Entre 95 % et 98 % des livres vendus aujourd’hui sont en papier alors que la part du marché du livre numérique varie entre 2 % et 4 %.

Le libraire indépendant reprend des couleurs

Les fossoyeurs des librairies indépendantes peuvent aller se rhabiller. Non seulement le chiffre d’affaires de ces établissements du savoir est en progression, mais le nombre de titres distincts vendus chaque année a dépassé les 214 500 dans les trois dernières années, répartis pratiquement à parts égales entre les éditeurs québécois et étrangers.

«C’est un chiffre assez impressionnant qui démontre toute la diversité qu’un libraire peut mettre de l’avant dans une année», mentionne la directrice générale de l’Association des libraires du Québec (ALQ), Katherine Fafard, appelée à commenter lundi une étude commandée auprès de la Société de gestion de la banque de titres de langue française.

Autre signe encourageant pour le marché du livre d’ici, si le nombre de nouveautés venues d’ailleurs est six fois plus nombreux sur les tablettes, les éditeurs québécois réalisent malgré tout presque le même volume de ventes annuelles que les éditeurs étrangers.

«On pourrait penser que les éditeurs étrangers, surtout ceux de France, vont chercher le gros lot, mais on voit que le Québec arrive presque nez à nez avec eux. Ça démontre que les libraires mettent de l’avant et conseillent les livres québécois», s’enthousiasme la directrice générale.

Pour l’ALQ, ce n’est pas demain la veille que le livre papier sera relégué aux oubliettes à la faveur des liseuses. «Il se vend entre 95 % et 98 % de livres papier encore aujourd’hui, alors que la part du marché du livre numérique varie entre 2 % et 4 %. Le livre papier s’achète principalement dans les librairies indépendantes, et non pas dans les grandes surfaces comme Walmart, Costco et Jean Coutu.»

Dans un «marché axé sur la nouveauté qui ne représente que 29 % des titres vendus», les librairies indépendantes réussissent à tirer leur épingle du jeu au prix d’efforts supplémentaires pour vendre les titres à faible roulement. Soixante-deux pour cent des titres sont vendus à cinq exemplaires et moins, et 73% à moins de dix exemplaires.

«Le libraire prend un certain risque à maintenir le livre de fonds sur ses tablettes, explique Mme Fafard. [Contrairement aux nouveautés], il doit payer les frais de livraison et n’a parfois pas le droit de les retourner. Un libraire doit mettre beaucoup d’efforts afin de pouvoir montrer toute cette diversité à sa clientèle.»

Croissance soutenue

Par ailleurs, autre signe avant-coureur de jours meilleurs, le nombre de librairies indépendantes se redresse après des années de vaches maigres. L’an dernier, 108 avaient pignon sur rue, soit neuf de plus qu’en 2016. Le taux de croissance moyen affiché pendant cette période a été de 5,1 %.

«Entre 2007 et 2014, on a perdu entre 30 et 40 librairies indépendantes, précise Mme Fafard. Presque chaque semaine, on annonçait une fermeture. C’était l’hémorragie. Depuis, on voit plutôt des librairies ouvrir. Les gens qui ont pris la relève font preuve d’enthousiasme et de dynamisme. Ils n’ont pas peur des nouvelles technologies. Ils utilisent les médias sociaux et possèdent des sites Web transactionnels.»