Catherine Gucher a reçu jeudi après-midi le prix Québec-France Marie-Claire Blais qui récompense une première œuvre.

Catherine Gucher: la passion des grands espaces

Pour son premier roman, Transcolorado, la sociologue française Catherine Gucher a choisi de camper son récit dans les vastes paysages de l’Ouest américain, un endroit où elle n’a pourtant jamais mis les pieds. L’écrivaine n’est même jamais allée aux États-Unis.

De longues recherches, la lecture des œuvres de Steinbeck et de Faulkner, quelques cartes géographiques et, surtout, une fertile imagination lui ont permis de créer des tableaux où évolue son personnage féminin à la recherche de son destin, dans une nature aussi belle que douloureuse. 

«J’ai aussi lu tout le courant Nature Writing [initié par Henry David Thoreau] ce qui m’a permis de mieux comprendre la façon dont les paysages façonnent la vie des hommes», explique au Soleil l’enseignante en sociologie à l’Université de Grenoble.

Issue d’«une tradition paysanne», la romancière avoue avoir toujours été fascinée, un peu comme tous nos cousins français, par les grands espaces et leur invitation à la liberté. «J’avais envie de sortir d’un univers familial un peu fermé. Je lisais les livres de Jack London et de Jack Kerouac. J’aurais du mal à écrire un roman citadin. Je ne suis pas une fille de la ville. Ça ne me parle pas.»

Son héroïne, Dan, est solitaire et en perte de repères. Son errance est racontée à travers un monologue qui expose ses démons intérieurs. Elle vit au jour le jour, entre deux cafés-whiskys, se liant d’amitié avec des êtres aussi écorchés qu’elle.

«J’ai un intérêt particulier pour les personnages vulnérables. J’ai travaillé 15 ans dans le social, avec des gens en difficultés. Ce qui m’a toujours fascinée, c’est de voir que même en vivant dans la marge et malgré les ornières, chacun réussissait à s’inventer une trajectoire qui soit la sienne. Comme mon personnage, malgré une liberté assez écrasante, va réussir à trouver la sienne.»

Prix Québec-France

Ce premier roman a failli ne jamais voir le jour. Écrit il y a 11 ans, le manuscrit avait été remisé dans un tiroir. À l’époque, son auteure écrivait seulement «pour le plaisir» et ne se sentait pas le courage de le faire parvenir à un éditeur. En 2017, un grave problème de santé l’a amenée à se poser quelques questions existentielles.

«Je me suis dit si [ma vie] s’arrêtait là, qu’est-ce je vais regretter le plus?» La réponse lui est vite apparue : «ne pas être allée jusqu’au bout» de son «rêve d’enfance» de publier un jour un roman. «J’ai sorti le manuscrit du tiroir et l’ai retravaillé. Je l’ai envoyé à deux éditeurs et un l’a pris.»

L’universitaire avoue que Transcolorado ne s’inscrit pas «dans les canons littéraires à la mode en France», mais peu lui importe, il a su trouver son chemin jusqu’aux lecteurs. À preuve, elle a reçu jeudi après-midi, au Salon du livre, le prix Québec-France Marie-Claire Blais qui récompense une première œuvre.

Qualifiant le livre de «grand moment de bonheur», le comité de lecture dit notamment avoir été charmé par son «attachant» personnage principal, et le style «épuré, imagé et empreint de poésie» de son auteure. 

Transcolorado. Catherine Gucher. Éditions Gaïa. 170 pages. 

Catherine Gucher sera au Salon du livre vendredi, de 15h30 à 16h30.

Aujourd’hui au Salon du livre

  • 15h

Rencontre / lecture Les lettres de Martha avec Marie Laberge

  • 16h30

Rencontre d’auteurs avec Nadine Bismuth (Un lien familial), Karoline Georges (De synthèse) et Alexie Morin (Ouvrir son cœur)

  • 17h 

Lancement à l’Atelier BD de deux ouvrages publiés aux Éditions Glénat Québec, Rédemption, de Leif Tande et L’espion de trop, de Voro et Frédéric Antoine

  • 16h30 

Table ronde sur le thème «Le polar, reflet sombre de la société», avec Jean-Jacques Pelletier (Radio-vérité), Diane Vincent (Le paon, le cobra et la sorcière), Richard Ste-Marie (De ton fils charmant et clarinettiste) et Isabelle Lafortune (Terminal Grand Nord)

  • 17h 

Rencontre d’auteur avec Marie-Renée Lavoie, invitée d’honneur, pour son roman Les chars meurent aussi.

  • 19h 

Prescriptions littéraires de la co-chef de Québec Solidaire, Manon Massé.