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Livres

Christine Eddie: renchausser l'espoir

Christine Eddie n’apprécie guère les entrevues. Et comme il y a six ans qu’elle n’a pas publié de nouveau roman, l’exercice la rend doublement nerveuse en ce vendredi matin. Sur la table du café, l’autrice a déposé Un beau désastre. De sa douce voix, enrhumée, elle se livre néanmoins volontiers sur ce très joli récit initiatique choral. Il se penche sur le destin de M.-J., ado ténébreux et inquiet en ce sombre XXIe siècle, qui va trouver les interstices pour faire pénétrer la lumière dans son quartier…

Quarante-cinq années se sont écoulées depuis que la Française de naissance, Montréalaise d’enfance et Acadienne d’adolescence s’est établie à Québec «par amour. C’est très original!» rigole-t-elle.

Arts

Nouveautés pour le Salon international du livre de Québec

Les billets d’entrée pour le Salon international du livre de Québec (SILQ) seront en vente dès le vendredi 21 février. 

Afin d’améliorer leur service et répondre aux commentaires des années précédentes, le SILQ rendra ses billets disponibles sur la plateforme lepointdevente.com. «Une modulation du prix d’entrée permettra une plus grande flexibilité et une fluidité accrue du flot de visiteurs», peut-on lire dans le communiqué.

Dans le but de répondre à une autre populaire demande, le SILQ a créé un passeport valable pendant les cinq jours du salon, au coût de 11,50 $. Il sera possible de se le procurer seulement sur la plateforme de vente en ligne entre le 21 février le 12 avril.

Une entrée réservée aux détenteurs de ce passeport permettra une entrée plus rapide au salon. 

Le prix d’un billet journalier s’élève à 6,75 $, alors que le billet pour une journée de fin de semaine coûte 8,75 $. L’entrée demeure gratuite pour les jeunes de 12 ans et moins. 

Autre annonce à surveiller : l’offre globale de l’évènement sera bonifiée cette année, une nouvelle programmation est à prévoir avec plusieurs activités inédites et des points de vente améliorés. Cette programmation sera dévoilée le 17 mars. 

Livres

Matzneff sera jugé en septembre 2021 pour «apologie» de la pédophilie

PARIS — L’écrivain français Gabriel Matzneff, visé par une enquête pour viols sur mineurs, sera en outre jugé le 28 septembre 2021 pour apologie de crime à Paris devant une chambre du tribunal correctionnel spécialisée dans les affaires de presse et de liberté d’expression.

L’écrivain a été cité à comparaître par l’association de prévention de la pédophilie l’Ange Bleu. Cette procédure permet à une victime de convoquer directement l’auteur présumé devant le tribunal, sans qu’une enquête préalable ne soit menée. C’est à la victime de collecter les preuves de culpabilité de l’auteur présumé des faits. Dans sa citation à comparaître, que l’AFP a pu consulter, l’association évoque trois articles parus entre fin décembre et début janvier dans les hebdomadaires l’Obs et L’Express, ainsi que dans le quotidien le Parisien, et accuse l’écrivain d’avoir fait l’apologie d’actes pédophiles «et précisément de crime de viol aggravé» en évoquant la relation qu’il a eue avec Vanessa Springora.

Cette dernière, éditrice, a publié début janvier un livre, Le consentement, dans lequel elle met en cause l’écrivain de 83 ans pour ses relations avec des mineurs.

Cette publication sur leur relation dans les années 80 alors qu’elle n’avait pas encore 14 ans a entraîné l’ouverture par le parquet de Paris d’une enquête préliminaire pour «viols commis sur mineur» de moins de 15 ans.

L’attirance revendiquée de Gabriel Matzneff pour les «moins de 16 ans» et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, qu’il a racontée dans des livres, a pendant longtemps été tolérée dans le monde littéraire parisien.

Un appel à témoins pour retrouver d’autres victimes a été lancé mardi et une perquisition a eu lieu mercredi dans les locaux des éditions Gallimard à Paris dans le cadre de cette enquête, a appris l’AFP de source proche du dossier, confirmant une information de Mediapart.

Les enquêteurs recherchaient des passages écrits de l’écrivain ne figurant pas dans ses ouvrages publiés, a indiqué une source proche du dossier à l’AFP.

Dans un entretien à l’ex-site Biffures, en 2008, M. Matzneff déclarait avoir «autocensuré» des «passages» de ses écrits qui risquaient d’être «jugés spécialement scandaleux» et les avoir mis «en sécurité dans un coffre de banque».  

Livres

Les autres jours: un espace de discussions sur toutes les facettes littéraires

Quand on pense au monde littéraire, on pense au livre, et à l’histoire qu’il raconte. Le domaine rassemble pourtant plusieurs autres facettes, de la typographie jusqu’aux illustrations ou à la reliure.

L’organisme Les autres jours offrira un nouveau lieu de rencontres et de discussions sur le savoir-faire littéraire à Québec dès le 22 février. L’objectif est de partager l’amour du livre, d’en repenser la forme et d’explorer le geste de raconter.

«Le projet vient d’une volonté d’ouvrir la réflexion sur le livre au grand public, élargir nos frontières. On veut réfléchir au geste de créateur du livre, valoriser toutes les facettes», explique Christiane Vadnais, responsable de la recherche et du développement aux éditions Alto.

L’idée pour Les autres jours vient d’elle et surtout du président fondateur des éditions Alto, Antoine Tanguay. Ils espèrent générer des interrogations sur tous les métiers qui participent à la création du livre, comme l’expérience narrative ou la microédition, avec plusieurs activités ou ateliers.

Le premier événement aura lieu le 22 février. Le célèbre auteur de bande dessinée Michel Rabagliati (série Paul) viendra partager sa passion pour la typographie dès 14h. Tous les détails de la programmation sont disponibles sur la page Facebook Les autres jours ou lesautresjours.com

«La typographie, c’est rare qu’on va en parler alors que c’est un aspect fondamental dans le lien qu’on a avec le livre», ajoute Mme Vadnais.

On nous dit que derrière chaque police se cache une riche histoire...

Ces différentes activités donneront lieu à des rencontres pour les amateurs de livres, mais aussi pour différents professionnels. «Un lieu de rencontre pour les artistes entre eux, qui sont souvent dans leur propre monde, alors qu’ils participent à la création d’un même produit.»

Toutes les activités s’organiseront en collaboration avec différents partenaires du milieu culturel, et l’organisme promet une riche programmation l’automne prochain.

Le livre papier moins populaire?

Chose certaine, le livre papier a plus de compétition qu’avant. Une multitude de choix s’offre aux lecteurs pour consommer une histoire, des formats artisanaux ou innovants, que ce soit l’univers numérique, le podcast ou le livre audio.

«On s’alarme rapidement par rapport aux chiffres sur le livre, croit Mme Vadnais. Il y a de plus en plus de production, mais beaucoup de gens sont encore très “bibliothèque”, il faut continuer à stimuler ça.»

Même que selon elle, les différents moyens de raconter «s’embrassent» plus qu’ils se nuisent. 

«On passe tellement de temps derrière les écrans qu’on va trouver dans le papier quelque chose de différent. On peut profiter de l’écran sans trahir le papier, ou profiter du papier sans trahir les écrans.» De vrais bibliophiles, il en existe encore une tonne et Les autres jours souhaitent les rassembler dans les prochaines semaines.  

Livres

Mort de Claire Bretécher, la diva des «frustrés» [PHOTOS]

PARIS — Avec son humour féroce et son coup de crayon assassin, la dessinatrice française Claire Bretécher, morte lundi à 79 ans, a épinglé les tics et les modes d’une époque à travers des personnages souvent ridicules, ces «frustrés» qui ont fait d’elle la première vedette féminine de la BD.

Quadragénaires bavards, femmes larguées, adolescentes insupportables... L’autrice a souvent pioché ses cibles dans son entourage, cette «gauche caviar» des années au pouvoir du président François Mitterrand (1981-1995), ces snobs, ces intellectuels bidons et leurs ados geignards, qu’elle côtoyait.

Claire Bretécher, c’est d’abord un don d’observation exceptionnel : «Je passe mon temps à regarder les gens. Leur tronche, leur allure». Une façon unique de repérer leurs travers et leurs manies et de les mettre en boîte. Avec un sens de la dérision que cette solitaire, qui a toujours fui les interviews télévisées, s’applique d’abord à elle-même.

