Alain Souchon lance le mois prochain son 15e album baptisé Âme Fifties

Alain Souchon: les cheveux d'hier

Il y avait un moment, 11 ans en fait, autant dire une éternité, que Alain Souchon n’avait pas lancé un album solo. Avec «Âme Fifties», l’un des plus attendus de la rentrée musicale française, le populaire auteur-compositeur-interprète a choisi de jeter un regard dans le rétroviseur pour faire un «clin d’œil» à son enfance et à ses folles années de jeunesse, au cœur des années 50.

Mais n’allez pas croire que le septuagénaire s’abreuve de nostalgie et se berce au coin du feu sur la complainte «C’était-tellement-mieux-dans-mon-temps». Ce 15e album, dont la sortie est attendue le 18 octobre, cherche seulement à freiner la course effrénée de l’horloge pour mieux mettre en mots et en musique quelques instantanés d’une existence bien remplie. Car, dixit le principal intéressé, «quand on a 20 ans, on a l’impression d’être éternel, mais plus le temps passe et plus on se dit ça file, ça file...»

«Cet album est une photo, mais ce n’est pas du tout nostalgique. Ce n’est surtout pas pour dire que c’était mieux à l’époque. On n’a qu’à regarder tous les progrès qui ont été faits en médecine, poursuit le chanteur à l’occasion d’un entretien téléphonique depuis Paris. J’ai découvert le monde à ce moment-là et le monde, il était fait de Jeanne Moreau, de Jean Gabin et de Fernandel, du pape Pie XII et de la guerre en Algérie, des frégates, des vedettes abeilles et des Renault 4 chevaux.»

Dans son univers d’alors, où la télé était inexistante, le petit Souchon a appris à découvrir le monde à travers les journaux et l’incontournable Paris Match. «Mais les premières photos qui sont restées imprimées dans ma tête, et qui vont le demeurer toute ma vie, sont celles du visage de ma mère et de mon père.»

Fidèle à son habitude, Souchon sait se faire rigolo et tendre sur ce nouvel opus. On pense à On s’ramène les cheveux, évocation de cette époque où sa tête offrait une tout autre perspective capillaire. Avec, en toile de fond, une rencontre entre Mick Jagger et Keith Richards sur un quai anglais.

«Un homme sur deux finit par perdre ses cheveux. C’est triste. Vous, les perdez-vous? Je regarde les photos de ma jeunesse et je me dis que c’était bien quand j’en avais. On s’ramène donc les cheveux pour que tout soit comme avant...»

Le passé revient dans le décor avec la très belle Debussy Gabriel Fauré où Souchon se rappelle ce temps où, alors fou de rock’n’roll, il devait composer avec une famille qui vénérait la musique classique. «Je me souviens quand j’ai fait jouer Rock Around the Clock à mon père, il était horrifié. C’est souvent comme ça en musique, il y a une espèce de cloisonnement. Les gens ont plein d’a priori.»

Lui qui dénonçait jadis dans sa chanson emblématique Foule sentimentale la société de consommation (On nous inflige/Des désirs qui nous affligent) avoue plus que jamais son impuissance face aux périls des changements climatiques. Il s’en était déjà ouvert en 1999 dans Pardon, où il s’excusait à la terre (Pardon/Pleurez votre peine de nitrates/Pardon pardon/Pour cette flotte de plastique bleue)

«Il y a la banquise qui fond, mais on ne sait pas quoi faire. Tout le monde parle, tout le monde baratine, il faut empêcher de rejeter du gaz carbonique dans l’atmosphère, mais comment faire? C’est insoluble, alors moi, ça m’angoisse.»

Longue tournée

À défaut d’entrer seul en studio, Alain Souchon n’a pas passé la dernière décennie à se tourner les pouces. Il a planché sur des projets avec quelques membres de sa garde rapprochée, dont un album avec son grand ami Laurent Voulzy, un autre pour enfants (À cause d’elles) et un conte musical (Le soldat rose) avec ses deux fils Charles (dit Ours) et Pierre. «Quatre albums en 11 ans, ça fait quand même pas mal.»

Dans un mois, le chanteur prendra la route pour une longue tournée qui le mènera aux quatre coins de la France. «Ça m’angoisse un peu, parce que c’est beaucoup de responsabilités, mais en même temps ça me plaît. C’est surtout le côté physique [qui m’inquiète]. À chanter tous les soirs, il faut que la voix tienne le coup.»

Un jour au Québec

Son trac fou de la scène, qui le tenaillait lors de ses premières années, est maintenant chose du passé. «Au début, tout le monde a un peu peur, et puis on s’y fait. Les gens sont gentils avec vous. C’est comme un rapport amical avec le public. C’est agréable.»

Une traversée de l’Atlantique n’est pas exclue, lui dont la dernière visite au Québec remonte au Festival international de jazz de Montréal en 2016. À Québec, c’était il y a 25 ans, au Capitole, lors du Festival d’été. «J’espère revenir bientôt, c’est sûr. Je suis très ami avec Robert Charlebois. J’aime beaucoup votre nature, vos grandes forêts, les filles qui sont marrantes. C’est un regret que j’ai de ne pas venir plus souvent.»

Âme Fifties

HHHH

POP

ALAIN SOUCHON

À n’en pas douter, les fans d’Alain Souchon se délecteront de ce nouvel album, son premier en solo depuis Écoutez d’où ma peine vient, en 2008. Dix mélodies, fabriquées avec ses deux fils et fidèles au style du chanteur, spécialiste dans l’art de marier légèreté et gravité pour parler de la vie et de l’amour. La France de sa jeunesse se fait romantique dans le titre éponyme, Âme Fifties. Dans Presque rien, notre préférée, concoctée avec son ami Édouard Baer, c’est le récit d’une histoire d’amour délicate qui berce nos oreilles. La voix chaude de Souchon se fait à la fois mélancolique et joyeuse dans On s’aimait. On craque pour On s’ramène les cheveux où le Souchon hirsute d’aujourd’hui se rappelle celui d’hier, à la chevelure abondante. Son fidèle complice Laurent Voulzy a également mis son grain de sel pour Irène, «un prénom démodé qui est joli». À n’en pas douter, du Souchon pur jus. Vivement de le revoir sur une scène québécoise. Normand Provencher