Pour trouver les mots de son nouveau album, Marie-Ève Roy a « ouvert les fenêtres et fait de l’espace dans sa tête, en se laissant inspirer par plein d’histoires ».

Marie-Ève Roy en pleine possession de ses moyens

Lorsque Marie-Ève Roy a lancé son premier album solo, en 2016, elle souhaitait tracer une coupure bien nette entre son passé musical tonitruant et la douceur qui l’habitait. Trois ans plus tard, elle propose Multicolore, un nouvel opus aussi caressant, mais plus assumé, à l’image de la femme qu’elle est devenue.

Le temps a fait son œuvre et avec lui, le besoin de se prouver s’est estompé. Marie-Ève Roy n’est plus seulement « la fille des Vulgaires Machins », elle est aujourd’hui une auteure-compositrice-interprète en pleine possession de ses moyens.

« Je pense que c’est la différence entre mes deux albums. Bleu Nelson, je n’y croyais pas tant que ça. Une petite flamme en dedans de moi me disait que je devais aller au bout de ça et je me suis prouvé que j’étais capable de faire de la musique en solo. Avec Multicolore, je savais que j’étais capable et j’avais juste envie de faire ce que je ressentais. J’y croyais vraiment plus. »

Elle poursuit : « Avec Bleu Nelson, j’avais vraiment besoin d’aller à l’extrême pour sortir du rock. Tandis que là, c’est plus assumé. C’est comme si j’avais trouvé un équilibre entre moi qui aime beaucoup le rock, mais aussi la musique douce. Même ma voix est plus mise de l’avant. J’ai choisi mes tonalités de chansons pour être à l’aise, pour que ce soit brillant, moins timide. Il y a moins d’arrangement, c’est plus fluide. »

La différence est effectivement notable. La voix de la Granbyenne d’origine est moins voilée, moins « cachée » derrière la musique.

« Quand j’ai commencé à faire des shows avec Bleu Nelson, je me suis rendu compte que mes tonalités étaient basses et j’avais de la difficulté à être confortable dans ma voix. J’ai dû monter le ton de plein de chansons en spectacle. Je ne voulais pas faire la même erreur avec Multicolore. J’ai monté ma tonalité. En fait, j’ai trouvé ma tonalité ! » rigole-t-elle.

Elle confie être même retournée voir la professeure de chant de son adolescence, Isabelle Côté, pour valider ce besoin de chanter plus haut, avant d’entrer en studio. Bénédiction accordée.

L’encouragement est aussi venu du réalisateur Gus van Go, qu’elle est allée retrouver à New York à quatre reprises en 2017 et 2018 pour enregistrer Multicolore, de concert avec Werner F et Likeminds. Elle n’avait pas travaillé avec lui depuis l’époque des Vulgaires Machins, mais la chimie était toujours présente. « Dès la première semaine, on avait déjà cerné où on voulait aller avec l’album. »

L’inspiration

Quand on lui demande dans quel état d’esprit est né l’album, elle explique d’abord son rapport à la musique. « La musique sert beaucoup à me consoler. Quand j’écoute de la musique, c’est pour me réconforter, et on dirait que je suis portée à faire ça quand je veux exprimer quelque chose », dit-elle.

Il y a en effet de la mélancolie dans les nouveaux textes de Marie-Ève Roy. Mais beaucoup de légèreté aussi, grâce aux mélodies qu’elle y a apposées. Encore une fois, l’artiste évoque la notion de brillance et de lumière.

« Oui, ça peut être triste, mais je vois toujours de l’espoir. Après chaque tempête, le beau temps revient », dit-elle en citant de mémoire un extrait de sa pièce Je n’attendrai pas. « Balancés par le vent/Au bord de l’océan/Je serai ton rempart/Et toi mon encore », chante-t-elle à son futur bébé, son deuxième enfant, qu’elle portait durant la création de Multicolore.

Pour trouver les mots des neuf compositions de ce disque, elle a « ouvert les fenêtres et fait de l’espace dans sa tête, en se laissant inspirer par plein d’histoires ». Je pleure, je ris est née de sa lecture de la touchante bande dessinée La légèreté de Catherine Meurisse, dessinatrice à Charlie Hebdo qui a échappé au terrible attentat. Je n’ai besoin de personne lui est venue après avoir vu un documentaire sur la chanteuse Véronique Sanson. « J’ai été touchée et inspirée par sa force créatrice. Et parallèlement, je me disais que moi aussi, je n’avais plus de temps à perdre et que j’avais le goût de foncer. »

L’arrivée de la quarantaine n’y est peut-être pas étrangère. Marie-Ève Roy l’a d’ailleurs accueillie avec sérénité. « Je suis moins apeurée, moins anxieuse. Avoir eu un petit bébé me ramène beaucoup au moment présent. Je suis davantage mon instinct et je me laisse le droit de faire ce que je veux. »

Bref, la Marie-Ève d’il y a 20 ans a beaucoup évolué . « J’aime ça, la quarantaine... Je me sens bien, je suis à ma place et mes choix sont plus en cohérence avec ce que je ressens. »

Multicolore sera lancé le 22 février au Théâtre La Chapelle de Montréal. Une tournée devrait suivre à l’automne.