Née à Nantes (ouest) le 17 avril 1940, elle voit vite dans le dessin la possibilité d’échapper à un milieu provincial étriqué qu’elle abhorre. Direction Paris, où elle place ses premières planches dans les magazines Tintin, Spirou, puis Pilote pour lequel elle crée en 1969 le personnage de Cellulite, une princesse aux grands pieds et au nez carré flanqué d’un père libidineux.

Seule femme dans le milieu alors très masculin de la BD, cette blonde longiligne impose son style et son humour. Mais le cadre est déjà trop étroit pour elle. En 1972, elle crée «L’Écho des savanes», avec Marcel Gotlib et Nicolas Mandryka, qui marque sa période la plus libre. Un an plus tard, elle publie sa première planche des «Frustrés», point de départ d’une longue collaboration avec le magazine Le Nouvel Observateur.

Livres

George Steiner, le philosophe corrosif, est mort

PARIS — Il pouvait parler de Kafka, Homère, Dostoïevski, de la Shoah ou de la pornographie avec la même fougue, sans jamais être superficiel. Le philosophe George Steiner mort lundi à Cambridge (Grande-Bretagne) à l’âge de 90 ans était un «honnête homme», élégant , érudit et subtil.

Grande voix du XXsiècle, l’essayiste était né à Paris en 1929 de parents juifs viennois. Pour échapper au nazisme, il avait rejoint avec ses parents les États-Unis en 1940 où il a acquis la nationalité américaine (tout en gardant sa citoyenneté française).

Livres

Une ville, un livre: «La petite Russie» l’emporte

La bande dessinée «La petite Russie» sera à l’honneur à l’occasion de la seconde édition de l’événement littéraire Une ville, un livre.

L’œuvre de Francis Desharnais, qui a été choisie parmi trois autres candidats, s’inscrit dans une initiative visant à encourager le public de Québec à lire un même livre et à en discuter afin de s’ouvrir à la littérature d’ici. L’auteur, résident de Limoilou, s’est inspiré du livre de son grand-père pour raconter son récit se déroulant à l’époque de la colonisation de l’Abitibi, dans un village baptisé «la petite Russie». 

Le livre a été choisi «pour ses qualités littéraires, son potentiel à rejoindre un large lectorat et l’universalité des thèmes qu’il aborde — attraits que son succès au vote populaire vient confirmer», indique-t-on dans un communiqué. 

Les autres finalistes pour cette seconde édition étaient Shuni de Naomi Fontaine, Saint-Jambe d’Alice Guéricolas-Gagné et Françoise en dernier de Daniel Grenier. 

L’an dernier, Marie-Renée Lavoie l’avait emporté avec son roman Les chars meurent aussi. 

Plusieurs activités reliées au livre récipiendaire auront lieu au cours du mois de mars. 

La programmation d’Une ville, un livre sera dévoilée le 2 mars sur le site www.unevilleunlivre.ca  

Livres

Vanessa Springora entendue dans l’affaire Matzneff

PARIS — L’éditrice française Vanessa Springora qui a dénoncé dans un livre sa relation sous emprise quand elle était mineure avec l’écrivain Gabriel Matzneff, était entendue mercredi par les enquêteurs à Paris, a-t-on appris de sources proche de l’enquête et judiciaire, confirmant une information du «Parisien».

L’éditrice de 47 ans, qui n’a jusqu’ici pas souhaité porter plainte, était auditionnée par les policiers de l’Office central de répression des violences faites aux personnes (OCRVP), chargés de l’enquête visant l’écrivain, aujourd’hui âgé de 83 ans.

Vanessa Springora a publié début janvier un roman autobiographique, Le Consentement, où elle décrit comment elle a été séduite par Gabriel Matzneff alors qu’elle n’avait pas encore 14 ans, dans les années 80. Le 3 janvier, le lendemain de la parution du livre, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour «viols commis sur mineur» de moins de 15 ans.

L’ouvrage de Vanessa Springora décrit aussi un homme au comportement de prédateur, faisant du tourisme sexuel en Asie.

«Au-delà des faits décrits par Vanessa Springora», manifestement prescrits la concernant, l’enquête doit s’attacher «à identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l’étranger», avait indiqué le 3 janvier le procureur de Paris Rémy Heitz.

Vanessa Springora est la première à témoigner parmi les adolescentes séduites par Gabriel Matzneff, dont le comportement, décrit dans ses propres livres, a longtemps été toléré dans le monde littéraire parisien. En 2013, il avait obtenu le prix Renaudot essai.

Dans une entrevue à BFMTV diffusée mercredi, Gabriel Matzneff a affirmé «regretter» ses pratiques pédophiles passées en Asie, tout en faisant valoir qu’«à l’époque», «jamais personne ne parlait de crime».

«C’était il y a plus de 40 ans. [...] Vous étiez là comme voyageur et vous aviez des garçons et des filles jeunes qui vous draguaient et vous sautaient dessus, sous l’œil bienveillant de la police», a-t-il dit dans cet entretien accordé en Italie, où il se trouve depuis que l’affaire a éclaté.

L’écrivain a dit ne pas avoir «envie de lire» le livre de Vanessa Springora. Il avait estimé début janvier dans une lettre ne pas mériter «l’affreux portrait» publié par l’éditrice.  

Livres

Bande dessinée: à Angoulême s’ouvre une année du 9e art

ANGOULÊME — Grand rendez-vous annuel des amoureux du 9e art, le Festival d’Angoulême signe, à partir de jeudi, le lancement officiel de l’année de la BD en France, marquée toutefois par l’inquiétude de dessinateurs et scénaristes peinant à vivre de leurs planches.

Le président Emmanuel Macron est attendu jeudi et a prévu de déjeuner avec des auteurs. La dernière visite d’un chef d’État au festival d’Angoulême remonte à 1985, avec François Mitterrand.

Mais la profession n’est pas au mieux de sa forme et plusieurs organisations professionnelles dont le Syndicat des auteurs ont invité les auteurs présents à Angoulême à «poser leurs crayons» vendredi.

Pour tenter d’apaiser une inquiétude qui pourrait se transformer en colère, le ministère de la Culture vient de rendre public un rapport commandé il y a un an. Constatant que «l’État ne peut assister sans réagir à la paupérisation des artistes auteurs», le rapport liste 23 recommandations visant à améliorer et clarifier la situation désastreuse des auteurs de BD alors que, paradoxalement, le secteur se porte bien.

Son chiffre d’affaires a en effet été de 276,2 millions d’euros en 2018, avec près de 44 millions d’albums vendus.

53 % des auteurs de BD vivent avec moins que le salaire minimum légal d’environ 1200 euros. Plus d’un tiers vivent sous le seuil de pauvreté. Les femmes sont encore plus mal loties : 50 % des autrices vivent sous le seuil de pauvreté. L’accès des auteurs aux droits sociaux n’est pas toujours garanti.

Du concret

Franck Riester fera connaître les propositions qu’il retient du rapport lors de la première quinzaine de février.

«Ce rapport est un vrai changement de paradigme», s’est félicitée la Ligue des auteurs professionnels qui rassemble notamment de nombreux auteurs de BD. «Il va falloir maintenant que ce rapport soit suivi de faits, de concret», a ajouté l’association.

Le SNE, syndicat professionnel des éditeurs, n’a pas commenté le rapport.

Quelque 2000 auteurs et autrices sont attendus à Angoulême jusqu’au 2 février. De nombreuses expositions dont, pour la première fois en France, une rétrospective consacrée à l’Américain Robert Kirkman, créateur de la série Walking Dead, seront présentées au public. Première dessinatrice de BD nommée à l’Académie des Beaux-Arts, Catherine Meurisse (par ailleurs en lice pour le Grand prix d’Angoulême) aura également droit à une grande exposition.

Livres

Margaret Atwood offrira un recueil de poésie

TORONTO — L’écrivaine canadienne Margaret Atwood retrouve ses racines littéraires avec un premier recueil de poésie en plus d’une décennie.

La maison d’édition McClelland & Stewart a annoncé lundi que le nouveau recueil de Margaret Atwood, Dearly, sera publié à l’automne.

