Rose fêtera ses 79 ans cette semaine et continue de faire danser les foules de par le monde.

Ce mois-ci, Calypso Rose est devenue officiellement la doyenne du très branché festival américain Coachella depuis sa prestation remarquée. Un tour de scène et quelques tours de hanches lui auront suffi pour conquérir le public.

«Maintenant, je suis la reine de Coachella», lance-t-elle fièrement lors d’un entretien avec l’AFP après son concert.

Aussi souriante que remuante, la très prolifique septuagénaire collectionne les titres depuis qu’elle a composé sa première chanson voici plus de 60 ans dans l’archipel de Trinité-et-Tobago, petit bout de terre des Caraïbes où elle est née Linda McArtha Monica Sandy-Lewis en avril 1940.

En 2017, elle a notamment remporté en France une Victoire de la musique dans la catégorie «musiques du monde» pour son album «Far from Home», également récompensé l’année suivante par un Grand Prix de la Sacem.

L’album, soutenu notamment par Manu Chao qui chante avec elle sur plusieurs titres, a été disque de platine (100 000 exemplaires vendus), un exploit généralement réservé à la pop ou au rap par les temps qui courent.

C’est que Calypso Rose a l’habitude de se battre, qu’il s’agisse de s’imposer dans le monde macho du calypso ou de remettre au goût du jour cette musique de carnaval originaire de Trinité-et-Tobago.

Rescapée de deux cancers, elle s’est comme toujours relevée après s’être vidée de près de deux litres de sang lors d’une hémorragie pulmonaire.

«Je suis morte, et ils m’ont ramenée à la vie», dit-elle.

«Je suis revenue parce que le Bon Dieu a voulu que je continue le travail pour laquelle il m’a placée sur la Terre: apporter la joie, le bonheur et la paix aux gens avec ma musique dans le monde entier», assure la chanteuse, qui a été victime de viol dans sa jeunesse.

«J’ai l’air si jeune» 

Lorsqu’elle a commencé à composer des chansons à l’adolescence, Rose se souvient que son père, pasteur protestant autoritaire et misogyne, l’a mise en garde: «Le calypso appartient au diable».

Malgré le scandale - un journal de Trinité l’a qualifiée de «reine de l’obscénité» -, l’artiste s’obstine. «Un jour, je me suis levée et j’ai dit que je ne me contenterais pas d’être une vierge stupide, que je ne laisserais pas mon talent en plant».

La suite lui a donné raison, car certaines de ses 800 chansons ont littéralement changé le monde. Dans les années 1970, c’est son tube «No Madame» dénonçant l’exploitation des domestiques qui pousse le gouvernement trinidadien à adopter une loi améliorant leur sort.

Rose est aussi la première chanteuse à avoir remporté les célèbres compétitions de calypso organisées lors des carnavals, au point que les organisateurs ont fini par changer en 1978 le titre accordé au vainqueur, passé de «Roi du calypso» à «Monarque du calypso».

«Je pense que je suis la première femme à être devenue roi», s’amuse-t-elle.

L’âge ne l’a pas changée et Calypso Rose, qui vit depuis longtemps à New York et a désormais la nationalité américaine, continue à enchaîner avec plaisir les sous-entendus salaces, les déhanchés suggestifs et commentaires politiques piquants quand elle est sur scène.

Elle est particulièrement fière de ses «chansons qui ouvrent les yeux» et annonce la sortie d’un nouvel album dès cet été.

«J’ai l’air si jeune», dit-elle avec sérieux en regardant une vidéo de sa performance à Coachella. «Prendre ma retraite? Non. Jamais».