Anthony Kavanagh
Anthony Kavanagh

Anthony Kavanagh : De vétéran de l'humour à recrue de la chanson

Il en rêvait depuis 30 ans... Voilà qu’Anthony Kavanagh plonge : à 50 ans, le populaire humoriste assume pleinement un nouveau rôle de recrue de la chanson en dévoilant Let You Go, premier extrait d’un projet musical pop-soul mitonné notamment avec Marc Dupré.

On l’a connu comique, animateur, acteur, doubleur (dans des films de Disney, entre autres). On l’a souvent entendu chanter, aussi, dans ses spectacles d’humour ou à la télé. Pour Anthony Kavanagh, il était temps de propulser plus officiellement son désir de pousser la note. 

«C’était un rêve de longue date. Et c’est devenu un objectif. C’est quoi un objectif? C’est un rêve avec une date butoir», note l’artiste très demandé en Europe, où il a longtemps vécu un rythme de vie effréné, multipliant les allers-retours au-dessus de l’Atlantique. Il y a près de trois ans, Kavanagh a choisi avec les siens de revenir s’établir au Québec et de changer d’air. «À l’aube de mes 50 ans, je me disais : “je veux chanter”», relate-t-il. De graves problèmes pulmonaires lui ont fait voir la mort de près et ont mis en évidence l’importance de concrétiser ses envies musicales.  

«Ç’a été l’accélérateur. Je me suis dit : “OK, bucket list. C’est le temps ou jamais”», tranche-t-il, citant l’expression anglaise consacrée pour parler des choses qu’on souhaite faire avant de mourir. Le tout s’est véritablement mis en marche lorsqu’il a revu l’auteur-compositeur-interprète — et «hit maker», dixit Kavanagh — Marc Dupré dans un match de soccer de l’Impact de Montréal. 

«On se croisait dans les années 90, quand je vivais au Québec et que lui faisait de l’humour», note le désormais chanteur, qui se fait à son tour imitateur pour dépeindre l’enthousiasme immédiat de Dupré devant ses plans. «Ça va être hot, ça va être hot!» pouvons-nous résumer. 

Un collaborateur de OneRepublic

Dupré a à son tour convié dans l’aventure un troisième joueur en la personne de John Nathaniel, qui a notamment collaboré avec OneRepublic, afin de coécrire le simple Let You Go et d’autres chansons qu’on pourra entendre prochainement, d’abord à la pièce, puis probablement rassemblées sur un minialbum. Et Anthony Kavanagh n’en est pas peu fier. 

Après tout, portant aussi le chapeau de producteur, il n’a pas lésiné sur les moyens, avance-t-il.

«J’ai 50 ans, je n’ai pas 10 ans pour me trouver ou pour faire du développement, explique-t-il. Il faut que ce soit bon tout de suite. Il y avait des exigences, des conditions sine qua non. J’ai eu la chance d’être avec Marc et John, qui sont très exigeants. Il fallait que la voix et la production soient irréprochables. Tu as le droit de dire que tu n’aimes pas ce titre. Mais tu ne peux pas dire que c’est mal chanté ou mal produit. Comme c’est en anglais, on doit pouvoir mettre ce titre à côté d’un autre titre international et qu’il ait sa place. On ne veut entendre : “heille, ç’a été fait dans un sous-sol à Laval!”»


« J’ai 50 ans, je n’ai pas 10 ans pour me trouver ou pour faire du développement. Il faut que ce soit bon tout de suite. »
Anthony Kavanagh

Le chanteur qualifie le réalisateur John Nathaniel de «petit prodige». Il assimile aussi son passage en studio à une classe de maître, lui qui avait tenté l’expérience avec des résultats moins probants au début de la vingtaine. De toute manière, la comédie avait déjà pris le dessus. 

«L’humour était mon premier amour, mais la musique est apparue tout de suite après, raconte-t-il. J’ai fait un choix à l’époque. Mais j’avais quand même fait des maquettes. Et le désir de chanter a toujours été là. C’est juste quelque chose que j’ai toujours repoussé quand se présentaient des projets en humour.»

Kavanagh évoque aussi «la résistance» des gens du métier. «Surtout en Europe, c’est : “tu es un humoriste, tu ne peux pas chanter”, déplore-t-il. On met les gens dans des cases. Surtout en France, où les gens sont très cartésiens. Trop d’analyse paralyse. Souvent, ils vont trouver toutes les raisons pour ne pas faire un projet, pour se faire peur et ne pas prendre de risque. C’est la mentalité des décideurs et pas des Français [en général]. J’ai toujours méprisé les décideurs qui prennent le public pour des imbéciles. Le public aime ou pas. Il va être dans le ressenti et pas dans l’analyse à ce point.»

Anthony Kavanagh dit ne pas avoir entendu les mêmes réserves au Québec. Et s’il a choisi pour le moment de ne pas proposer Let You Go aux radios françaises, la chanson tourne en Suisse depuis vendredi.

LE CHAPEAU D'HUMORISTE JAMAIS BIEN LOIN

Anthony Kavanagh espère monter sur scène avec son projet musical avant (trop) longtemps. 

«C’est LE rêve. Le but», confirme-t-il. Pour le moment, il a l’été 2021 dans sa mire. Parce que s’il revêt avec plaisir ces jours-ci un nouveau chapeau de chanteur, il n’a pas pour autant remisé celui d’humoriste.  

«Ça fait 30  ans que je l’ai, note-t-il. Il y a eu des moments où j’ai eu envie de l’accrocher. Ça m’arrive à la fin de chaque tournée. Il faut que je me laisse du temps pour faire autre chose pour que ça revienne. Et ça revient, parce que je vais faire du rodage en Europe en octobre pour un prochain spectacle d’humour.»  Comme dit le dicton : chassez le naturel…  Geneviève Bouchard

Anthony Kavanagh

+

INVESTIR EN SOI

«Je n’arrive pas ici en dilettante, c’est un vrai projet.» Anthony Kavanagh se fait catégorique quand vient le temps de défendre sa nouvelle aventure musicale, où il agit autant comme artiste que comme producteur… Plus d’autres tâches connexes. 

De passage en Suisse, récemment, il a lui-même contacté des directeurs musicaux de stations de radio afin de leur vendre sa chanson Let You Go. Pas de pisteur, pas d’intermédiaire. Juste une impulsion. Convaincu par son produit, il s’est à son tour fait convaincant. Et il a fait mouche. 

«La leçon, c’est qu’il faut écouter la petite voix [intérieure], mais il faut aussi agir directement. Si ton cœur et tes tripes te le disent, vas-y», observe celui qui n’a pas non plus hésité à allonger les sous pour arriver musicalement au résultat souhaité. 

«C’est sûr que c’est un investissement, surtout en cette période [de pandémie] où les contrats n’entrent plus, reconnaît-il. Mais j’y crois, j’ai la foi. Si je n’investis pas en moi, qui va le faire? C’est ce que j’ai toujours fait dans ma vie. J’ai eu de grosses réussites et de grosses pertes. Mais si je ne suis pas le premier à mettre ma main dans ma poche, personne ne va le faire...»   Geneviève Bouchard