L’écrivaine et artiste-peintre Virginia Pésémapéo Bordeleau sera à l’honneur lors d’un spectacle hommage prévu dans le cadre du Salon du livre des Premières Nations.

Les lumières vives de Virginia Pésémapéo Bordeleau

Virginia Pésémapéo Bordeleau ne sait pas exactement à quoi s’attendre du spectacle prévu vendredi soir pendant le Salon du livre des Premières Nations. Mais elle prévoit une soirée «intense en émotions».

Waaskimaastiwaawin (qui signifie lumière vive) est un spectacle hommage consacré à l’œuvre de la poète, romancière et artiste-peintre crie, qui célébrera l’an prochain ses 40 ans de carrière. C’est même une illustration de son visage qui orne l’affiche du 8e Salon du livre des Premières Nations. 

Dire que tout ça a commencé par une boutade que l’artiste établie en Abitibi a envoyée à Louis-Karl Picard-Sioui, directeur de l’événement littéraire de Québec. Elle lui avait dit qu’en raison de son âge et de la longévité de sa carrière, elle était mûre pour un hommage… «J’avais lancé ça à la blague, et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd», raconte-t-elle en riant. 

Le geste la touche beaucoup. Virginia Pésémapéo Bordeleau, née d’un père québécois et métis et d’une mère crie, s’est d’abord fait connaître pour son art pictural, dans les années 80. Elle a publié son premier roman, Ourse Bleue, en 2007. Mais elle tient à préciser qu’elle écrit depuis qu’elle a 12 ans, depuis presque aussi longtemps qu’elle peint, finalement. Dès 1983, elle publie dans des revues, notamment La Vie en rose, un magazine d’actualité féministe, à l’invitation de son amie, la regrettée Hélène Pedneault. Mais il lui a fallu du temps pour se «prendre au sérieux comme écrivaine», explique-t-elle. 

Après Ourse Bleue a suivi De rouge et de blanc, un recueil de poésie qui regroupe certaines de ses publications antérieures. L’amant du lac, en 2013, a été présenté comme le premier roman érotique d'une auteure amérindienne au Québec, tandis qu’avec L’enfant hiver, elle a exploré des thèmes récurrents chez elle, le deuil, la mort, qui se transforment invariablement en lumière. Son dernier recueil de poésie, Poésie en marche pour Sindy, a été publié en 2018 aux Éditions Quartz, une maison d’édition de Rouyn-Noranda. Elle y aborde un sujet délicat, celui des femmes autochtones assassinées et disparues. Elle a aussi réalisé sur le même thème un projet d’arts visuels, Les brodeuses, en duo avec une artiste mexicaine, Guillermina Ortega, qui s’intéresse au même phénomène dans sa communauté. 

Place aux écrivains autochtones

Fidèle participante du Salon du livre des Premières Nations, Virginia Pésémapéo Bordeleau estime qu’il s’agit d’un événement particulièrement unique, le seul dans le genre au Canada à sa connaissance. «Il y a vraiment quelque chose d’exceptionnel qui s’y passe, insiste-t-elle. On parle de choses dont on ne parle pas ailleurs. Je veux continuer à écrire pour pouvoir y venir toutes les années», avoue-t-elle en riant. 

Le monde de l’édition a bien changé depuis ses débuts comme écrivaine. Elle se considère chanceuse d’avoir une amie qui l’a introduite aux Éditions de la Pleine lune, là où on lui a donné la chance de publier son premier roman.  

«Heureusement que Rodney Saint-Éloi est arrivé ensuite, parce qu’il a décidé de publier tout ce qu’il y avait d’autochtone au Québec. Et il l’a très bien fait», ajoute-t-elle, en parlant de la maison d’édition Mémoire d’encrier, qui s’est spécialisée dans la publication de voix d’origines diverses. 

Virginia Pésémapéo Bordeleau, qui dit lire presque tout des auteurs autochtones, constate qu’il est rendu plus aisé de publier. «Je pense que les gens ont découvert une écriture et le talent des voix autochtones. C’est une voix qui est différente», insiste-t-elle. L’écrivaine avoue aussi profiter du Salon du livre pour faire ses emplettes de l’année.

Durant l’événement, elle participera à de nombreuses activités, tables rondes, séances de signature, déjeuners-poésie, dans les deux lieux principaux de la manifestation littéraire, la Maison de la littérature et le Morrin Centre. 

Ensuite, elle retournera dans ses terres, près de Rouyn-Noranda, pour retrouver l’espace et le silence nécessaire à la création. Elle prévoit entreprendre une nouvelle série de tableaux et espère pouvoir mettre en chantier son prochain projet littéraire.

Le 8e Salon du Livre des Premières Nations se tient de jeudi à dimanche à Québec. Pour info : kwahiatonhk.com