Mains moites et sueurs froides

À l’approche de l’Halloween, La Voix de l’Est a fait appel au bibliothécaire et à des profs du cégep de Granby pour vous proposer des lectures à donner froid dans le dos. Voici donc quelques suggestions de classiques et de nouveautés incontournables. Frissons garantis.

Daniel Marquis, bibliothécaire et conseiller pédagogique au cégep de Granby

Selon Daniel Marquis, pour s’offrir une bonne frayeur, rien ne vaut les auteurs scandinaves. « Je ne sais pourquoi, mais il existe une région du monde où le froid, la solitude, la vengeance et la cruauté se cachent dernière la banalité de la vie quotidienne », note-t-il en faisant d’abord référence à la Suède. 

« C’est avec l’auteur Lars Kepler que l’on débutera. Le chasseur de lapin publié en 2018 est assurément son roman le plus angoissant. Les blessures profondes d’un enfant resurgissent dans un délire de meurtres, sous le signe de la vengeance absolue. Du même pays et chez le même éditeur, Actes Sud, les romans de Camilla Läckberg sont aussi cruels et sans doute d’une plus grande profondeur psychologique. L’auteure a donné vie à un duo de personnages, Erica Falck, écrivain et Patrick Hedström, policier. Les intrigues de ses dix romans se déroulent dans le petit village de pêcheurs de Fjällbacka, sur la côte suédoise, où elle est née. Tous des thrillers psychologiques d’une efficacité redoutable. Le Tailleur de pierre est mon préféré et son dernier titre, La Sorcière, publié à l’automne dernier est aussi un succès. »

Du côté du Danemark, M. Marquis suggère les romans de Jussi Adler Olsen, qu’il décrit comme des histoires sordides dont on ne sort pas indemne. « J’ai apprécié son plus connu, Miséricorde mettant en scène l’inspecteur Morck. Je n’ai pas poursuivi la lecture de cet auteur au-delà de deux autres titres, car il n’offre aucune issue aux victimes de ses romans. Il y a quand même des limites à la cruauté ! »

Par ailleurs, c’est vers les classiques que l’on doit se tourner pour lire des romans américains qui font frémir. « Thomas Harris et son célèbre Le silence des agneaux, va assurément hanter vos soirées. Dans Simmons et son thriller psychologique Nuit d’été est un roman qui met en scène une bande de collégiens aux prises avec une puissance monstrueuse. Dans un autre registre, Anne Rice est l’auteure à retenir si on s’intéresse aux vampires. Elle a tracé les frontières et les règles du genre. Tous ses romans sont à lire en commençant par Chroniques de vampires. »

Marc Boyer, enseignant de littérature

Pour Marc Boyer, les bons vieux classiques ont la cote. Le premier qui lui vient en tête est Danse macabre, publié en 1978 par Stephen King. « Dans Danse macabre, on retrouve le Stephen King des origines, celui de ses premières années d’écriture. Il y a dans ce recueil de nouvelles des histoires à glacer le sang. C’est d’ailleurs un peu par elles que j’ai été initié à l’horreur. Toutes les peurs y passent : peur de l’épidémie, peur des monstres dans le placard, des spectres, des vampires, des machines dotées de vie et déterminées à éradiquer l’espèce humaine, etc. On a donc en germe, dans ce recueil, plusieurs des grandes oeuvres à venir de King. Je dois dire que je me sers de cette oeuvre à la fois réaliste et fantastique en classe pour présenter l’horreur. »

Du côté québécois, l’enseignant a un penchant pour Hell.com de Patrick Senécal, paru en 2009. « Êtes-vous fan de la télésérie District 31 ? Si c’est le cas, vous avez peut-être entendu le personnage joué par Hélène Bourgeois-Leclerc parler du dark web. Énigmatique, n’est-ce pas ? Dans le roman Hell.com, Patrick Senécal raconte l’histoire d’un homme riche qui, pour pimenter sa vie, va visiter ce dark web. Il découvre ainsi une manière d’assouvir ses plus bas instincts... Souhaite-t-il battre un sans-abri pour le simple plaisir de se défouler ? Le site Hell.com lui en offre l’opportunité. De fil en aiguille, le personnage s’intéresse à des divertissements de plus en plus horribles... jusqu’à ce que ce piège dans lequel il a mis le bras se referme sur lui. »

Finalement, M. Boyer suggère un classique de la bande dessinée, From Hell d’Alan Moore et Eddie Campbell. « Cette véritable brique (près de 600 pages !) dont les illustrations en noir et blanc de Campbell sont à la fois sinistres et évocatrices, nous replonge dans l’Angleterre de la fin du XIXe siècle pour nous raconter l’histoire de Jack l’Éventreur, célèbre pour la série de femmes qu’il aurait froidement assassinées. Au-delà du caractère bien sanglant du scénario écrit par Alan Moore, ce qui fascine de ce « roman graphique » est la reconstitution historique fascinante de l’Angleterre de l’époque victorienne. »

Marie Michaud, enseignante en arts et lettres

Marie Michaud ratisse large, elle aussi. Elle propose d’abord L’étrange Odd Thomas de Dean Koontz. « Commençons par des histoires de fantômes... un peu spéciales. Prédestiné par son nom, le jeune Odd essaie de garder sa vie simple et normale, tout cuisinier qu’il est, mais les morts qui lui apparaissent sans pouvoir lui parler la lui compliquent beaucoup. Avec son lot d’énigmes à élucider, cet écrivain finit par aborder dans ce premier tome d’une série des réalités effrayantes qui ne sont pas si étrangères au monde réel. »

Parmi les maîtres scandinaves, Mme Michaud met aussi en lumière l’auteur Jussi Adler-Olsen. « Dans Selfies, il frappe encore avec une autre enquête du Département V chargé d’enquêtes non résolues. Un trio de héros improbables — un inspecteur désabusé et ses acolytes, un immigré syrien et une géniale névrosée — risque de se perdre dans les marges de la société... ou dans les méandres de leur esprit tordu. Une porte d’entrée sur toute une culture que nous ouvre la traduction française. »

Elle termine avec l’ouvrage Quand sort la recluse de Fred Vargas. « L’horreur traverse l’Histoire et le passé est garant du présent, comme toujours, dans les romans de cette écrivaine spécialiste du Moyen-Âge. Son impayable détective, Jean-Baptiste Adamsberg, doit cette fois se frotter à une affaire de morts par morsures d’araignée, avec ses assistants de toujours et leur comique haut en couleur : l’officier Danglard, père célibataire de 5 enfants, notamment, ou la lieutenante Retancourt, déesse lesbienne de la brigade à la stature de Titan. »