Livres

Nouveau Joël Dicker en mars

PARIS — L’auteur suisse de best-sellers Joël Dicker a annoncé sur son compte Instagram la parution en mars de son nouveau roman, «L’énigme de la chambre 622».

Le livre, publié par les éditions De Fallois, sera mis en vente en Suisse le 17 mars puis en France le 25 mars, a précisé l’écrivain âgé de 34 ans en présentant également son programme de dédicaces en Suisse, France et Belgique de mars à juin.

Une Suisse pas si tranquille

L’auteur de La vérité sur Harry Québert, récompensé par le Grand prix du roman de l’Académie française et le Goncourt des lycéens, Le livre des Baltimore et de La disparition de Stéphanie Mailer est un des auteurs francophones les plus lus.

Selon son éditeur, l’intrigue du roman se déroule en Suisse. Une nuit de décembre, un meurtre a lieu au Palace de Verbier, dans les Alpes suisses. L’enquête de police n’aboutira jamais. Des années plus tard, au début de l’été 2018, lorsqu’un écrivain se rend dans ce même hôtel pour y passer des vacances, il est loin d’imaginer qu’il va se retrouver plongé dans cette affaire... C’est une Suisse «pas si tranquille que ça» que vont découvrir les lecteurs.

Selon des données de GfK pour le magazine professionnel Livres Hebdo, La disparition de Stéphanie Mailer (2018) s’est vendu à plus de 700 000 exemplaires, tous formats confondus.

La vérité sur Harry Québert (2012) s’est écoulé en grand format et en poche à près de 2 millions d’exemplaires et a été adapté en série télévisée par Jean-Jacques Annaud en 2018. Le livre des Baltimore (2015) a été vendu à près de 900 000 exemplaires.

Livres

Un autre éditeur arrête la commercialisation d’un livre de Matzneff

La maison d’édition française Stock a annoncé jeudi l’arrêt de la commercialisation du livre «Un diable dans le bénitier» de Gabriel Matzneff, sulfureux auteur à succès français rattrapé à 83 ans par un scandale de pédophilie.

Stock est le quatrième éditeur après Gallimard, La Table ronde et Léo Scheer à cesser la commercialisation d’ouvrages de l’écrivain sous le coup d’une enquête préliminaire en France pour viols sur mineurs de moins de 15 ans.

Publié en 2017, Un diable dans le bénitier est un recueil rassemblant des chroniques publiées sous ce titre dans l’hebdomadaire Le Point par l’écrivain. Le directeur du Point a annoncé dimanche que l’écrivain avait décidé de cesser sa collaboration au magazine.

«Il nous a écrit le 8 décembre pour dire qu’il arrêtait. C’est lui qui l’a décidé, il savait probablement que le livre de Vanessa Springora allait sortir donc il nous a envoyé ce courrier», a indiqué Étienne Gernelle sur la radio France Culture.

Mardi, les éditions Gallimard avaient décidé d’interrompre la vente du journal de l’auteur, publié depuis trente ans par cette maison. Une première, suivie par les éditions de La Table ronde. Cette maison avait publié cinq volumes du journal de Gabriel Matzneff, entre 1979 et 1992.

Mercredi, les éditions Léo Scheer avaient également annoncé la fin de la commercialisation du volume du journal de l’auteur, Les Carnets noirs 2007-2008, et de l’ouvrage Les moins de 16 ans qui évoquent les pratiques pédophiles de l’écrivain.

L’attirance revendiquée de Gabriel Matzneff pour les « moins de 16 ans » et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, qu’il a racontée dans de nombreux ouvrages, a pendant longtemps été tolérée dans le monde littéraire parisien. Il a ainsi été distingué en 2013 par le prix Renaudot essai.

La justice française a ouvert une enquête préliminaire pour viols sur mineurs de moins de 15 ans à l’encontre de l’écrivain au lendemain de la parution du livre Le consentement de l’éditrice française Vanessa Springora.

Dans cet ouvrage, cette femme de 47 ans raconte comment elle a été séduite par Gabriel Matzneff à l’âge de 13 ans, la relation sous emprise qu’elle a eue ensuite avec lui et les blessures que cela a infligé à sa vie.

Le consentement est le 10e livre le plus vendu en France, selon des données à paraître vendredi dans Livres Hebdo.

Livres

Gallimard retire de la vente le journal de Matzneff évoquant ses pratiques pédophiles

PARIS — L’éditeur Gallimard a décidé de ne plus vendre le journal de l’écrivain français Gabriel Matzneff qu’il publiait depuis 30 ans, suite au succès en librairie du témoignage de Vanessa Springora qui jette une lumière crue sur les pratiques pédophiles de l’écrivain.

Les éditions de La Table Ronde (groupe Madrigall, contrôlé par Antoine Gallimard), qui ont publié cinq volumes entre 1979 et 1992 du journal dans lequel l’écrivain évoque notamment ses relations sexuelles avec des enfants et des adolescents, ont également cessé la commercialisation de ces livres.

«La souffrance exprimée par Madame Vanessa Springora dans +Le Consentement+ fait entendre une parole dont la force justifie cette mesure exceptionnelle», affirme mardi dans un communiqué la maison d’édition française.

Les exemplaires encore présents en librairie, dont le dernier volume «L’Amante de l’Arsenal» sorti mi-novembre, vont ainsi être rappelés. Il s’en était vendu seulement «quelques centaines d’exemplaires», a précisé l’éditeur.

Depuis le début de l’affaire, le dernier volet du journal de l’écrivain s’est néanmoins arraché dans les librairies. Il se classait ainsi mardi à la 3e place dans la catégorie biographies chez Amazon.

C’est la première fois que Gallimard prend une telle mesure, a indiqué à l’AFP la maison d’édition.

L’écrivain de 83 ans est visé depuis vendredi par une enquête pour «viol sur mineur» de moins de 15 ans, ouverte 24 heures après la sortie du livre de Vanessa Springora, directrice des éditions Julliard.

Dans «Le Consentement» publié chez Grasset, cette femme de 47 ans raconte comment elle a été séduite par Gabriel Matzneff à l’âge de 13 ans, la relation sous emprise qu’elle a eue ensuite avec lui et les blessures que cela a laissées dans sa vie.

«À 14 ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposé vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter», raconte Vanessa Springora dans son livre, qui s’est hissé dans le top 5 des ventes physiques et numériques sur Amazon France.

Elle décrit aussi un homme au comportement de prédateur, faisant du tourisme sexuel en Asie, ce dont il rend compte dans ses propres ouvrages.

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Mauvaise passe pour le dessin de presse

PARIS — Cinq ans après la tuerie à «Charlie Hebdo» en France et malgré la vague de soutien à la liberté d’expression qui s’en est suivie, le dessin de presse reste un genre menacé dans le monde, entre des journaux de plus en plus frileux et des réseaux sociaux prompts à l’indignation.

«Partout, un vent mauvais souffle sur la satire et le dessin de presse en général, et 2019 aura été une année noire dans ce domaine», déplorent Claire Carrard, directrice de la rédaction de Courrier international, et Kak, président de l’association Cartooning for Peace.

Le coup de tonnerre de 2019 est venu du prestigieux New York Times, qui a décidé en juin d’arrêter toute publication de dessins de presse dans les pages de son édition internationale, après une polémique liée à une caricature jugée antisémite.

Bien qu’il n’en soit pas l’auteur, le dessinateur historique du journal, le Suisse Patrick Chappatte, se retrouve sur la touche.

«Nous vivons dans un monde où la horde moralisatrice se rassemble sur les médias sociaux et s’abat comme un orage subit sur les rédactions. Cela oblige les éditeurs à prendre des contre-mesures immédiates, paralyse toute réflexion, bloque toute discussion», déplore-t-il dans une longue tribune.

Au sein de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, où la publication de caricatures a été payée au prix fort il y a cinq ans avec une attaque qui a fait 12 morts, on se demande si «le dessin satirique est une forme de la liberté d’expression en voie de disparition», dans un récent hors série Caricature, mode d’emploi.

