L’idée de faire un album concept intéressait peu le Gatinois d’origine Alexandre Désilets. Il ouvre donc un nouveau chapitre avec «Extravaganza», qui se veut une série de «singles» indépendants.

Alexandre Désilets cherche le «hit» parfait avec «Extravaganza»

Faire danser, pour le plaisir et sans arrière-pensée. Lancer sur les plateformes numériques six «hits», comme les six munitions pop d’un fusil pointé vers les palmarès radiophoniques : telle était l’envie d’Alexandre Désilets depuis «Windigo». Une vision devenue matière à bouger dans son cinquième opus dévoilé la semaine dernière, «Extravaganza».

Difficile de contraster davantage avec son dernier projet solo. Le magistral Windigo revisitait certaines chansons de ses albums précédents à travers les cordes, cuivres et vents d’un orchestre de 17 musiciens. Tandis que le quatrième album du Gatinois d’origine fermait un chapitre, Extravaganza en ouvre un nouveau. Chacune des six pièces du mini-album est une expérience toute calculée pour faire grimper le mercure sur les pistes de danse. De la pop électronique dansante injectée de grooves rétro. Un antidote au froid de janvier.

« J’ai beaucoup exploré la mélancolie dans les dernières années. Et là, ça faisait des années que j’avais envie de faire un truc qui fait vraiment bouger, qui soit corporel », avance l’auteur, compositeur et interprète. Dans les dernières années, ses listes d’écoute personnelles s’étaient remplies de chansons pop et hip-hop. La raison de sa fascination : « Ils sont tellement ailleurs par rapport à ce que je fais habituellement et je ne le comprends pas. C’est ça qui m’attire : j’ai moins la facilité pour ça. Pour moi, c’était d’autant plus une raison d’aller explorer et décoder ce qui fait que, quand je suis sur un plancher de danse et qu’une chanson passe, je me mets à danser. »

Dans la fabrication aussi, Extravaganza fut pratiquement l’antithèse de son prédécesseur. Le gros du travail s’est fait en postproduction, alors qu’Alexandre Désilets et son collègue Jean-François Beaudet passaient des semaines, voire de mois à peaufiner au détail près les sons et les enchaînements recherchés. Du travail de moine, pour lequel il n’y a pas de manuel ; le duo y est parvenu à force de fouiller dans différents forums et tutoriels en ligne et avec les conseils d’amis DJ.

« J’avais l’impression d’être un scientifique dans un laboratoire, illustre le chanteur. Tu ne sais pas ce que tu vas trouver comme sonorité. Quand tu travailles avec un orchestre, tu vas entendre le son de l’ensemble. Une clarinette, ça sonne comme une clarinette. En pop, tu n’en as aucune idée ; tu peux passer une heure à rechercher un son de synthétiseur et les possibilités sont infinies. On va à la chasse aux textures, à la chasse aux sonorités, jusqu’à ce que l’on trouve quelque chose qui nous plaît. »

À l’écriture, Désilets s’est entouré d’un nouveau collaborateur. C’est grâce à Jean-François Morand que l’extravagance fait danser sur la triste réalité des migrants (Méditerranée) ou sur les conséquences de dégâts amoureux (Le manque a gagné), avec comme un écho de Stromae. Dis-moi oui a été écrite à quatre mains.

La suite de ce nouveau chapitre devrait paraître fin 2019. Les premiers coups de pédale d’un deuxième EP sont déjà donnés en tandem avec Martin Granger, alias Dee. « Il y a beaucoup de surplus en ce moment. Je trouverais ça dommage de ne pas les sortir ! »

Briser le moule de l’industrie

Aucune tournée n’est encore prévue pour Extravaganza. À savoir s’il y en aura une éventuellement, rien n’est encore décidé. « Je voulais me détacher un peu de l’engrenage du disque au Québec. »

Par « engrenage », Désilets désigne le cycle habituel que suivent les musiciens. Après un album vient une tournée, et si la chance y est, une ou deux chansons tourneront à la radio, explique-t-il. « Autrefois, tu sortais un disque et il avait une durée de vie d’environ trois ans. Donc tu baignais dans cet univers pendant trois ans. »

D’où la logique d’Extravaganza, qui se veut une série de singles indépendants des autres pour refléter les nouvelles habitudes d’écoute sur les plateformes numériques. « Faire un album concept, comme dans le passé, ça m’attirait moins. Moi-même, je ne me souviens plus de la dernière fois que j’ai écouté un album d’un bout à l’autre. Donc j’avais envie de ça aussi ; de me permettre de changer plus rapidement. J’avais envie de pouvoir faire quatre ou cinq chansons dans un style, et six mois ou un an plus tard, d’en sortir quatre ou cinq dans un tout autre style. C’est permis, maintenant. Tu ne risques jamais de te tanner, et c’est ça qui est fantastique. »