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Droit d’auteur: le gagne-pain des artistes

Un Québec sans musique originale, sans théâtre ni livres d’ici? Impensable, disent quelque 200 000 créateurs qui s’unissent pour rappeler l’importance des droits d’auteur qui assurent la survie de toutes ces formes d’art.

La loi canadienne sur le droit d’auteur est truffée d’exceptions qui permettent aux utilisateurs d’éviter de payer les redevances, estiment-ils.

Et parce qu’ils souhaitent un modèle qui soit plus juste et équitable, ils lancent ainsi une campagne de sensibilisation auprès de la population et des élus fédéraux en train de procéder à l’examen de cette loi.

Cette campagne, baptisée «Une vie sans art, vraiment?» est lancée à l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur par un collectif de 16 organisations représentant plus de 200 000 artistes et créateurs. Des capsules vidéo seront diffusées pour illustrer la situation : on y verra des œuvres littéralement disparaître. Comme ce père en train de lire une histoire à son enfant avant l’heure du dodo, et dont le livre va se dissoudre sous ses yeux.

Encore plus d’exceptions

Les redevances provenant des droits d’auteur ne sont pas une taxe : elles font partie du gagne-pain des artistes, souligne Laurent Dubois, directeur de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) et l’un des porte-parole de la mobilisation.

Selon lui, la dernière révision de la Loi sur le droit d’auteur n’a fait que priver encore plus les créateurs en ajoutant une série de situations permettant d’éviter le paiement des redevances.

Alors qu’il n’y avait qu’une dizaine d’exceptions à la loi avant 1988, on en compte actuellement près de 85, ce qui représente 40 % du contenu de sa dernière version, soutient M. Dubois.

En entrevue, il a mentionné les exceptions à des fins éducatives et pédagogiques, et celle de l’utilisation des œuvres à des fins non commerciales. Il précise que les artistes ne veulent pas que ces exceptions soient éliminées, mais qu’elles soient plutôt «mieux encadrées». Certaines sont trop floues, dit-il, et ouvrent la porte aux abus.

«La loi n’est pas dissuasive. Il n’y a pas beaucoup de risques à ne pas payer les droits», explique M. Dubois. Les sociétés de collecte des droits sont obligées d’aller devant les tribunaux pour obtenir les droits. Depuis 2012, les redevances payées par les universités québécoises aux sociétés de gestion collective des redevances ont baissé de 50 %, avance-t-il.

Et ce n’est pas qu’une question d’argent : il y a aussi une question de droit moral pour l’artiste sur son œuvre, ajoute-t-il.

Musique

M. Dubois souhaite aussi que le modèle de perception des redevances soit mieux amarré aux nouvelles technologies : les amateurs de musique, par exemple, délaissent les disques pour des plateformes d’écoute en continu.

Et la loi n’est pas adaptée à ces nouvelles façons d’écouter la musique, ajoute de son côté David Bussières, auteur-­compositeur-interprète et l’un des deux membres du duo Alfa Rococo.

«Les revenus liés à la vente des disques ont littéralement disparu. Ils ne sont plus là. Ils ont été remplacés par le nombre d’écoutes qu’on génère sur les plateformes et ce sont vraiment des fractions de sous», explique-t-il.

Alors au lieu d’acheter un disque, les gens paient pour avoir accès à l’œuvre, en achetant un appareil comme un Ipod ou un téléphone intelligent et en payant pour un abonnement Internet.

«Mais ceux-ci ne contribuent pas financièrement à l’industrie culturelle.» De sorte que les gens n’ont jamais autant payé pour du contenu culturel, mais les créateurs n’ont jamais reçu aussi peu d’argent.

Livres

Le commissaire Maigret reprend du service

PARIS — Le commissaire Maigret reprend du service... 90 ans après sa première apparition dans un roman de l’écrivain belge Georges Simenon, disparu il y a bientôt 30 ans.

À l’occasion de ce double anniversaire, les éditions Omnibus (groupe Editis) ont pris l’initiative de rééditer (à 30 000 exemplaires) Tout Maigret, c’est-à-dire 103 romans et nouvelles réunis en 10 volumes avec des couvertures illustrés par Loustal.

