Jade, Victor, Sylvie, Francine et Jean Brunelle étaient réunis pour le lancement de la première biographie sur Paul Brunelle écrite par Roger Lafrance (au centre).

Musique country: une biographie rend à Paul Brunelle ses lettres de noblesse

Vingt-quatre ans après sa mort, l’héritage du chanteur Paul Brunelle sera de nouveau célébré. Pionnier de la musique country au Québec, l’artiste granbyen fait l’objet d’une toute première biographie sous la plume du journaliste Roger Lafrance. Une façon de garder vivante la mémoire de cet artiste snobé pendant de nombreuses années.

« Paul Brunelle est un personnage passionnant, c’est un pionnier, un vrai ! », lance Roger Lafrance, auteur de l’ouvrage Paul Brunelle, le chevalier chantant.

S’il est considéré comme faisant partie des trois artistes initiateurs de la musique country au Québec avec Willie Lamothe et Marcel Martel, son premier 78 tours en 1944 lui permettent de revendiquer la paternité de ce genre musical dans la province. Toutefois, contrairement à Willie Lamothe, très peu de traces écrites demeurent de ses quarante années de carrière. Roger Lafrance voulait y remédier.

« J’ai toujours aimé la musique country américaine, mais pas tellement celle du Québec. C’est par Willie Lamothe que je me suis mis à m’intéresser à Brunelle. Par contre, je ne trouvais pas ça normal qu’il n’ait pas fait l’objet d’une biographie jusqu’à présent. »

Des centaines d’heures de travail plus tard, c’est avec fierté évidente que l’auteur a présenté le résultat de ses recherches à ses proches et aux curieux qui s’étaient déplacés dimanche au centre culturel France-Arbour pour le lancement du livre.

Vrai cowboy

« Je suis un peu surpris, mais je suis surtout vraiment heureux ! » souligne Jean Brunelle, fils de la légende. Jean, comme ses sœurs Francine et Sylvie, a contribué largement à la documentation de la biographie.

« On a passé des après-midi complets à jaser, à se souvenir des dates et des détails. Puis à relire le résultat et à corriger certains éléments. Mais avec mon père, il n’y a rien à cacher », explique Jean Brunelle, qui considérait son paternel comme son « meilleur chum ».

Mis à part quelques articles de journaux, peu de traces demeurent de la carrière du chanteur. « Le country a toujours été snobé par les médias. Paul Brunelle n’a pas tellement donné d’entrevues, donc je suis arrivé au bon moment. J’ai eu la chance de pouvoir parler à ceux qui l’ont connu de son vivant », explique Roger Lafrance.

Le témoignage des proches a également permis de connaître certains détails méconnus de la vie de l’artiste. « Son amour pour les chevaux était authentique. Lorsque nous avions une maison sur la rue Gill, on avait même une petite écurie en arrière et lorsque j’ai eu une ferme, il venait m’aider », témoigne M. Brunelle.

Paul Brunelle aurait été pendant une trentaine d’années le meilleur vendeur de disques country au Québec, devant Marcel Martel et Willie Lamothe. Toutefois, les chiffres de vente n’étaient pas dévoilés à l’époque. « Ce qui est sûr, c’est que son influence est encore majeure dans la musique country. Guylaine Tanguay, qui est la plus en vue actuellement, fait des medley des chansons de mon père. À la télévision on en entend souvent encore et ce qui me surprend le plus, c’est que ça ne lâche pas avec les années. On reçoit encore de l’argent de la SOCAN pour la diffusion de sa musique. Pas des millions, mais ça signifie qu’il y a encore des gens qui l’écoutent régulièrement », se réjouit son fils Jean.

Selon l’auteur Roger Lafrance et l’historien de la musique Jean-Pierre Sévigny qui a également contribué à la documentation de la biographie, le chanteur né à Granby en 1923 serait le dernier artiste francophone à avoir tourné en Nouvelle-Angleterre dans les villes avec une forte minorité francophone.

Primeur

En plus de la possibilité de se procurer le livre quelques semaines avant sa sortie en librairie, les personnes présentes au lancement au centre France-Arbour ont surtout pu admirer les artefacts gardés précieusement par les Brunelle. Affiches de spectacles, photos et même un article écrit par nul autre que Gérald Godin. Les amateurs de musique ont également eu droit à une performance d’un duo de Brunelle. Jade et son cousin Victor ont interprété la pièce Mon enfant je te pardonne sortie en 1944 par leur arrière-grand-père.