«On a l’impression que le dessin est de moins en moins toléré, que c’est une forme d’expression qui même au sein des médias est encombrante. Un peu trop atypique, un peu trop libre...» explique à l’AFP le directeur de rédaction Riss. «Même dans les grands journaux, les dessins deviennent extrêmement consensuels, il n’y a pas beaucoup de prise de risque éditoriale.»

L’hebdomadaire était devenu la cible des islamistes après avoir publié plusieurs caricatures de Mahomet, en 2012, 2011 et en 2006, où il reproduit, comme plusieurs journaux européens, celles du quotidien danois Jyllands-Posten.

Les republierait-il aujourd’hui? «On pourrait le faire, mais quel sens ça aurait?» se demande Riss.

«Aujourd’hui, la notion de blasphème a dépassé le cadre des simples caricatures. Beaucoup de choses sont ressenties comme du blasphème ou de l’agression», juge celui qui doit régulièrement défendre l’esprit satirique du journal, comme en décembre face à l’armée française après des dessins sur la mort de 13 militaires au Mali.

Comme plusieurs confrères, il pointe le rôle amplificateur des réseaux sociaux.

«La pression des réseaux intimide les médias traditionnels. (...) C’est la panique. Ce qu’on oublie, c’est que Twitter n’est pas notre lectorat. C’est un amplificateur de colère», analyse Patrick Chappatte dans Courrier International.

Censure 

«La survie économique reste un problème, et les hordes numériques qui manipulent le politiquement correct pour faire triompher leur intolérance et leur fermeture d’esprit représentent aussi un danger contre lequel il faut lutter», abonde son confrère du Nicaragua Pedro Molina, aujourd’hui en exil.

Genre prisé aux XIXe et XXe siècle, la caricature pâtirait en outre d’une image vieillotte.

«Quand on dit que c’est un genre en désuétude, c’est comme si on disait que la liberté d’expression est un genre en désuétude», rétorque Juin, jeune dessinateur chez Charlie Hebdo, rappelant que «c’est un genre qui a toujours été menacé», notamment par la censure politique au siècle dernier.

Une censure qui persiste aujourd’hui dans de nombreux pays, où des dessinateurs sont menacés, licenciés, poursuivis en justice voire emprisonnés.

Cartooning for Peace, avec l’appui d’organisations comme Human Rights Watch ou Reporters sans frontières, milite pour la reconnaissance du dessin de presse comme un droit fondamental par l’UNESCO.

Riss n’est pas convaincu par la démarche : «Je pense que la liberté d’expression est déjà une valeur fondamentale suffisante.»

«Ce genre a de l’avenir si les dessinateurs ont le courage de donner à leur dessin de la force. Si c’est juste pour faire des dessins gentils qui ne dérangent personne, autant ne rien dessiner du tout», tranche le directeur de Charlie.

Livres

Affaire Matzneff: l’affrontement de deux époques

PARIS — Il y a ceux qui découvrent les faits, abasourdis, et ceux qui savaient sans trop voir le mal: les révélations, à paraître jeudi, d’une éditrice séduite, adolescente, par l’écrivain Gabriel Matzneff font s’entrechoquer, en France, deux époques et deux regards sur la pédophilie.

Le goût autoproclamé de l’écrivain âgé de 83 ans pour les «moins de 16 ans» et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie avait jusqu’ici très peu fait ciller. La sortie du livre Consentement de Vanessa Springora, 47 ans, est en train de changer la donne.

L’écrivaine et éditrice y raconte comment elle a été séduite, à 14 ans, par le presque quinquagénaire, au milieu des années 1980, et le poids de cette histoire sur sa vie, ponctuée de dépressions.

Pour sa part, Gabriel Matzneff a défendu dimanche «la beauté de l’amour que nous vécûmes Vanessa» et lui-même, et dénoncé «de si injustes et excessives attaques».

La veille, le ministre de la Culture Franck Riester avait rappelé que «l’aura littéraire [n’était] pas une garantie d’impunité», en apportant son «soutien» à «toutes les victimes» de l’écrivain.

Autre signe de cette bascule: une séquence où Bernard Pivot, célèbre animateur d’émissions culturelles et littéraires, reçoit en entrevue Gabriel Matzneff, est devenue virale (près de 900 000 vues) et fait scandale, près de 30 ans après sa diffusion. Il y est interrogé de manière badine sur ses conquêtes sexuelles. À l’exception de l’écrivaine québécoise Denise Bombardier, lui lançant qu’il aurait «des comptes à rendre à la justice», personne ne réagit.

Tentant de se défendre, Bernard Pivot a plaidé le principe du «autre temps, autres moeurs», affirmant que dans «les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale».

«Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque», a-t-il ajouté, provoquant une vague d’indignation.

«Un peu honte» 

«J’ai l’âge d’avoir connu une époque où se disait ce genre de choses à la télévision. Matzneff, Gide, on se foutait de leur gueule, mais on n’était pas plus révolté que ça. Des pédophiles assumés. J’ai un peu honte. Même plus que ça», a concédé Bruno Gaccio, humoriste, scénariste et producteur de télévision.

Avant d’être unanimement condamnée, la pédophilie a été tolérée — voire plus — dans les années 1970 par des intellectuels invoquant la liberté sexuelle et l’héritage de Mai 68 avec son slogan «il est interdit d’interdire».

Des pétitions ont été signées comme une, en 1977, relayée par le quotidien Libération, pour défendre trois hommes poursuivis pour des agressions sexuelles sur des enfants de 12-13 ans. Parmi les signataires figuraient les anciens ministres Jack Lang et Bernard Kouchner, un des célèbres «French doctors».

Cette tolérance s’est poursuivie dans les années 1980 avant que le vent ne tourne dans les années 1990, menant à la condamnation unanime de la pédophilie et au mea culpa des journaux l’ayant défendue.

Un retournement lié à l’émergence de témoignages de victimes et à la multiplication des associations de défense des enfants, souligne Pierre Verdrager, auteur d’un livre sur «comment la pédophilie est devenue scandaleuse». «On commence à prendre conscience que cette libération des corps peut poser des problèmes quand elle concerne la sexualité des enfants avec les adultes», affirme le sociologue.

Jamais condamné 

Néanmoins, «la liberté d’expression est importante. Je rappelle que Matzneff n’a pas été condamné», estime Étienne Gernelle, le directeur de l’hebdomadaire Le Point, où l’écrivain tient une chronique.

«Les mêmes journaux qui, il y a 30 ans, disaient que l’amour avec les enfants c’est bien, au nom d’une morale soixante-huitarde, voudraient virer ces mêmes gens», souligne-t-il.

Et de dénoncer un climat où certains appellent à rayer de la carte les artistes mis en cause dans des affaires de violences sexuelles.

Ce phénomène, baptisé «cancel culture» dans le monde anglo-saxon, concerne autant le réalisateur Roman Polanski, visé par une nouvelle accusation de viol, juste avant la sortie de son dernier film à l’automne, que le peintre Gauguin (1848-1903), en raison de ses relations sexuelles avec des adolescentes tahitiennes.

Pour Pierre Verdrager, la parution du livre de Vanessa Springora marque «une étape importante», «car c’est avec la prise de parole des victimes que la question pédophile a évolué».

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Affaire Matzneff: Denise Bombardier salue le courage de l’éditrice Vanessa Springora

MONTRÉAL — La romancière québécoise Denise Bombardier, qui avait fustigé dès 1990 l’attirance sexuelle de Gabriel Matzneff pour les jeunes adolescents, a salué le livre «courageux» et «remarquable» de l’éditrice Vanessa Springora sur ses relations passées avec l’écrivain.

«C’est un livre remarquable, courageux, d’une écriture chirurgicale», commente-t-elle pour l’AFP.

Dans ce roman autobiographique, Consentement, Vanessa Springora décrit comment elle a été séduite par Gabriel Matzneff, presque quinquagénaire, alors qu’elle n’avait même pas 14 ans.

«Elle raconte comment il l’a sodomisée, la première fois elle avait 13 ans et demi, elle croyait qu’il l’aimait, ensuite sa vie a été un enfer», relève Mme Bombardier. La propre mère de l’adolescente «savait qu’il était pédophile» et le recevait malgré tout «parce qu’il était un des bonzes de la littérature française».