Au cinéma, le réalisateur Patrice Leconte dirigera cet automne Daniel Auteuil qui jouera le rôle du commissaire dans un film inspiré du roman Maigret et la jeune morte. De nouveaux livres audio de Maigret sont annoncés.

«Chez Simenon, tout est bon», soutient l’académicien Goncourt Pierre Assouline. «On devrait ceindre son œuvre d’un bandeau intitulé “La condition humaine” et tant pis si c’est déjà pris».

Son collègue de l’académie Goncourt Philippe Claudel renchérit : «Il n’y a pas de petits romans de Simenon, de même qu’il n’y a pas de petites pensées de Pascal».

Pierre Assouline, auteur d’une biographie de référence de Georges Simenon (Simenon, Folio) et Philippe Claudel signent chacun une préface d’un des volumes de l’anthologie d’Omnibus aux côtés d’autres écrivains, dont l’Académicien français Dominique Fernandez, le réalisateur Bertrand Tavernier et l’acteur Bruno Solo.

Le nom de Maigret a surgi pour la première fois en 1929 sous la plume de Simenon (qui signe alors sous le pseudonyme de Georges-Martin Georges) dans le roman sentimental Une ombre dans la nuit, mais c’était sous les traits... d’un médecin.

Médecin ou commissaire? Dans sa biographie de Simenon, Pierre Assouline note que le commissaire Maigret reconnaîtra plus tard être un médecin raté.

En fait, Jules Maigret, le policier que des millions de lecteurs connaissent, est apparu pour la première fois ès qualités en 1930 dans Train de nuit (signé Christian Brulls, autre pseudo de Simenon). Mais il ne tient encore qu’une place secondaire dans le roman.

«Aucun succès»

Le premier «vrai» Maigret aurait pu être celui qui enquête dans La maison de l’inquiétude, mais Simenon estima que ce roman était raté et refusa de l’intégrer dans sa série.

Le premier Maigret «officiel» est Pietr-le-Letton, le premier livre que Simenon signe de son nom. Il est publié en 1931, mais Simenon racontera plus tard l’avoir rédigé d’un jet en septembre 1929 au cours d’un séjour à Delfzijl aux Pays-Bas.

Ce premier Maigret est déjà familier. Simenon le décrit comme «énorme et osseux» d’une «charpente plébéienne», «la pipe rivée dans la mâchoire»...

Le premier éditeur de Simenon, Arthème Fayard, n’est guère convaincu par ce commissaire bourru et cérébral. C’est «impubliable», dit-il à Simenon avant d’affirmer, rappelle Assouline, que les Maigret n’auront «aucun succès».

Face à son jeune auteur (Simenon a 27 ans) l’éditeur soupire : «Nous allons perdre beaucoup d’argent, mais je veux tenter l’expérience».

On connaît la suite. Depuis 1931, 600 millions de livres de Simenon se sont écoulés dans le monde, car Maigret dépasse largement l’espace du monde francophone. L’auteur belge est le troisième auteur de langue française le plus traduit dans le monde.

Le rythme de parution est frénétique. Entre 1931 et 1934, 19 Maigret sont publiés (le dernier le sera en 1972). Le commissaire Maigret devient une figure familière d’autant que le cinéma se met de la partie.

Dès 1932, Julien Duvivier réalise La tête d’un homme, avec Harry Baur dans le rôle du commissaire. Jean Renoir dirige son frère Pierre dans La nuit du carrefour. Jean Tarride, son père Abel dans Le chien jaune.

Au total, quelque 70 films et plus de 400 téléfilms ont été tirés des 75 romans et 28 nouvelles avec Maigret sans compter les films (comme Monsieur Hire ou La veuve Couderc) ou téléfilms adaptés des romans de Simenon sans le commissaire, ce que l’écrivain nommait ses «romans durs».

Parmi les interprètes de Maigret, on peut citer Michel Simon, Jean Gabin, l’Américain Charles Laughton, l’Italien Gino Cervi, l’Allemand Heinz Rühmann. A la télé, il y a eu Jean Richard, Bruno Cremer, le Japonais Kinya Aikawa ou le Britannique Rowan Atkinson.

