La 77e Mostra s'est terminée samedi avec la projection de <em>Nomadland </em>de Chloé Zhao.
La 77e Mostra s'est terminée samedi avec la projection de <em>Nomadland </em>de Chloé Zhao.

Mostra: Frances McDormand prend la route des perdants de l’Amérique

Francois Becker
Agence France-Presse
VENISE — Pour Nomadland, l’un des films les plus attendus de la Mostra de Venise, l’actrice aux deux Oscars Frances McDormand s’est glissée dans la peau d’une femme brisée qui plaque tout pour vivre dans un van, son «rêve américain» à elle.

Ce road trip mélancolique, projeté vendredi et signé Chloé Zhao, est une plongée dans l’univers des van dwellers («habitants des caravanes»), ces Américains qui vivent dans leur véhicule aménagé, enchaînant les petits boulots. Ils se retrouvant en communauté, au hasard de leur route, ou sur les réseaux sociaux ( #vanlife).

Après avoir remporté son second Oscar en incarnant une mère en lutte contre les institutions, demandant justice pour sa fille, dans Three Billboards — Les panneaux de la vengeance, Frances McDormand continue de sillonner les marges de l’Amérique.

L’actrice est d’ailleurs à l’origine de ce projet, où elle incarne Fern, une femme qui a tout perdu, après la mort de son mari et la fermeture de l’usine de sa ville. Cette vie est dure : elle enchaîne les petits boulots, se nourrit de boîtes de conserve, défèque dans un seau, mais trouve du réconfort dans la solidarité et les échanges qui nourrissent la communauté.

En voyageant, «elle cherche quelque chose en plus, qu’une maison ne peut pas offrir», a expliqué Chloé Zhao, la réalisatrice de 38 ans, lors d’une vidéoconférence à Venise. Un festival qui fut ces dernières années à plusieurs reprises une rampe de lancement pour les Oscars.

«La communauté, c’est très important pour eux. Chaque individu doit découvrir comment répondre lui-même à ses besoins lorsqu’il part sur la route. Mais ils se réunissent parce qu’ils ont besoin d’être ensemble», c’est «un pour tous et tous pour un», ajoute Frances McDormand.

«Problème plus grand qu’Amazon»

L’actrice a rappelé ses origines «populaires» et semble marquée par le tournage, durant cinq mois dans sept États américains, avec de nombreux acteurs non-professionnels, mais véritables van dwellers : «Nous voulions pénétrer dans la vérité de leur vie.»

«Au Nebraska, j’ai été au supermarché du coin acheter quelques trucs, et on m’a offert un emploi. Ils m’ont donné un formulaire pour savoir si je voulais être en intérim ou à plein temps !» s’est amusée McDormand, qui a accédé à la célébrité dans Fargo.

Le film est porté par de superbes images des grandes étendues américains, et la présence magnétique de l’actrice de 63 ans, aux traits singuliers. «Certains journalistes disent que mon visage, c’est comme la visite d’un Parc national. J’apprécie beaucoup !» a-t-elle plaisanté.

Décrivant un univers plein de solidarité malgré la pauvreté, le film se garde de porter un «message politique», a souligné Frances McDormand. Même lorsque Fern va gagner quelques sous en allant travailler à la chaîne dans un entrepôt d’Amazon.

«Le problème est bien plus grand qu’Amazon. Oui, il y a de faibles salaires, un travail difficile, mais au moins c’est du travail. Ça permet à de nombreux “nomades” de commencer», a justifié la réalisatrice Chloé Zhao.

Américaine d’origine chinoise, elle s’est fait remarquer avec son précédent film The Rider, et prépare par ailleurs un long-métrage pour Marvel.

D’ici là, Nomadland va poursuivre son parcours : morceau de choix d’un festival de Venise privé de grosses productions américaines, il est présenté simultanément à Toronto. La sortie est prévue pour le 4 décembre au Canada.