Le 24 avril, Michel Robichaud, lauréat du 46e Festival de la chanson de Granby, nous présente son deuxième album, Tout refaire.

Michel Robichaud veut faire différent

Près de quatre ans après son Beau mystère, lancé quelques semaines à peine après avoir remporté les grands honneurs au Festival de la chanson de Granby en 2014, Michel Robichaud nous revient avec Tout refaire, un deuxième disque qui a longtemps mariné.

«Les trois quarts des chansons avaient été trackées à l’automne 2016, mais j’ai ensuite oublié que je faisais de la musique, d’où le délai avec sa sortie», explique l’auteur-compositeur-interprète.

Janvier 2017, il s’est rendu au Chili, où il devait écrire les prémisses de son spectacle. «Mais mon gérant, ma blonde, tout le monde m’a incité à prendre une pause, à juste profiter de mon voyage pour décrocher après trois ans de travail intense avec les concours, le premier album, la tournée...», raconte-t-il.

«Quand je suis revenu, j’ai eu des contrats d’ébénisterie, ça m’a occupé jusqu’à ce que mon gérant me dise, l’été passé, que c’était peut-être une bonne idée de sortir mon deuxième album», poursuit-il.

«Ce n’était pas une pause volontaire ni un besoin de faire autre chose, c’est juste que les choses se sont présentées ainsi.»

Plus homogène
L’attente aura valu la peine, puisque Michel Robichaud nous revient avec une deuxième proposition moins éclectique, plus réfléchie que son précédent opus. «Il me ressemble plus, effectivement», concède le principal intéressé.

Il n’a pas tout refait, mais plutôt fait différent, comme il le dit dans la chanson-titre de l’album. «Sur le premier disque, j’avais écrit près de la moitié des tounes sur commande. Cette fois-ci, elles viennent toutes de mon inspiration, fait-il valoir. J’ai aussi travaillé avec la même équipe sur toutes les chansons, contrairement à Beau mystère, et je pense qu’on entend plus de cohérence.»

«Et puis, j’ai plus d’expérience, enchaîne-t-il, donc j’ai pris plus de décisions. En 2014, je débarquais en studio avec mes 10 chansons guitare-voix et j’ai laissé les professionnels faire leur travail. Mais là, ces tounes-là, je les avais jouées en show plusieurs fois, et j’avais une idée des arrangements que je voulais. J’ai laissé aux autres l’espace pour créer, mais disons que j’étais moins naïf et que c’est moi qui tenais les guides.»

On reconnaît, sur les treize pistes de Tout refaire, son grand talent d’auteur-compositeur. Fidèle à lui-même, il nous sert des textes engagés teintés d’humour, ainsi qu’un regard cinglant sur notre monde actuel. «Je ne suis pas désabusé, se défend-il quand on lui passe la remarque. J’ai essayé de prendre la perspective de quelqu’un qui regarde la scène, qui la décrit plutôt que de la critiquer.»

Edgar Bori, qui produira son spectacle et se charge de la commercialisation de son album, lui a donné un bon coup de pouce en ce sens, ajoute-t-il. «Il m’a beaucoup enligné dans l’interprétation générale de l’album, pour ne pas tomber, justement, dans un constat moralisateur. Je suis quelqu’un d’assez cool et détaché dans la vie, et c’est ce côté de moi qu’il a tenté de ramener dans mes textes.»

Dans Faire travailler, son premier extrait, il se met dans la peau d’un milliardaire «qui est content de faire travailler les autres et qui le fait pour les autres et qui crée de l’emploi et qui creuse l’écart entre les riches et les pauvres et qui s’en c***».

La Gisèle de la chanson du même nom, c’est «tout le monde». «Parce qu’on a tous un côté gère-mène 2.0 qui veut tout contrôler, qui fait tout pour vendre sa salade.»

Avec Dur à satisfaire, il jette un regard sombre sur «ces milliards de produits emballés transportés déballés placés achetés consommés jetés et enterrés», tandis que sur On se convainc, il se demande «Où ce qu’on va? D’où ce qu’on vient?»

Mais le résidant de Sainte-Adèle, dans les Laurentides, sait aussi se montrer tendre envers sa douce moitié dans Guerre sans armes, et papa admiratif avec Trois fraises.

Sociofinancement
Michel Robichaud sait aussi faire différent pour la promotion de son album, lui qui a au cours des derniers mois sollicité la population via une campagne de sociofinancement. Mais pas question d’offrir les traditionnels t-shirts ou autres produits dérivés aux généreux contributeurs: il y est plutôt allé vers des redevances plus funky. «Genre mon album avec un pot de sauce à spaghetti maison», mentionne-t-il. «Ç’a tellement été populaire que la fin de semaine passée, moi et ma mère on a dû se taper une grosse batch!»

Parmi d’autres options: «Je trouve le moyen de parler à Michèle Richard et je lui dis que dans tous les choix de contributions que tu avais, tu as choisi celui-là. J’écoute sa réponse et je te la transmets», «Je te fais un dessin de chat» ou encore «une vidéo de mon père qui joue de la guimbarde en robe de chambre»...

L’objectif était de 5000 $. Jeudi, à trois jours de la date butoir, 98% de la somme avait été amassée.

Tout refaire sera disponible à compter du 24 avril.