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L’écrivain Michel Houellebecq décoré par Emmanuel Macron

PARIS — Michel Houellebecq, l’auteur français contemporain le plus lu à l’étranger, a été décoré de la Légion d’honneur par Emmanuel Macron lors d’une cérémonie à l’Elysée, a indiqué jeudi la présidence de la République.

Michel Houellebecq figurait dans la liste des promus du 1er janvier, au grade de chevalier.

Parmi ses invités figurait notamment l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy, selon des participants.

Le romancier de 63 ans, l’un des auteurs français les plus traduits, triomphe dans les librairies avec son dernier roman, «Sérotonine» (Flammarion).

Sombre et poignant, ce septième opus plonge ses lecteurs au coeur de la France rurale et souffrante. Écrit des mois avant l’apparition des «gilets jaunes», le roman semble avoir anticipé ce mouvement.

Enfant terrible des lettres françaises, écrivain visionnaire et polémique, Michel Houellebecq n’avait rien publié depuis «Soumission», paru début 2015, le jour même de l’attaque contre l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. Toutes éditions confondues, cet ouvrage s’est écoulé à près de 800 000 exemplaires dans le monde francophone.

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Le roman «Notre-Dame de Paris» au sommet des ventes sur le Web

PARIS — Le roman de Victor Hugo «Notre-Dame de Paris» est devenu le numéro un des ventes sur Internet et de nombreuses librairies sont en rupture de stock depuis le terrible incendie qui a partiellement détruit lundi soir la cathédrale parisienne mondialement connue.

Après les attentats ayant frappé Paris le 13 novembre 2015, le même phénomène avait été observé. Le livre Paris est une fête de l’Américain Ernest Hemingway était subitement devenu très populaire dans les librairies.

Face à cette demande, les éditeurs du roman en format de poche ont décidé de lancer de nouveaux tirages et de reverser les bénéfices au fonds de souscription lancé pour financer la reconstruction de l’édifice.

Rédigé en 1831, Notre-Dame de Paris, du poète et romancier français Victor Hugo, se situe en 1482 au moment du règne de Louis XI. Le roman a été maintes fois adapté au cinéma.

Un passage du roman attire particulièrement l’attention aujourd’hui. «Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée», écrit Victor Hugo.

Autour des personnages comme la bohémienne Esmeralda, le «monstre» Quasimodo, Frollo ou Phoebus, Hugo fait de la cathédrale la véritable héroïne de son roman. L’objectif du romancier est de réhabiliter un monument tombé en décrépitude.

«Sans doute, c’est encore aujourd’hui un majestueux et sublime édifice que l’église de Notre-Dame de Paris», écrit-il dans le chapitre intitulé Notre-Dame.

«Mais, ajoute-t-il, si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant des dégradations, des mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui avait posé la première pierre, pour Philippe-Auguste qui en avait posé la dernière.»

La publication du livre, qui connut un grand succès public, attira l’attention générale sur l’état «inadmissible» du monument.

Le mouvement d’opinion aboutira à la décision d’établir des concours auxquels participèrent de nombreux architectes, dont Jean-Baptiste-Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc, dont le projet de réhabilitation du monument fut retenu en 1844.

Le roman Notre-Dame de Paris est également accessible gratuitement et légalement sur Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.

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Notre-Dame valait bien un roman

PARIS — La cathédrale parisienne frappée lundi par un vaste incendie, est aussi connue dans le monde entier grâce au chef-d’œuvre de Victor Hugo, «Notre-Dame de Paris», roman maintes fois adapté au cinéma notamment par les studios Disney ou en comédie musicale, notamment par Luc Plamondon.

C’est pour sauver le monument, fort dégradé, que l’écrivain indigné entreprit, en 1831, l’écriture de cet ouvrage.

Dans le chapitre intitulé Notre-Dame, Hugo écrit : «Sans doute, c’est encore aujourd’hui un majestueux et sublime édifice que l’église de Notre-Dame de Paris».

Mais, ajoute-t-il, «si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant des dégradations, des mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui avait posé la première pierre, pour Philippe-­Auguste qui en avait posé la dernière».

Dans la préface de son roman, Hugo se plaignait sans ambages du sort réservé «depuis tantôt 200 ans avec les merveilleuses églises du Moyen Âge». «Les mutilations leur viennent de toutes parts, du dedans comme du dehors», déplorait-il.

