L'auteure-compositrice-interprète Billie Eilish a lancé vendredi son premier album complet, «When We All Fall Asleep, Where Do We Go?».

Billie Eilish : L'ascension d'une sensation

Billie Eilish n’avait que 13 ans lorsqu’elle a signé sa première chanson, «Ocean Eyes». Quatre ans et des centaines de millions de clics plus tard, l’Américaine a, une composition à la fois, pris d’assaut la scène musicale en n’en faisant qu’à sa tête. Alors que son premier album complet, «When We All Fall Asleep, Where Do We Go?», nous est arrivé vendredi, retour sur le parcours d’une véritable sensation qui fascine ses fans en bousculant les codes de la pop.

Une histoire de gros chiffres...

L’univers de Billie Eilish en est un de gros chiffres : plus de 32 millions d’auditeurs mensuels sur la plateforme Spotify — sa collaboration avec Khalid a elle seule été écoutée à plus de 440 millions de reprises —, 15 millions d’abonnés sur Instagram et plus de 9 millions de fans qui la suivent sur YouTube.

Sa popularité a littéralement explosé en une année. La jeune artiste a accordé deux entrevues à Vanity Fair à exactement un an d’intervalle. La comparaison est pour le moins éloquente. Entre octobre 2017 et octobre 2018, son chiffrier Instagram est passé de 257 000 à 6,3 millions d’admirateurs.

Certaines de ses créations ont pu bénéficier d’une importante vitrine en se retrouvant sur la trame sonore de la série de Netflix 13 raisons . Elle s'est aussi inspirée du film Roma, diffusé sur la même plateforme, pour signer un titre. La semaine dernière, elle comptait quatre chansons sur le top 100 du Billboard. Et sa hausse fulgurante de popularité lui a valu d’être incluse dans la liste des 30 personnalités de moins de 30 ans du magazine Forbes.

… Et de famille

Billie Eilish a grandi à Los Angeles où ses parents font carrière en tant qu’acteurs «mais ne sont pas des vedettes de cinéma», a précisé l’adolescente. Très jeune, elle a trouvé en son grand frère Finneas O’Connell — qu’on a notamment pu voir dans la série Glee — son plus grand complice de création. Ensemble, ils ont écrit, composé et réalisé la totalité de l’album When We All Fall Asleep, Where Do We Go?.

«Finneas et moi écrivons du point de vue d’autres personnes. La moitié des chansons sont fictives et l’autre moitié parlent de choses qui me sont arrivées. Personne ne saura jamais lesquelles sont lesquelles», a expliqué Billie au Rolling Stone, dans une entrevue où elle a aussi commenté certains thèmes plus sombres qu’elle aborde dans ses pièces.

«Les jeunes prennent mes chansons comme un câlin, a-t-elle indiqué. Des chansons à propos d’être déprimé ou suicidaire ou juste de se déprécier : certains adultes trouvent ça mauvais, mais j’ai le sentiment que de voir une autre personne se sentir aussi mal que toi est réconfortant. C’est un bon sentiment. C’est d’avoir quelqu’un avec qui crier.»

Billie Eilish a reconnu souffrir du syndrome de Gilles de la Tourette après que des vidéos montrant des montages de ses tics soient apparues en ligne.

Maintenant âgée de 17 ans, Billie Eilish a écrit sa première chanson à 13 ans.

Une image en contrastes...

La carte de la pop-star sexy, très peu pour Billie Eilish. Elle privilégie généralement des vêtements très amples masquant sa silhouette et elle prend souvent la pose avec l’air de celle qui s’en balance, les yeux mi-clos ou la bouche ouverte. Son image n’en est pas moins ultra-étudiée.

Depuis ses débuts, elle a mis de l’avant des vidéoclips à l’esthétique soignée, même si elle a récemment renié le look «trop maquillé» qu’elle arborait à 14 ans dans Ocean Eyes. Ses derniers clips donnent plutôt dans l’autre extrême, alors qu’elle joue de contrastes en opposant sa mélodieuse voix à des réalisations soignées, mais truffées d’images glauques qui peuvent rebuter.

Image extraite du clip de la chanson «When the Party's Over».

On songe au clip de la douce et mélancolique When the Party's Over, dans lequel des coulées de larmes noires lui barbouillent le visage. Ou à celle de You Should See Me in a Crown, qui donnera des sueurs froides aux arachnophobes (une tarentule dans la bouche? Pourquoi pas?).

Elle emprunte carrément à l’horreur pour la vidéo de sa chanson Bury a Friend, elle aussi sinistre à la base : elle a raconté y avoir adopté le point de vue d’un monstre sous le lit, suggère d’enterrer un ami et clame elle-même vouloir en finir («I wanna end me»). À l’anxiogène menu : yeux noirs diaboliques (et mouvements syncopés ou décalés qui vont avec), mains anonymes qui malmènent et dos criblé de seringues...

Image extraite du clip «Bury a Friend».

«C’est l’une des plus grandes peurs de certaines personnes, les aiguilles, et c’est ce que j’ai fait récemment : aiguiser les peurs des gens», a expliqué Billie Eilish au magazine Rolling Stone.

«Je me considère d’abord comme une artiste visuelle. Le visuel passe en premier pour moi. Même quand je crée la musique, je pense au visuel», a-t-elle aussi confirmé lors d’un passage sur le plateau de la websérie Teens React.

… Et une allergie aux étiquettes

Si elle loge à l’enseigne pop, Billie Eilish ratisse large dans le son : entre l’électro, la ballade éthérée ou les compositions pour ukulélé. Une liberté qu’elle prône en musique, mais aussi dans les autres sphères de sa vie. «Je ne veux jamais, jamais, jamais être catégorisée dans un genre. Je ne veux pas avoir un son ni avoir un look. Je veux faire ce que je veux quand je veux», a-t-elle avancé à la caméra de la websérie Teens react.