Depuis plusieurs jours circule sur les réseaux sociaux une vidéo où Bernard Pivot interroge sur un ton badin l’écrivain, dans son émission Apostrophes en mars 1990, sur son attirance sexuelle pour les «moins de 16 ans».

Seule invitée à réagir, Denise Bombardier marque les esprits en jugeant que Gabriel Matzneff aurait «des comptes à rendre à la justice» s’il n’avait pas une telle «aura littéraire».

Denise Bombardier a expliqué, lors d’une série d’entrevues, avoir reçu un courriel de Vanessa Springora la remerciant d’avoir été la seule à dénoncer publiquement les agissements de Gabriel Matzneff.

«Vanessa dit que [mon intervention] lui a donné la force, au bout de 30 ans, d’écrire et de se décider à parler», explique-t-elle.

«J’ai fait ce que j’avais à faire», note-t-elle, rappelant que cette intervention lui a valu de nombreuses critiques à l’époque au sein du milieu littéraire parisien. «Dans ce monde-là, ils parlaient de moi comme la mal-baisée», rappelle l’auteure québécoise à l’AFP. «Je n’ai plus jamais eu de critique dans le Monde».

«Il y a encore quelques jours [l’ancienne directrice des pages littéraires du Monde] Josyane Savigneau a soutenu Matzneff et dit que j’étais une purge, l’écrivain Frédéric Beigbeder a dit qu’il resterait son ami : ces gens-là appartiennent à une caste complètement à part», regrette-t-elle.

«Ce qui me réjouit, c’est de voir comment les jeunes générations sont scandalisées de se rendre compte que c’était comme ça en France», ajoute-t-elle. «On pensait que #MeeToo était un phénomène nord-américain, en France ça marche aussi», se félicite-t-elle.

Livres

Suicide de l’écrivain norvégien Ari Behn, ex-mari d’une princesse

STOCKHOLM — L’écrivain norvégien Ari Behn, ex-époux de la princesse Martha Louise de Norvège, est décédé mercredi à l’âge de 47 ans, a indiqué son agent à l’AFP, précisant qu’il s’était suicidé.

«Il a mis fin à ses jours aujourd’hui», a écrit Geir Hakonsund dans un courriel à l’AFP.

Ari Behn avait publié en 1999 son premier livre, un recueil de nouvelles intitulée Trist som faen (Triste comme l’enfer). Il est l’auteur de plusieurs romans et pièces de théâtre.

Il est devenu célèbre en 2002 après avoir épousé la princesse Martha Louise, et les deux époux ont écrit ensemble un livre sur leur mariage intitulé Fra hjerte til hjerte (Coeur à coeur).

Ils ont eu trois filles avant d’annoncer leur divorce en août 2016.

Ari Behn a publié en 2018 son dernier livre, «Inferno», où il relate sa lutte contre des troubles mentaux.

Livres

Un #moiaussi dans le monde des Lettres en France?

PARIS — Pavé dans la mer d’huile des lettres françaises : l’éditrice Vanessa Springora décrit dans un roman autobiographique sa relation sous emprise à 14 ans avec le sulfureux écrivain Gabriel Matzneff, connu pour son attirance pour «les moins de 16 ans».

Le goût proclamé de l’auteur, aujourd’hui âgé de 83 ans, pour les jeunes filles et les jeunes garçons est au cœur de son oeuvre et n’a jamais fait ciller le monde de l’édition. Et jamais l’un des adolescents séduits n’avait pris la parole.

Jusqu’à aujourd’hui : Vanessa Springora, la nouvelle directrice des éditions Julliard, raconte sur 200 pages comment elle a été séduite adolescente par l’auteur, alors presque quinquagénaire (elle le nomme G.).

Paru le 2 janvier, Le consentement (Grasset) sort dans un contexte de dénonciation des violences sexuelles en France, après une nouvelle accusation de viol visant le réalisateur franco-polonais Roman Polanski et celles d’agressions et de harcèlement sexuels de l’actrice Adèle Haenel envers le cinéaste Christophe Ruggia.

Sans acrimonie ni victimisation, Vanessa Springora évoque l’ambivalence d’une époque où la libération sexuelle flirtait avec la défense de la pédophilie, la fascination exercée par l’écrivain sur le milieu littéraire, ses proches et elle-même, puis le poids de cette histoire sur sa vie, ponctuée de dépressions.

Et de décrire une emprise qui se poursuit sur le terrain littéraire : l’écrivain écrit beaucoup et couche sur le papier ses conquêtes et aventures sexuelles, y compris avec des garçonnets au cours de voyages en Asie.

«Comme si son passage dans mon existence ne m’avait pas suffisamment dévastée, il faut maintenant qu’il documente, qu’il falsifie, qu’il enregistre et qu’il grave pour toujours ses méfaits», écrit Vanessa Springora, qui signe là son premier livre.

Époque révolue?

La sortie de l’ouvrage relance le débat entre défenseurs de l’écrivain, dénonçant une forme de puritanisme voire un procès fait à une époque révolue, et ceux défendant les victimes de violences sexuelles. Et remet un coup de projecteur sur la notion de consentement sexuel.

«Comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant? Quand on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime», écrit-elle.

«C’est vrai. Les ados sont en demande de tester leur pouvoir de séduction, qu’on leur dise qu’ils sont sexy ou beaux. Et c’est votre putain de rôle d’adulte de leur mettre des limites immédiates», a réagi sur Twitter la féministe Valérie Rey-Robert, auteure d’un livre sur «la culture du viol à la française».

Aux antipodes, Josyane Savigneau, membre du jury Femina et ancienne patronne du Monde des Livres, a évoqué une «chasse aux sorcières» en mettant en ligne le long article du Monde sur Matzneff publié cette semaine, pour lequel elle a refusé de répondre.

Apostrophé par Denise bombardier

Lauréat du prix Renaudot essai 2013, l’écrivain a longtemps été une figure prisée du milieu littéraire, invité à la télévision pour s’épancher, sans trop choquer, sur ses attirances sexuelles, comme l’illustre une séquence de l’émission littéraire Apostrophes avec Bernard Pivot, très partagée sur les réseaux sociaux.

Il y est interrogé sur ses attirances. Seule la romancière canadienne Denise Bombardier intervient, le comparant à ces «vieux messieurs» qui attirent les enfants avec des bonbons.

Gabriel Matzneff, encore chroniqueur aujourd’hui au Point sur la spiritualité et les religions, n’a jamais été condamné par la justice, rappelle Le Monde, évoquant un «malaise» dans le milieu littéraire.

L’âge de la majorité sexuelle est fixé à 15 ans en France. En ­dessous, toute relation sexuelle avec un majeur équivaut à une «atteinte sexuelle» (à ne pas confondre avec agression sexuelle ou viol).

Dans sa loi contre les violences sexuelles d’août 2018, le gouvernement a renoncé à instaurer un âge minimal de consentement à un acte sexuel, promis à 15 ans, décevant très fortement les associations. Dans deux affaires ces dernières années, des fillettes de 11 ans avaient été considérées comme consentantes par la justice, provoquant un vif émoi.

«J’espère apporter une petite pierre à l’édifice qu’on est en train de construire autour des questions de domination et de consentement, toujours liées à la notion de pouvoir», explique dans l’Obs Vanessa Springora, qui précise avoir commencé à écrire son livre «bien avant l’affaire Weinstein» fin 2017.

Sollicité par l’entremise de son éditeur, Gabriel Matzneff n’a pas souhaité répondre à l’AFP. Dans un message à l’Obs, il fait part jeudi de sa «tristesse» au sujet d’un «ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à [lui] nuire».

Livres

Les disparus de 2019: littérature

Tout comme en 2018, 2019 a été marquée par la perte de plusieurs grands noms de la colonie artistique. Voici quelques-uns de ceux à qui nous avons dit au revoir au cours des derniers mois, mais qui resteront bien vivants à travers leurs œuvres.

Yves Préfontaine (31 mars, 82 ans)

Livres

Nos personnalités de l'année: Christiane Vadnais

L’auteure de «Faunes», un livre à la prose luxuriante où d’inquiétantes et fabuleuses mutations sont à l’oeuvre, a eu une année marquée par les prix. Christiane Vadnais a brillé pour sa plume, mais aussi pour ses implications diverses qui permettent de faire rayonner la littérature et Québec comme ville littéraire de l’UNESCO. La jeune trentenaire poursuit sur sa lancée, avec un nouveau roman et une création numérique en chantier.