«L’église elle-même s’effacera bientôt peut-être de la terre», prophétisait l’écrivain.

La publication du livre attira l’attention générale sur l’état «inadmissible» du monument.

Le mouvement d’opinion aboutit à la décision d’établir un concours auquel participèrent de nombreux architectes, dont Lassus et Viollet-le-Duc dont le projet de réhabilitation du monument fut retenu en 1844.

En juillet 1845, une loi fut votée pour la restauration de la cathédrale.

Le but de Victor Hugo était enfin atteint.

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Succès de foule et de ventes au Salon du livre de Québec

La 60e présentation du Salon du livre de Québec (SILQ) a été couronnée de succès avec plus de 70 000 visiteurs, dont environ 27 000 jeunes. Certains éditeurs ont même manqué de livres, tellement la demande était forte.

Il fallait voir les visiteurs de tous les âges arpenter les allées du Centre des congrès à l’assaut de leurs auteurs préférés ou à la recherche de belles découvertes pendant les cinq jours du Salon. Ils sont nombreux à être repartis avec plusieurs livres, ce qui démontre l’attrait toujours important pour la lecture et le livre papier. 

«J’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs éditeurs et ils m’ont dit qu’ils ont vendu beaucoup de livres. Des éditeurs ont manqué de livres pour certains auteurs. Pour moi, c’est un bon signe. La vitalité du Salon repose beaucoup sur ça, même s’il y a aussi des activités», a souligné, le pdg du Salon du livre de Québec, Philippe Sauvageau. 

Les visiteurs n’ont pas hésité à faire la file pour avoir une dédicace d’un auteur. Dans plusieurs kiosques, il était d’ailleurs indiqué «Une seule dédicace par personne». «Lors du dernier sondage réalisé il y a trois ans, les visiteurs ont répondu que la présence des auteurs étaient très importante pour qu’ils viennent au Salon du livre. Ils interrogent notre base pour avoir à quelle heure l’auteur va être présent», a mentionné M. Sauvageau.

Charmés par l’Algérie

Le président d’honneur, l’écrivain algérien Yasmina Khadra a véhiculé un message de paix et de tolérance qui a su toucher le cœur des Québécois. «Il faut prouver au reste du monde que la générosité, la tolérance et la beauté sont encore des acteurs assez convaincants», a-t-il déclaré.

Les auteurs de l’Algérie, pays invité cette année au Salon, ont charmé les lecteurs québécois en vendant le plus grand nombre d’ouvrages de l’histoire des pays invités. «C’est une littérature peu connue. C’est une découverte pour le public, mais ça a très bien fonctionné. C’est très positif pour le salon», a fait valoir le pdg du SILQ.

Les 64 activités d’animation du Salon et du Festival Québec BD qui se sont déroulés parallèlement ont été également très populaires auprès des familles. Le poids de l’air et autres faits étonnants avec les Neurones atomiques Martin et Stéphane Brouillard, Dessiner pour lire avec le duo frère et sœur Freg et Makina, Toucher à ses rêves avec Géronimo, et L’atelier interactif avec l’auteur de L’Agent Jean, Alex A, ont attirer de nombreux jeunes, dont l’âge variait de 3 à 13 ans.

Jeunes lecteurs assidus

En parlant des jeunes, ce n’est pas vrai qu’ils sont toujours devant un écran. Il fallait les voir courir dans les allées et échanger avec les auteurs jeunesse. «Ils sont intéressés à lire sur format papier et ce qui est extraordinaire et salutaire, c’est que les parents donnent de l’argent aux enfants pour qu’ils achètent des ouvrages. Ils choisissent eux-mêmes les livres, c’est idéal. Ce n’est pas une lecture imposée, mais une lecture choisie», s’est réjoui M. Sauvageau. 

Le secteur jeunesse est l’une des priorités du Salon depuis de nombreuses années, selon M. Sauvageau et les jeunes reviennent une fois adultes d’après le sondage.

Les groupes scolaires réservent dès l’ouverture de la billetterie et une journée après c’est complet selon les organisateurs du Salon. Au total, plus de 15 000 élèves se sont présentés entre mercredi et vendredi. 

