MAJ Fortier devant quelques-unes de ses imposantes giclées numériques sur canevas.

MAJ Fortier: une signature unique

L’artiste MAJ Fortier a surtout fait sa marque en tant que sculpteur. Les anciens joueurs du Canadien près du Centre Bell, la spectaculaire fontaine du Square du Quartier Dix30, la dame au caniche et l’homme au carlin de la Place d’armes... C’est lui. Mais son talent ne se limite pas qu’à la sculpture. Les visiteurs du Musée Bruck de Cowansville pourront bientôt découvrir ses estampes numériques sur le thème du costume.

Ce n’est pas un hasard, car on sait que le musée se consacre depuis quelques années à l’univers du textile. Pour son exposition Être ou ne pas être, qui occupera les deux salles du Musée Bruck, Marc-André J. Fortier a donc choisi une série de giclées numériques sur canevas, à tirage très limité.

Fasciné par la valeur symbolique du vêtement et de l’accessoire, l’artiste aime les mettre en valeur comme une seconde peau « qui enrobe, expose, précise et raffine » l’être qui le porte.

Et qu’il s’agisse du simple pyjama, du duo chemise-cravate ou du traditionnel habit-cravate, il s’en donne à cœur joie. Hautement colorés et fantaisistes, ses tableaux sont pourtant truffés de détails empreints de sérieux... et de recherche. « Il y a beaucoup d’étude et de lecture derrière chaque œuvre. L’avant-plan, l’arrière-plan, ma signature dans l’étiquette du vêtement... Tout est pensé. »

Devant ces œuvres de grand et de moyen formats, dont la technique s’apparente à la sérigraphie, on pourrait d’ailleurs passer des heures.

Ici, des costumes inspirés du poker, du hockey, du Monopoly ou de la guerre ; là un pyjama à l’effigie de Super Woman...

« Pour chacune, il y aura un texte bilingue pour expliquer ma perception de l’oeuvre », ajoute-t-il, en dévoilant que certaines toiles exposées à Cowansville n’ont jamais été vues.

Fortier y ajoutera également quelques sculptures de bronze qui, encore une fois, combineront la fantaisie et le sarcasme.

Son inspiration, lance-t-il, est « un mélange de plein d’affaires », allant de la bande dessinée Lucky Luke à Picasso, en passant par Magritte. « Dans la sérigraphie, c’est Vittorio et Andy Warhol. »

Esprit libre

Dans sa maison-atelier de Lac-Brome, où il réside depuis 12 ans, l’homme jase de tout et de rien, au point d’en oublier son café, qui refroidit lentement sur la grande table de bois.

Il passe d’un sujet à l’autre, revient sur un détail, avant de repartir dans une autre direction. Ses idées bouillonnent et se bousculent, pleines de conviction et de réflexion. On a ici affaire à un esprit libre qui ne s’embarrasse pas des conventions.

« Depuis 32 ans, j’ai appris à vivre en fonction de ce que je suis et de ce que je crois. J’ai appris à développer ma pensée. Au fond, je suis un peu comme Don Quichotte ! », lance-t-il, en faisant référence à la magnifique œuvre qui trône dans l’entrée de sa demeure. Deux bronzes illustrent l’idéaliste Don Quichotte et son fidèle écuyer Sancho Panza côte à côte sur leur monture.

MAJ Fortier se dépeint comme un être fonceur, radical et positif. « J’aime la couleur, j’aime l’ironie. Je refuse de me prendre trop au sérieux. »

Il refuse tout autant la paresse intellectuelle. Il célèbre plutôt l’audace et l’allégorie, à travers l’ordre et la minutie.

Faire sa place

Issu de plusieurs générations de lettrés, petit-petit-fils d’Édouard Montpetit, Marc-André Fortier a un jour ressenti l’impératif besoin de briser le moule et de suivre son instinct. Jeune adulte, il a quitté son Montréal natal pour aller bourlinguer dans l’Ouest canadien, où il a vécu de 1983 à 1989.

« Je suis parti pour apprendre à me connaître. C’est à Vancouver, en 1986, que j’ai décidé de devenir artiste », relate-t-il.

Depuis, il a fait sa place, a exposé au Canada, aux États-Unis et en France, laissant dans son sillage de nombreuses pièces remarquables, dont certaines statues monumentales. Ses plus connues sont sans doute celles de Maurice Richard, Jean Béliveau, Howie Morenz et Guy Lafleur, réalisées en cinq mois pour souligner le centenaire du Canadien de Montréal, en 2008. Elles trônent aujourd’hui sur la Place des Canadiens, en bordure du Centre Bell.

Son prochain projet ? Un bronze de huit pieds de hauteur à l’image d’Olivier Le Tardif, un collaborateur de Samuel de Champlain au 17e siècle. De quoi combler l’artiste, qui a encore pu se lancer joyeusement dans la recherche !

Être ou ne pas être prendra place du 31 janvier au 14 mars au Musée Bruck de Cowansville. Le public pourra rencontrer MAJ Fortier lors du vernissage, le samedi 2 février à 14 h.