Q Ton meilleur souvenir de 2019?

Livres

Nobel: plus d’un million de livres d’Olga Tokarczuk vendus en Pologne

VARSOVIE — Les livres de la Polonaise Olga Tokarczuk se sont vendus à un million d’exemplaires dans son pays depuis que l’Académie suédoise a décidé en octobre de lui décerner le prix Nobel de littérature, a indiqué mercredi l’éditeur polonais de l’écrivaine.

«Avant l’annonce de la décision de l’Académie suédoise les ventes des livres d’Olga Tokarczuk étaient estimées à environ un million d’exemplaires, au total. Depuis le 10 octobre, nous avons doublé ce résultat en introduisant sur le marché un million d’exemplaires supplémentaires», a déclaré Marcin Baniak, chef de la promotion de la maison Wydawnictwo Literackie, cité par le quotidien Rzeczpospolita. 

«L’intérêt [pour ses livres] est donc énorme», dans ce pays de 38 millions d’habitants, a-t-il ajouté. Olga Tokarczuk, 57 ans, a été récompensée par l’académie pour «une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, symbolise le dépassement des frontières comme forme de vie». 

Engagée à gauche, pro-­Européenne, écologiste et végétarienne, régulièrement boudée et critiquée par les conservateurs nationalistes au pouvoir en Pologne, Olga Tokarczuk est la quinzième femme à recevoir la prestigieuse récompense depuis sa création en 1901.

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Envers et contre tous, Handke reçoit le Nobel de littérature

STOCKHOLM — Peter Handke a reçu le prix Nobel de littérature mardi à Stockholm, où manifestants et personnalités ont dénoncé les positions pro-serbes et le révisionnisme de l’écrivain autrichien sur les guerres de l’ex-Yougoslavie dans les années 90.

En décidant en octobre de décerner le Nobel de littérature 2019 au romancier, l’Académie suédoise a suscité une vague d’indignation dans les Balkans et le monde en raison du soutien de l’intéressé à l’ex-homme fort de Belgrade, Slobodan Milosevic. Jusqu’au président turc Recep Tayyip Erdogan, qui s’est dit révulsé par ce Nobel. «Remettre le prix Nobel de littérature pendant la Journée des droits de l’homme à un personnage qui nie le génocide en Bosnie-Herzégovine revient à récompenser des violations des droits de l’homme», a-t-il déclaré.

Livres

Nobel de littérature: Peter Handke rattrapé par la polémique

STOCKHOLM — «J’aime la littérature, pas les opinions»: à Stockholm où il doit recevoir le prix Nobel, Peter Handke a été rattrapé par la polémique sur ses positions pro-Serbes pendant les guerres dans l’ex-Yougoslavie.

Lors de la traditionnelle conférence de presse des lauréats du prix de littérature avant les cérémonies du 10 décembre, l’écrivain autrichien s’est montré très agacé par la controverse, refusant de répondre sur le fond aux questions des médias.

«J’aime la littérature, pas les opinions», a-t-il dit à une journaliste qui lui demandait s’il avait changé d’opinion sur ce qui s’était passé dans les Balkans dans les années 1990. «J’abhorre les opinions», a-t-il insisté.

En anglais et dans une élocution heurtée, il a assuré avoir vainement tenté à plusieurs reprises de nouer un dialogue avec ses détracteurs et assuré vouloir faire un geste de «réconciliation».

«J’ai demandé à un ami en Bosnie-Herzégovine comment y parvenir, mais il m’a dit que pour le moment ce n’était pas possible. Je voulais rencontrer (...) deux mères seules ayant perdu leurs enfants à la guerre, une côté serbe, l’autre côté musulman, mais ce n’est pas possible», a-t-il déclaré.

Un journaliste du site d’investigation The Intercept lui a ensuite demandé pourquoi dans ses livres il ne prenait pas acte des travaux du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) qui a reconnu le génocide de Srebrenica pour lequel Ratko Mladic, chef militaire des Serbes de Bosnie, et Radovan Karadzic, son équivalent politique, ont été condamnés.

«Poursuivez vos questions, j’aime vos questions», a ironisé Peter Handke, avant de lire une lettre hostile qui lui a été récemment envoyée avec du papier hygiénique. «Je préfère une lettre anonyme avec du papier toilette à vos questions vides et ignorantes», a-t-il lancé, précisant qu’il avait également reçu de nombreux courriers de soutien.

La conférence de presse avait pourtant bien commencé, un choeur joyeux dans l’assistance ayant entonné un «Happy birthday» en l’honneur de l’écrivain nobélisé qui fêtait ses 77 ans ce vendredi.

En 1996, un an après la fin des conflits en Bosnie et en Croatie, Peter Handke avait publié un pamphlet, «Justice pour la Serbie», qui avait suscité la polémique.

L’auteur, qui réside près de Paris, avait condamné en 1999 les bombardements occidentaux sur la Serbie, menés pour forcer Slobodan Milosevic, homme fort de Belgrade durant toute cette période, à retirer ses troupes du Kosovo.

Et il s’était rendu en 2006 aux funérailles de Milosevic, décédé avant d’entendre son verdict pour crimes de guerre devant la justice internationale.

Tempête à l’Académie

Depuis l’annonce du prix début octobre, l’Académie suédoise qui décerne le Nobel est elle également au coeur de la tempête.

Vendredi, quelques heures avant la conférence de presse de Peter Handke, un éminent académicien, Peter Englund, a fait savoir qu’il n’assisterait pas à la cérémonie de remise du prix.

«Je ne participerai pas à la semaine Nobel cette année. Célébrer le prix Nobel de Peter Handke serait pure hypocrisie de ma part», a écrit Peter Englund, historien et écrivain, au quotidien Dagens Nyheter,

Secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise entre 2009 et 2015, Peter Englund a couvert les conflits des années 1990 dans les Balkans pour des journaux suédois.

Deux membres (non académiciens) du comité Nobel ont par ailleurs annoncé lundi leur démission.

Kristoffer Leandoer a indiqué qu’il n’avait pas «la patience» de suivre les réformes internes lancées par l’académie après le scandale d’agressions sexuelles qui l’a faite imploser en 2017.

Gun-Britt Sundström a pour sa part invoqué, entre autres motifs, l’attribution du Nobel à Peter Handke.

Alors qu’elle se dit «heureuse» d’avoir participé à la désignation de la poétesse polonaise Olga Tokarczuk pour le prix 2018, elle se dit en revanche opposée au sacre de l’écrivain autrichien pour l’édition 2019.

«Le choix du lauréat 2019 ne s’est pas limité à récompenser une oeuvre littéraire mais a également été interprété, tant au sein qu’en dehors de l’académie, comme une prise de position qui place la littérature au-dessus de la “politique ”», a-t-elle écrit au journal Dagens Nyheter.

«Cette idéologie n’est pas la mienne», a-t-elle ajouté.

Livres

Jean-Jacques Pelletier, devin malgré lui

Un ami lui a déjà dit qu’il écrivait de la «science-fiction sur un horizon de deux ans». Jean-Jacques Pelletier a souvent l’air d’un devin, un peu malgré lui. C’est que l’auteur de polars, «drogué à l’actualité» de son propre aveu, a les antennes bien branchées sur la société qui l’entoure.

«C’est un de mes problèmes, confirme le principal intéressé, sourire en coin. Avant, j’écrivais des choses qui finissaient par se passer. Et là, on dirait que le monde est en train de me rattraper.» Quand il a commencé la rédaction de son nouveau roman, On tue..., il y a quatre ans, son sujet était déjà dans l’air du temps, mais aujourd’hui, on est pas mal dedans, admet-il. «D’une certaine façon, les artistes sont des détecteurs de bullshit, pense-t-il. Certaines choses les font réagir plus fortement. C’est normal que les choses les plus marquantes dans une société soient celles qui se retrouvent dans les œuvres des artistes.»