L’an prochain, le 61e SILQ se déroulera du 15 au 19 avril au Centre des congrès de Québec et mettra à l’honneur la Suisse. 

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Mobilisés pour les droits d’auteur

Les nombreux visiteurs du Salon du livre de Québec ont pu voir plusieurs des auteurs présents porter le macaron de Copibec ou distribuer des signets et de la documentation de cet organisme sans but lucratif qui gère les droits d’auteur au Québec. L’organisme est présentement en campagne pour mobiliser les auteurs au sujet de l’examen de la Loi sur le droit d’auteur présentement en cours à Ottawa et dont des modifications apportées en 2012 ont amené une baisse significative des revenus de droits d’auteur.

Selon Copibec, l’introduction de l’éducation aux champs applicables des exceptions d’utilisation équitable en 2012 a eu plusieurs effets néfastes. Depuis, la presque totalité des établissements d’enseignement hors Québec a cessé de rémunérer les auteurs pour la reproduction de leurs oeuvres alors qu’au Québec, le montant des redevances a beaucoup diminué, passant en moyenne de 25 $ par étudiant à temps complet en 2012 à 13,50 $ sept ans plus tard. «Les négociations avec les cégeps et les écoles primaires et secondaires du Québec reprennent en 2020 et en 2021 avec les universités et on sent qu’elles seront difficiles si la loi ne change pas», explique Frédérique Couette, directrice générale de Copibec.

Copibec estime qu’il n’était pas dans l’intention du législateur, à l’époque le gouvernement conservateur de Stephen Harper, d’en venir à ce que plus aucune institution scolaire ne paie des redevances, et encore moins que les ministères de l’Éducation des autres provinces enclenchent des poursuites totalisant 30 millions $ contre les auteurs et éditeurs, car ils estiment avoir trop versé de redevances par le passé.

Perro au front

Bryan Perro, auteur de la populaire série jeunesse Amos Daragon, portait le macaron de Copibec en appui à l’organisme et aux autres auteurs. «L’impact financier est bien sûr moins important pour moi, car je vends beaucoup de livres et que j’ai des traductions à l’étranger. Par contre, ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est aussi une question de respect et de principe», a-t-il expliqué au Soleil.

«Personne ne veut travailler sans être payé. Nous comprenons que les établissements d’enseignement ont des moyens limités, mais est-ce que ce sont les auteurs qui doivent en faire les frais? Les redevances de Copibec, ça ne te fera pas acheter un condo au Mexique. Ce n’est pas beaucoup d’argent, mais pour un auteur qui débute, ça peut changer le mois, ça peut payer quelques factures, te permettre de changer tes pneus d’hiver», illustre-t-il.

«Mon premier roman, j’en ai vendu 133 copies seulement! Ensuite, j’ai eu une petite bourse du Conseil des arts et ça m’a donné envie de continuer. J’en ai écrit un autre et j’ai eu une deuxième bourse et après ça, j’ai fait Amos Daragon. Souvent, c’est une petite reconnaissance qui te permet de continuer comme auteur et c’est ça, les redevances pour droits d’auteur. De plus, est-ce que c’est possible d’arrêter de quêter et d’avoir ce qu’on nous doit?» demande Bryan Perro.

Frédérique Couette évalue que les redevances de Copibec peuvent aller de quelques centaines de dollars à quelques milliers de dollars pour les auteurs québécois. «C’est très fréquent que des auteurs nous appellent pour savoir quand ils auront leur chèque. C’est important pour eux et ils ont vu leurs revenus provenant de cette source fondre depuis les modifications à la loi», termine-t-elle.

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Jean-Christophe Réhel remporte le Prix littéraire des collégiens [VIDÉO]

Le poète montréalais Jean-Christophe Réhel a su faire vibrer le jury composé de centaines d’étudiants de cégeps et de collèges du Québec qui lui a remis vendredi au Salon du livre de Québec le seizième Prix littéraire des collégiens pour son premier roman «Ce qu’on respire sur Tatouine» paru chez Del Busso Éditeur.

