«J’aime déstabiliser les gens, les amener à voir le monde de façon différente», affirme l’artiste Ma Ani.
«J’aime déstabiliser les gens, les amener à voir le monde de façon différente», affirme l’artiste Ma Ani.

Ma Ani, une artiste déstabilisante

Annie Paulhus-Gosselin a manié le pinceau pour la première fois de sa vie il y a quatre ans. Aujourd’hui, Ma Ani, de son nom d’artiste, est propriétaire de sa galerie d’art et cumule déjà quelques expositions en solo ici et là dans la province.

Il faut dire que son style « éclectico-post-moderne à tendance féministe », comme elle le décrit, ne passe pas inaperçu. « J’aime déstabiliser les gens, les amener à voir le monde de façon différente », dit-elle, entre deux tableaux pour le moins... saisissants.

Sur un des murs de l’ancien campus Bishop’s à Knowlton, qu’elle a acquis en novembre dernier pour y aménager son nid et sa galerie, un immense portrait d’une petite fille avec un fusil dans la bouche. En face, beaucoup plus petit, le sexe d’une femme dans lequel on a inséré une pomme de terre. « Dans certains pays, les femmes se mettent une patate dans le vagin pour se protéger des viols », peut-on lire sur un écriteau.

« Chacune de mes oeuvres est soutenue par un contexte, une idée, une phrase lue quelque part. Elles sont toujours beaucoup plus en mots que visuelles au départ », explique l’artiste de 38 ans.

Pour créer, cette ancienne enseignante écoute d’ailleurs des livres audios. « Je dois en écouter 150-200 par année. Des biographies signées Stefan Zweig, des romans policiers, des récits historiques ou des essais sur la décomposition des corps... j’écoute de tout. Je suis incapable de travailler avec de la musique ou dans le silence. Et ce que j’écoute teinte beaucoup mon art », affirme-t-elle.

Elle adore l’acrylique et aime beaucoup le collage, deux techniques qu’elle utilise amplement dans ses créations. Mais elle ne s’impose aucune barrière, de sorte qu’elle touche également à la sculpture et aux matériaux recyclés. « C’est l’oeuvre qui dicte le médium à utiliser. »

Polyuréthane, colle, plâtre, rouge à lèvres, papier, argile, tôle, tissu, plumes, paillettes... tous les matériaux sont permis pour rendre justice à l’oeuvre.

Différence valorisée

Ma Ani — c’est le surnom qu’on lui donnait enfant et qu’on lui donne encore parfois — a quitté le monde de l’enseignement en 2015 à la suite d’un épuisement professionnel. Elle s’est inscrite à un microprogramme en art thérapie à Rouyn-Noranda, et ce fut une véritable révélation dès les premiers instants, raconte-t-elle.

« Pour la première fois de ma vie, ma différence était valorisée plutôt que stigmatisée », fait valoir celle qui a reçu un diagnostic d’autisme.

Avant même la fin de ses études, un de ses professeurs l’a référée à L’Écart, un centre d’art actuel, un lieu de résidence, de recherche et de création bien en vue en Abitibi-Témiscamingue, où elle a présenté sa toute première exposition solo, Je suis désemparée, s.v.p. communiquez avec moi.

Ma Ani s’est toutefois vite rendu compte que son amour de l’art était beaucoup plus fort que celui pour la thérapie. « Je ne me voyais pas accompagner une personne en souffrance dans sa création, mais je me voyais très bien dans mon atelier à travailler mes propres idées. »

Elle s’est donc inscrite en arts visuels à l’Université de Sherbrooke, d’où elle a obtenu son diplôme il y a quelques mois à peine. Mais déjà, elle s’est fait remarquer, de sorte que le Parvis, à Sherbrooke, et La Petite Place des Arts en Mauricie attendent ses oeuvres pour une éventuelle exposition.

En attendant, elle apprivoise sa nouvelle vie à Knowlton, crée dans son atelier tout en accueillant les gens dans sa galerie, ouverte depuis le 6 juin.

« Les gens doivent s’attendre à ne pas savoir à quoi s’attendre avec moi », conclut Ma Ani dans un grand éclat de rire rafraîchissant.