La peintre de Shefford Mélanie Lefebvre se lance dans l’abstrait, après sa série «Home», des toiles nées d’un besoin d’apaisement.
La peintre de Shefford Mélanie Lefebvre se lance dans l’abstrait, après sa série «Home», des toiles nées d’un besoin d’apaisement.

Mélanie Lefebvre, peintre de l'apaisement

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Dans son atelier de Shefford, des toiles jonchent les planchers et les murs, des éclaboussures parsèment la pièce où, tous les jours, la peintre Mélanie Lefebvre se rend pour créer.

Au début de la pandémie, Mélanie devait s’assurer que « tout son monde » allait bien. Son esprit devait être en paix pour créer.

« J’avais un blocage. Mais une fois que j’ai été rassurée, plus calme, j’ai pu recommencer à peindre. »

Recherche de douceur

La pandémie a été l’occasion de ressortir ses vieilles toiles pour une vente d’atelier. Elle en a vendu 14 en deux jours.


« Les gens se sont “garrochés” sur l’art, c’est incroyable. Je me disais, la dernière chose que les gens voudront acheter c’est de l’art, mais finalement, oui. C’était un besoin, un besoin d’avoir du doux, de se faire du bien. »
La peintre Mélanie Lefebvre

« Les gens se sont “garrochés” sur l’art, c’est incroyable. Je me disais, la dernière chose que les gens voudront acheter c’est de l’art, mais finalement, oui. C’était un besoin, un besoin d’avoir du doux, de se faire du bien. »

Ainsi, cet élan d’encouragement a donné un nouveau souffle à la peintre, qui a créé une vingtaine d’œuvres de la série « Home ».

Mélanie Lefebvre peint depuis une douzaine d’années. Elle habite à Shefford depuis 10 ans.

En se promenant dans Shefford, raconte-t-elle, elle regardait les granges, les paysages immobiles, puis elle a peint. « J’ai dit à mon amoureux, “je pense que j’ai fait une grange”. »

Des toiles nées d’un besoin d’apaisement, de douceur, en temps de pandémie, qui font du bien juste à les regarder, confie celle qui détient un baccalauréat en arts visuels depuis 2008.

« C’est une production qui n’aurait pu naître qu’en ces temps troubles. Je crois que c’est ce que les gens cherchaient. Quelque chose pour leur faire oublier la noirceur, le négatif. »

Six toiles de cette série sont déjà vendues, et quatre sont exposées à l’exposition virtuelle Mtl en Arts, événement auquel Mélanie a déjà participé en 2011.

La peinture, Mélanie Lefebvre est « tombée dedans comme une imbécile », paraphrase-t-elle en citant une de ses inspirations : Marcelle Ferron.

Filiation de femmes

La peinture, Mélanie Lefebvre est « tombée dedans comme une imbécile », paraphrase-t-elle en citant une de ses inspirations : Marcelle Ferron.

La peintre québécoise, aujourd’hui décédée, n’est qu’une femme parmi tant d’autres qui viennent toucher la Sheffordoise.

Sa série « Femmes. Artistes », créée entre 2014 et 2019, témoigne de son désir de se comprendre, de se découvrir, de se laisser porter par ce que les femmes peintres ont fait avant elle.

« À l’école, on m’a dit que je n’étais pas bonne dans le portrait. Alors, j’ai décidé de faire des grosses faces ! » Ainsi est née cette série de toiles géantes représentant les visages de femmes peintres, qui a mené à la publication du livre Elles sont libres comme l’art, écrit en collaboration avec Liliane Blanc.

« Comme je n’ai pas vu beaucoup de femmes artistes dans mes cours, il fallait que je les fasse ressortir. Faire ces visages grandioses, surtout les regards, c’était difficile. Ça me prenait toute mon énergie. Mais j’ai aimé ça, c’était un défi pour moi. »

Un projet terminé, mais pas tout à fait. « C’est en dormance. Je vais voir s’il ne va pas revenir, avec d’autres femmes, sous d’autres formes. Mais, c’est un sujet trop lourd en temps de pandémie. »

Ces jours-ci, Mélanie Lefebvre ose, explore et découvre l’abstrait, qui ne l’avait jamais interpellé auparavant.

Éclatements des couleurs

Ces jours-ci, Mélanie Lefebvre a une « crise d’ado ». « On dirait que je suis dans une sorte de crise existentielle, ou que je retombe en enfance. »

Elle ose, explore et découvre l’abstrait, qui ne l’avait jamais interpellé auparavant.

Née d’un besoin de travailler la matière, d’avoir une liberté complète dans la peinture et d’oublier le réel, une nouvelle série de toiles abstraites est aujourd’hui en chantier.

« Ça prend une grande maturité pour faire de l’abstrait. C’est une recherche du geste, un laisser-aller complet. J’ai beaucoup de respect pour ceux qui font de l’abstrait. »

« Ça prend une grande maturité pour faire de l’abstrait. C’est une recherche du geste, un laisser-aller complet. J’ai beaucoup de respect pour ceux qui font de l’abstrait. »

Il ne suffit pas de dire « je suis capable de faire ça », poursuit Mélanie, mais il faut arriver à être ému, à s’accrocher une émotion, qui peut être tordue, douloureuse. « Pourquoi une œuvre t’interpelle plus qu’une autre, par exemple? Puis, il y a l’éclatement de la couleur, qui me fascine. »

« La démarche est aussi importante que le résultat. Je suis une personne lente, j’aime me laisser porter. »

À celles et ceux qui souhaitent venir visiter son atelier et regarder ses toiles, l’artiste les invite à prendre contact avec elle.