Les deux porte-parole étudiants, Ariane Fortin du Cégep Saint-Laurent et Anthony Lacasse du Collège Bart, ont dit avoir choisi l’oeuvre de Réhel, âgé de 29 ans et qui écrit depuis ses 18 ans, pour sa complexité, sa grande maîtrise littéraire, ses segments imagés, ses personnages attachants, son côté politique, sa beauté du quotidien, ses passages parfois «écoeurants» et ses références à la culture populaire. «J’étais prête à «flasher» mes seins pour le défendre!», a même lancé Ariane Fortin pour démontrer comment cette oeuvre l’avait conquise.

Le roman met en scène un personnage principal qui s’abandonne dans un monde peuplé de références cinématographiques et musicales, dont plusieurs liées au monde de «Star Wars», pour échapper à son quotidien ennuyeux. Réhel, qui a publié plusieurs recueils de poésie, avait comme adversaires «Créatures du hasard» de Lula Carballo, «Les villes de papier» de l’écrivaine de Québec Dominique Fortier, «De synthèse» de Karoline Georges et «Querelle de Roberval» de Kevin Lambert.

«Je suis content, je vais pouvoir m’acheter mes semelles orthopédiques!», a-t-il lancé d’entrée de jeu, mi-sérieux, mi-blagueur, au moment de recevoir la bourse de 5 000 $ qui accompagne le prix. «J’ai eu la chance de rencontrer des étudiants passionnés qui m’ont fait redécouvrir mon propre livre», a-t-il poursuivi, soulignant ensuite l’ironie du fait que le Prix littéraire des collégiens soit le premier prix qu’il remporte comme écrivain.

«Ça fait drôle de gagner ce prix-là, car ma relation avec l’école a toujours été un peu chaotique. J’ai doublé mes mathématiques un million de fois, je suis allé aux adultes, j’ai lâché l’université...», a-t-il confié avant d’inviter les jeunes présents à ne pas craindre de développer leur passion. «Il faut écrire si on a envie d’écrire, sans se poser trop de questions. Il faut prendre des risques, des petits et des grands risques, il faut ignorer ceux qui nous rabaissent, il faut trouver la joie qui passe souvent.» 

En entrevue avec le Soleil, il est demeuré humble. «Ça fait 10 ou 11 ans que j’écris et c’est une belle reconnaissance. Tout le monde aurait pu le gagner, mais c’est moi qui l’ai gagné. Mais je n’écris pas pour gagner des prix», a-t-il commenté. 

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Heather O'Neil à livre ouvert

Lorsque Mademoiselle samedi soir est enfin paru dans sa traduction française, il y a quelques semaines, Le Soleil a publié une entrevue avec Heather O’Neill, joyau de notre littérature. Mais nous sommes tellement épris de son œuvre, aussi pétillante, délicieuse et charmante qu’elle en personne, que son passage au Salon du livre de Québec devenait une belle occasion pour converser à propos de son rapport salvateur à la littérature. Discussion à livre ouvert, en français, avec son accent charmant en prime.

Q Quand, où et comment est venue la certitude que vous alliez devenir une écrivaine?

R Mon espoir est né en 5e année quand j’ai gagné un prix avec un conte, qui a été publié dans une revue pour les enfants. Je me suis dit : «je vais suivre cette route-là.» (rires) J’étais certaine que c’était le boulot que je voulais. Mon père aussi. On était tellement ravi. Mon père a quitté l’école en 3e année, il ne savait ni lire ni écrire. Comme j’avais ce talent, c’était comme de la magie pour lui. Après le concours et avoir démontré mon aptitude, on a décidé ensemble que je deviendrais écrivaine. C’était quelque chose que je faisais naturellement. Je tenais un journal depuis que j’avais sept ans.

Q Et un peu plus tard?

R (rires) Après l’université, j’ai décidé d’embrasser la vie d’écrivaine et d’écrire tous les jours. J’allais sur le boulevard Saint-Laurent, dans les cafés, lire en public. À cet âge-là, on prend tout ce qu’on fait sérieusement, je me considérais déjà comme une grande écrivaine (rires).

Q Pour exprimer quoi?

