Rythâ Kesselring a brodé des fils d'argent reliés à des capteurs de lumière et à un logiciel qu'elle a programmé. Dans Le The Rythm of Weaving into Space, elle parle du rythme du travail de la tisserande.

Mémoires et empreintes à Boréart: critique textile

Derrière chacune de ses oeuvres se trouve une véritable démarche artistique. Que ce soit dans sa série Reconstruction où des enfants plantent des arbres dans du bitume ou par l'utilisation de teintures chimiques dans la fabrication de tissus, Rythâ Kesselring présente ses dernières réflexions sur le monde qui nous entoure.
<i>Aveuglement</i> traite de la fabrication des vêtements par des enfants dans des conditions inhumaines.
L'artiste de Roxton Falls recevait parents, amis et curieux dimanche au vernissage de sa toute nouvelle exposition, Mémoires et empreintes, présentée à Boréart jusqu'au 18 décembre. Connue comme artiste-peintre, elle incorpore depuis déjà un moment de la broderie dans ses toiles. 
Plus le temps avance, plus l'art textile prend de la place dans son oeuvre. «C'est toujours la même idée de la mémoire, des souvenirs, des traces... C'est ça que j'essaie de sortir du matériel, explique-t-elle. C'est pour ça que je trouve le textile intéressant. Il parle tout seul.»
L'artiste présente notamment quelques pièces où elle se questionne sur le rôle des femmes dans leur vie familiale au fil du temps. Elle a par exemple conçu une robe à partir de vieilles guenilles que lui ont remises huit femmes de trois générations différentes. 
Chimique
Non loin de là, on trouve trois autoportraits, dont deux font partie d'une série pas encore terminée. Le premier la représente avec une robe en deux dimensions faite de tissus qu'elle a déteints dans du chlore. « C'est pour ça qu'elle porte un masque à gaz, pour dire "mais qu'est-ce que je porte sur moi ? " (...) C'est une critique at large, mais je me critique moi-même parce que je fais partie de la game, parce que je porte tout le temps du noir. Même si je sais que c'est produit en Inde, que c'est super polluant et qu'il y a des résidus dans mes vêtements qui sont toxiques pour moi ! C'est un peu ça, l'idée de tableau là. »
Dans la même veine d'idées, le deuxième autoportrait la montre les yeux bandés, le tronc remplacé par un mannequin de couture. Des ciseaux délicats et des épingles sont posés tout à côté, invitant les visiteurs à couper les étiquettes de leurs vêtements et à les épingler sur le tableau.
« Les marques qu'on choisit, on le sait que c'est produit en Chine, on le sait qu'il y a des enfants qui travaillent dans ces shops-là. On le sait que les gens en Inde qui teignent les tissus sont nu-pieds dans les teintures parce qu'ils ne sont pas équipés. On le sait que les gens qui travaillent là-dedans développent un cancer au bout de quatre ou cinq ans. On le sait, mais on l'achète pareil ! »
Le troisième autoportrait de Rythâ portera des protège-oreilles. « Ça va faire comme les trois petits singes, la bouche, les yeux et les oreilles. »
L'autre autoportrait qui ne s'inscrit pas dans une série, Mademoiselle ficelle en dentelle, est composé de textiles du quotidien. 
Tisser, broder et programmer
Le travail le plus récent et le plus high-tech de l'artiste s'est inscrit dans le cadre de son programme universitaire Fiber and material practices, à l'Université Concordia. Dans The Rythm of Weaving into Space, un fil d'argent est tissé à même l'oeuvre. Des capteurs de lumière activent le programme qui permet d'entendre le rythme de la tisserande. Un rythme différent se fait entendre lorsque la bande de tissus est de simple, double, triple, voire de quadruple­ épaisseur.
« L'idée de ça est d'aller représenter le rythme du travail, le rythme derrière la production, explique Rythâ Kesselring. C'est d'aller vers comment les choses ont été créées et quel langage elles auraient elles-mêmes. Je trouve que le textile en général, ça parle. C'est quelque chose qui nous accompagne toute notre vie. Quand on naît, on est enroulé dans un coton. Il y a toujours des souvenirs, des mémoires, des choses qui sont rattachées au tissu. »
La démarche est similaire pour les deux autres oeuvres exposées près de l'entrée de Boréart. L'oeuvre intitulée Écoutez la mémoire fibreuse a été réalisée avec l'aide d'aînés qu'elle a consultés au CHSLD d'Acton Vale. Ils étaient invités à choisir l'un des tissus qu'elle avait apportés et qui leur rappelaient un souvenir. Certains en ont même donné à l'artiste. Puis, elle captait leurs histoires. Un enregistrement de 45 minutes composé­ de témoignages est rattaché à l'oeuvre texturée faite avec tous ces tissus.
Puis, il y a la Tajima Sound Wave, la Tajima étant une machine à broder industrielle. Avec des capteurs de lumière brodés avec un fil d'argent, le programme envoie le son produit par la machine en fonction. Moins il y a de la lumière, plus le son ralentit. Les fils d'argent représentent des vagues sonores tout en rondeur.