C’est que dans ce nouvel opus, publié aux Éditions Alire, l’inspecteur Henri Dufaux fait face à une série de crimes étranges, dont le tout premier est la découverte de plusieurs corps dans ce qui ressemble à première vue à un foyer clandestin pour personnes âgées. Les victimes, attachées par le cou, portent des marques de sévices et de maltraitance sévère. Puis, un équarrisseur est retrouvé pendu par les pieds, éviscéré comme un cochon, en plein milieu d’un entrepôt de boucherie. Pendant ce temps, le premier ministre reçoit des lettres privées l’intimant de promulguer des lois draconiennes en environnement. Apparaissent rapidement dans la mire de Dufaux différents suspects : le crime organisé, un tueur en série… et un groupe «de sauveurs autoproclamés de la planète, les Ultravéganes». Il doit cette fois naviguer avec une équipe décimée, à travers un dossier qui deviendra rapidement politique et délicat.

Vue plus large

Dans son dernier livre de la même série, Deux balles, un sourire, Jean-Jacques Pelletier s’attardait déjà au phénomène de l’écoterrorisme. Cette fois, la vue est plus large, précise-t-il, et réserve des surprises en bout de piste. «Je pense que des groupes écologistes violents, ça risque d’arriver, parce qu’à un moment donné, il y a des gens qui vont se tanner qu’il ne se passe rien», analyse l’écrivain. Est-ce que la fin justifie les moyens, pour certains? «Oui, c’est un des thèmes qui m’intéressait. Mais plus précisément, il y a une chose qui me dérange, et qu’on est en train de voir arriver de plus en plus : quand les gens perdent confiance dans les institutions, la tentation est grande de prendre la justice dans leurs mains», observe-t-il.

Ce qui l’a intéressé tout particulièrement dans la rédaction de On tue..., c’est l’effondrement des populations animales, qui est «autant, sinon plus inquiétant» que la crise climatique. «C’est complètement hallucinant, mais on n’en parle pas. Une des fonctions d’un roman, c’est de donner à voir un problème. Tu ne peux pas demander à un roman des réponses. Ce que tu peux lui demander, c’est d’attirer ton attention sur des choses ou des idées auxquelles tu n’aurais pas pensé, ou que tu as tendance à ne pas vouloir voir parce que ça te dérange», soutient Jean-Jacques Pelletier. 

L’auteur de la série Les Gestionnaires de l’apocalypse a l’habitude de camper ses thrillers dans des problématiques complexes. «Ça peut être cute, les tourments nombrilistes, mais je pense qu’il y a des choses plus importantes dans la société, autant comme citoyen que comme auteur. Tous nos choix et nos absences de choix ont des effets dans la réalité», affirme-t-il. 

Pour l’ancien professeur de philosophie au Cégep de Lévis-­Lauzon, cette vision va de pair avec sa conception de la littérature. «J’ai toujours pensé que la fiction, c’est l’appareil digestif symbolique de l’humanité, c’est ce qui sert à digérer ce qui nous reste sur l’estomac. C’est comme si ce qu’on n’est pas capable d’expliquer ou de supporter, on trouve une façon de l’exprimer, de le traiter, de commencer à l’appréhender à travers la fiction.»

La part des réseaux sociaux

Quand il a créé le personnage de l’inspecteur Henri Dufaux, dans le roman Bain de sang, publié en 2016, Jean-Jacques Pelletier avait d’abord envie de changer de style de rédaction. Alors que ses précédents romans étaient écrits pour la plupart au passé simple, avec un narrateur objectif, les aventures de Dufaux, elles, sont rédigées au présent et à la première personne. On accompagne donc pas à pas l’enquêteur, qui avait l’étrange habitude dans les deux premiers tomes de la série de parler avec sa femme décédée. Dans On tue..., cette voix a fait place à celle du critique intérieur, qui apporte une bonne dose d’humour à l’ensemble. «Dans la faible mesure où un personnage principal est parfois en partie un des représentants de l’auteur, c’est le fun d’avoir quelqu’un qui lui répond», note Jean-Jacques Pelletier, en ajoutant que ce «personnage» nous réservera des surprises dans le prochain roman de Dufaux. 

L’écrivain de Lévis nous a aussi habitués dans ses écrits à entrecouper sa narration par des extraits de médias, et plus récemment, d’interventions sur les médias sociaux. Une expérience qu’il renouvelle toujours, mais qui évolue aussi rapidement d’un ouvrage à l’autre. «Il y en a beaucoup moins qu’il y en a déjà eu, note-t-il. Dans le nouveau roman, il y a une place plus grande aux médias sociaux, mais une place moins grande aux médias traditionnels, réduits aux fils de presse qui roulent dans le bas de la télé.»

Signe des temps, ou simple outil littéraire? «Les médias sociaux ont joué jusqu’à présent le même rôle que le chœur dans la tragédie grecque, c’est l’espèce de peuple objectif, le monde qui regarde passer et qui commente. J’aimerais toutefois qu’ils tiennent un vrai rôle dans mon prochain roman», soutient-il, conscient que ce style particulier nécessite un équilibre et qu’il y a des limites au morcellement du récit.

C’est d’ailleurs grâce à une discipline bien particulière et rodée que Jean-Jacques Pelletier peut se permettre des récits fragmentés. En fait, il scénarise précisément ses romans avant même de les écrire. «Ce que j’aime, c’est monter des histoires. J’ai appris à construire des histoires dans mon enfance avec les BD, puis avec les séries télé et le cinéma», raconte celui qui a signé plusieurs essais et qui s’implique aussi dans la gestion de différents comités de retraite. 

«C’est ça qui est intéressant, de mettre en histoires : les enjeux sociaux», résume-t-il.  

Livres

Margaret Atwood au Salon international du livre de Québec [VIDÉO]

La réputée romancière et poétesse canadienne Margaret Atwood donnera le coup d’envoi du prochain Salon international du livre de Québec (SILQ), le printemps prochain, en prenant part à une conversation publique animée par Marie Laberge.

En point de presse, mardi, le directeur général par intérim du Salon, Daniel Gélinas, n’a pas caché son enthousiasme à l'idée d’accueillir la «visite rare» de cette «icône de la littérature», auteure prolifique d’une cinquantaine d’oeuvres de fiction, de recueils de poésie et d’essais critiques.

Livres

Pivot tourne la page de l’Académie Goncourt

PARIS — Bernard Pivot, qui a fait entrer la littérature dans le salon des téléspectateurs francophones avec l’émission «Apostrophes», quitte l’Académie Goncourt, qu’il présidait depuis cinq ans, a annoncé mardi l’assemblée du célèbre prix littéraire.

«Pour retrouver un libre et plein usage de son temps, à 84 ans, Bernard Pivot a décidé de se retirer de l’Académie Goncourt à partir du 31 décembre. Il en était membre depuis 15 ans, le président depuis cinq ans», a annoncé l’Académie dans un communiqué.

«Il en devient membre d’honneur», quelques semaines après avoir récompensé le romancier Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Sur Twitter, l’Académie Goncourt a mis en ligne une photo des académiciens fêtant le départ de leur président, qui leur avait fait part cet été de son souhait de se retirer.

Les festivités se sont déroulées chez Drouant, le restaurant dans le centre de Paris où est chaque année annoncé le lauréat du plus prestigieux prix littéraire du monde francophone. «Lettre d’Ed(mond) de Goncourt, grands crus, tableau : littérature et œnologie pour lui dire merci!» ont tweeté les académiciens.

Journaliste et animateur d’Apostrophes, l’émission littéraire la plus célèbre de la télévision française, Bernard Pivot est entré à l’Académie Goncourt en octobre 2004, succédant à André Stil. Il a été le premier non-écrivain à rejoindre la prestigieuse institution, dont il est devenu président en janvier 2014, à la suite d’Edmonde Charles-Roux.

Ses années comme président du jury Goncourt ont été marquées par la consécration de jeunes écrivains comme Leïla Slimani, avec Chanson douce, adapté depuis sur grand écran, et Nicolas Mathieu, récompensé en 2018 pour Leurs enfants après eux, roman sur la fracture sociale.

Livres

Kundera retrouve la citoyenneté tchèque

PRAGUE — Le romancier Milan Kundera exilé à Paris en 1975 vient de retrouver la citoyenneté tchèque, après avoir entretenu des relations complexes avec son pays natal dont le régime communiste l’avait déchu de sa nationalité, alors tchécoslovaque, il y a 40 ans.