R Dans ces lectures publiques, j’ai constaté que je touchais plus les gens quand je parlais de mon enfance, de ce qui était autobiographique. C’était déjà une sorte de jeu entre eux et moi. J’avais toujours eu honte de la vie avec mon père, son côté criminel, toujours sans emploi, notre appartement plein de déchets… Je n’arrivais pas à en exprimer l’indignité. Mais dès que j’ai commencé à écrire, j’ai trouvé une façon de vaincre ma peur, d’être honnête et de me délivrer de cette honte. Avant, j’étais toujours névrosée. En écrivant, c’est comme si j’étais à ma place. C’était plus la réalité pour moi que la vraie vie. En mettant les mots sur les pages, c’est comme si j’existais pour la première fois.

Q Outre les éléments autobiographiques, quelles sont vos sources d’inspiration?

R La vie urbaine. Plusieurs écrivaines comme Jean Rhys, Marguerite Duras… Les films de la Nouvelle Vague. J’ai toujours aimé les femmes dans ces films [français des années 1960]. Mes personnages féminins sont un peu influencés par elles. J’aime les illustrations d’enfants dans des situations d’horreur. Je ne sais pas pourquoi. Aussi la mode — je ne sais pas pourquoi. Pourquoi je dis la vérité? (grand éclat de rire)

Q Parlant de Nouvelle Vague, vos récits sont très cinématographiques. Aimeriez-vous qu’on adapte un de vos romans en film? Et si oui, par qui?

R À l’instant, Hôtel Lonely Hearts (2017) est adapté pour une série télévisée. J’ai beaucoup aimé ça parce que dans mes romans, il y a trop de matière pour un seul film. J’étais très excité par l’idée. Si je pouvais choisir, Lynne Ramsay serait très bonne pour mon premier roman Lullabies for Little Criminals (2006). Qui d’autre… Ce serait intéressant si Yorgos Lanthimos adaptait Hôtel Lonely Hearts. J’aime son aspect théâtral, un peu comme Eugene Ionesco, une grande influence pour moi, le théâtre absurde comme Beckett. Ces écrivains utilisaient la langue de façon un peu débile, mais en exprimant des idées super philosophiques. Et pour Mademoiselle samedi soir, j’aimerais un Québécois comme Jean-Marc Vallée ou Xavier Dolan, qui connaissent l’esprit montréalais.

Q Tu as un statut particulier d’Anglo-Montréalaise. Comment se sent-on en 2019?

R C’est toujours une situation particulière, en effet. Je ressens toujours une certaine honte d’être anglophone. Comme si je n’appartenais pas tout à fait à la culture québécoise. Je suis un peu gênée de parler en anglais, d’avoir un accent en français. Mais j’ai grandi comme ça. Ça fait partie de mon identité. Je ne pourrais jamais quitter Montréal.

Q Tu écris en anglais. Mais est-ce que tu as eu la tentation d’écrire en français? Ou est-ce déjà fait?

R Oui, j’ai écrit un petit essai radiophonique. C’était un défi qu’ils m’ont donné. Mais ce serait intéressant d’écrire en français. J’aimerais écrire un roman en français avec plein de fautes d’orthographe pis toute ça. Et je les laisserais dans mon livre. Corrigées un peu pour que ça n’ait pas l’air idiot. Pour que ça ressemble à ma voix, comment je parle en français.

Q Je reviens sur la question de l’aspect autobiographique. Dans tes deux derniers romans, il y a deux personnages féminins très forts. Ce sont des alter ego?

R Oui, un peu. Avec Rose [dans Hôtel Lonely Hearts], c’est la jeune fille que j’aurais voulu être. En vrai, j’étais plus comme Nouschka [dans Mademoiselle samedi soir]. Chaque fois que je crée un personnage féminin, je pense que c’est moi. Même si elles ne se ressemblent pas. Quand les gens me demandent si c’est autobiographique, je dis toujours oui même si ce n’est pas moi. 

Q Est-ce que tu es en train d’écrire une autre part de toi?

R (rires) Je viens de terminer un autre roman. C’est une transposition de la Révolution française. Les personnages historiques comme Robespierre, le marquis de Sade, etc., sont des jeunes filles à Montréal...

Heather O’Neill sera au Salon du livre de Québec samedi de 11h à 12h et de 15h à 16h ains que dimanche, de 13h à 14h.