Milan Kundera, 90 ans, et sa femme Vera se sont vu remettre des documents à leur domicile par l’ambassadeur tchèque à Paris, Petr Drulak, le 28 novembre dernier, a déclaré mardi à l’AFP Zuzana Stichova, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

«Il s’agit d’un geste symbolique très important, d’un retour symbolique du plus grand écrivain tchèque» dans son pays», a commenté le diplomate dans une déclaration au Figaro.

Écrivain tchèque le plus connu dans le monde, Kundera a été paradoxalement aussi pendant de longues années l’écrivain mondial le moins connu dans son pays en ce qui concerne ses ouvrages publiés en France.

Abandonnant sa langue natale pour écrire dans celle de son pays d’adoption, le romancier n’autorisait pas, dans un souci de perfectionnisme selon lui, la traduction en tchèque de ses ouvrages tels que La lenteur, L’identité, L’ignorance ou La Fête de l’insignifiance.

Se voir traduit par quelqu’un d’autre en sa propre langue serait une «perversité», affirmait l’écrivain, dont les livres ont été publiés dans une quarantaine de langues.

Interdit de publication

«Couper le pays natal du monde entier, c’est inhabituel», constatait il y a quelques années le critique pragois Jaromir Slomek.

«Perfectionniste, pédant, très bien. Mais maîtrisait-il suffisamment le chinois, le japonais ou le coréen pour pouvoir contrôler les traductions de ses ouvrages en ces langues?» s’interrogeait-il.

Comme pas mal de ses contemporains, Milan Kundera a fait un long parcours, jeune passionné des «lendemains qui chantent» promis par le communisme au moment du «coup de Prague» de 1948, mais contestataire du même régime totalitaire une vingtaine d’années plus tard.

Banni de la vie publique et interdit de publication après l’écrasement du Printemps de Prague de 1968 par les chars soviétiques, il opte pour l’exil en 1975.

La Tchécoslovaquie lui retire sa citoyenneté après la parution du Livre du rire et de l’oubli en 1979, où le président tchécoslovaque de l’époque, Gustav Husak, est qualifié de «président de l’oubli».

Milan Kundera obtient la nationalité française en 1981.

Incognito

Depuis la chute du communisme en 1989 en Tchécoslovaquie, suivie de la séparation en 1992 des Tchèques et des Slovaques en deux États distincts, le romancier revenait de temps en temps dans son pays, mais toujours incognito.

Des histoires rocambolesques et difficiles à confirmer circulaient à Prague sur tel ou tel vieil ami de Kundera qui le croisait... déguisé en moine ou portant une fausse barbe.

«Excusez-moi, je ne suis pas celui pour qui vous me prenez», aurait-il répondu à l’un de ses anciens amis qui l’abordait avec un «Salut Milan, comment vas-tu?».

En octobre 2007, il ne s’est pas déplacé pour recevoir le Prix national de littérature.

Et il a fallu plus de 20 ans pour que le best-seller de Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, soit officiellement publié en tchèque, en 2006, par la maison d’édition Atlantis.

Le roman La vie est ailleurs écrit à la fin des 60 n’a été pour la première fois publié en République tchèque qu’en 2016, pour occuper aussitôt la deuxième place dans l’enquête «Le meilleur livre de l’année».

Un an plus tard, Le livre du rire et de l’oubli de 1978 apparaît finalement dans les librairies tchèques, avec «beaucoup de changements, coupures et nouvelles idées, par lesquels cette période longue, mais généreuse lui a payé son attente», selon l’auteur.

Le romancier a entre autres coupé, sans explication, le passage sur le «président de l’oubli» Husak et un chanteur pop tchèque très connu taxé d’«idiot de la musique».

Livres

Christiane Vadnais: mythifier Québec

Peu après que Québec ait reçu la désignation de ville de littérature UNESCO, la table des lettres s’est réunie pour réfléchir à une manière de souligner cette distinction. Leur premier geste est une publication, «Confluence», qui présente les éléments qui irriguent le cœur littéraire de la capitale.

Quinze auteurs y prennent la plume pour raconter ce qui fait que Québec est la seule ville canadienne à avoir obtenu cette désignation prestigieuse. «On a décidé de faire une publication racée, qui serait à la fois informative et agréable à consulter et à conserver. Où on apprendrait des anecdotes drôles et où il y aurait des textes inédits», indique Christiane Vadnais, présidente de la table des lettres du Conseil de la culture. 

Plusieurs constats ressortent de cette réflexion foisonnante, disponible gratuitement dans les bibliothèques. «Il y a d’abord une forte volonté de l’administration municipale de soutenir la vie littéraire, note Mme Vadnais. On a un milieu très vivace, avec 250 auteurs, 20 maisons d’édition, 20 librairies, mais d’autres points ressortent, comme le fait que Québec soit une ville de littérature numérique.»

Livres

La fin d’une exception à la Loi sur le droit d’auteur réclamée

Le milieu littéraire se mobilise à l’occasion du Salon du livre de Montréal pour réclamer la révision d’une exception à la Loi canadienne sur le droit d’auteur qui le prive de certaines redevances.

La Société québécoise de gestion collective des droits de reproduction, mieux connue sous le nom de Copibec, signale qu’il en va d’une rémunération juste pour les auteurs et leurs maisons d’édition, dont certains revenus provenant du domaine de l’éducation ont dégringolé.

L’organisme sans but lucratif pointe du doigt une modification apportée il y a sept ans à l’«exception d’utilisation équitable», que les établissements d’enseignement postsecondaire interprètent de sorte à se permettre d’utiliser des œuvres sans autorisation et sans en payer les créateurs.

«Il s’agit par exemple de la reprise d’un chapitre de livre, d’un extrait de revue ou d’un article qui est remis aux étudiants, soit sous forme de photocopie, sur des supports numériques, qui est étudié sur un tableau interactif, mis dans des recueils de textes», illustre la directrice générale de Copibec, Frédérique Couette.

Depuis 2012, la redevance annuelle versée par les universités du Québec a été amputée de près de la moitié. Dans le cas des collèges, Copibec rapporte une chute de 20 %. Et la tendance à la baisse serait encore plus marquée ailleurs au Canada.

La romancière et nouvelliste Geneviève Blouin souligne que ces paiements, bien que modestes, font pourtant toute la différence pour les auteurs qui doivent souvent multiplier les petits contrats, livrer des conférences et animer des ateliers d’écriture pour gagner leur vie.

Selon les chiffres de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, les auteurs tirent un revenu médian de moins de 3000 $ grâce à leurs droits chaque année.

«Ça me fait plaisir de voir mon matériel utilisé dans une école. C’est super! Mais il faut que je reçoive au moins les droits de photocopie parce que sinon, ce qui va arriver, c’est qu’un jour je ne pourrai tout simplement plus écrire», prévient Geneviève Blouin.

«Le petit chèque qui rentre de Copibec, ce n’est pas avec ça que je vais vivre toute l’année, mais cette semaine, c’est ça qui paie mon épicerie», expose-t-elle.

Précision demandée

Copibec en appelle donc à une révision de la loi pour un meilleur encadrement de ses diverses exceptions.

«Ce qu’on demande, c’est qu’à partir du moment où il y a une licence de gestion collective qui peut être obtenue à un coût raisonnable et dans un délai raisonnable, cette licence prenne le pas sur l’exception d’utilisation équitable», précise Frédérique Couette.

La société de gestion collective demande également à ce que la compensation prévue en cas de violation du droit d’auteur soit bonifiée afin de dissuader les établissements de tester les limites de la loi.

Mme Couette ne craint pas que ce resserrement limite l’accessibilité des textes, bien au contraire.

«Le fait de rémunérer les auteurs encourage la création, plaide-t-elle. C’est peut-être plus la culture de la gratuité à mon sens qui risque d’empiéter sur l’accessibilité, plus que le fait de payer raisonnablement les droits d’auteur — comme cela se doit, comme pour toute personne qui travaille!»

Plusieurs dizaines d’auteurs ont affiché leur soutien à la cause dans le cadre du Salon du livre de Montréal, dont Biz, Sylvie Payette, Simon Boulerice, Fanny Britt et Webster, entre autres.