C’est en chanson que Sébastien Côté s’est raconté, photographié en train de gratter paisiblement sa guitare devant sa résidence.
C’est en chanson que Sébastien Côté s’est raconté, photographié en train de gratter paisiblement sa guitare devant sa résidence.

L'isolement rassembleur

« Je suis un habitué du retrait. Un geste bien rodé de retournement intérieur, un espace clos aux fragrances de sapin et de terre mouillée. » C’est en ces mots que Nicolas Kennedy, vêtu d’une blouse bleue, d’une visière et de gants chirurgicaux, témoigne de son expérience humaine pendant la pandémie. « J’ai rarement été réticent envers la solitude, ce n’est donc pas maintenant que je recule à m’y prêter », poursuit-il.

Malgré l’incertitude et l’anxiété provoquées par la crise, Theresa Enright dit pour sa part voir le beau autour d’elle. « Je trouve que les oiseaux chantent plus fort et plus mélodieusement qu’avant. Je trouve que les levers et couchers du soleil sont plus radieux qu’avant. Je trouve que les pommiers, les lilas et autres arbustes sont plus éclatants qu’avant. J’apprécie chaque seconde que la vie me donne », témoigne celle dont l’isolement a permis de prolonger, en quelque sorte, les vacances familiales, multipliant les moments de qualité passés avec ceux qu’elle aime.

Voir le beau dans l’adversité. Être humain pendant la pandémie. Telles sont les grandes lignes qui ont donné naissance au projet Portraits de l’isolement réalisé ce printemps par la photographe suttonnaise Kassandra Reynolds.

« Quand la crise a commencé, j’ai vu mes projets s’éteindre. C’était comme si une barrière s’était levée devant moi, relate la jeune femme. On ne pouvait plus sortir de chez nous et on vivait tous l’isolement à notre façon. »

L’idée de suspendre ses activités, de mettre sa passion sur pause, lui semblait impossible à envisager. « Ce que j’aime, comme photographe, c’est d’aller chez les gens, d’avoir un aperçu de leur intimité, souligne Mme Reynolds. Après un temps de réflexion, j’ai décidé de lancer un appel à tous sur les réseaux sociaux pour recueillir des témoignages sur la manière dont les gens vivent leur isolement. »

Au total, quatorze personnes d’un peu partout aux alentours de Granby et dans Brome-Missisquoi ont répondu à l’appel de la photographe, qui s’est ensuite rendue à leur rencontre pour leur tirer le portrait.

Des récits riches et variés qui démontrent à la fois les différences dans la manière de vivre l’isolement imposé par la pandémie, mais aussi les ressemblances qui lient les individus entre eux à travers les épreuves.

« C’est une tranche inédite de l’Histoire qu’on vit là. C’est ce dont j’ai voulu témoigner avec ma série de portraits. Je voulais donner une voix aux gens même s’ils étaient pris chez eux, et ceux qui ont participé avaient quelque chose à raconter », relève Mme Reynolds.

Les quelque 55 ans d’âge qui séparent Kassandra Reynolds de Mémé ne sont pas un obstacle à cette amitié dont les balbutiements ont été immortalisés.

Au fur et à mesure que les témoignages affluaient dans sa boîte courriel, Kassandra Reynolds prenait rendez-vous avec ses sujets pour photographier leur isolement.

« C’était des rencontres de quelques heures où on prenait le temps de discuter, mentionne-t-elle. J’ai senti que tout ça m’a fait du bien, mais aussi aux gens que j’ai rencontrés. Tellement qu’à certains endroits, j’y suis retournée plus d’une fois... »

« Mémé et moi »

Comme pour ses collections précédentes, l’expérience humaine est au cœur de cette série de portraits. Pas étonnant donc que ces rencontres se soient mues en de nouvelles amitiés. « Certaines personnes étaient de simples connaissances. À travers mon projet, nos liens se sont approfondis », affirme la photographe.

Celle-ci s’est aussi liée d’amitié avec Mémé, dont l’histoire l’a profondément touchée.

« Tout le monde l’appelle comme ça. Mémé, c’est une dame de 79 ans qui a perdu son mari à l’automne. Elle vivait déjà une épreuve, mais là, le confinement et la pandémie, c’en était une autre », raconte Mme Reynolds.

« Pour elle, c’était comme si la terre avait arrêté de tourner. Elle ne pouvait plus sortir du jour au lendemain alors qu’elle était une femme très occupée. En raison de son âge, elle se sentait pointée du doigt ; sa liberté était brisée », poursuit la jeune femme.

Les quelque 55 ans d’âge qui les séparent ne sont pas un obstacle à cette amitié dont les balbutiements ont été immortalisés en photo. « Il n’y a pas d’âge pour avoir une amitié, plaide Mme Reynold. Tout ça, n’est que le début de moi et Mémé... »

«Je suis un habitué du retrait. Un geste bien rodé de retournement intérieur, un espace clôtaux fragrances de sapin et de terre mouillée.» C’est en ces mots que Nicolas Kennedy, vêtu d’une blouse bleue, d’une visière et de gants chirurgicaux, témoigne de son expérience humaine pendant la pandémie.

En exposition virtuelle

En temps normal, Kassandra Reynolds ne partage pas le fruit de son travail avant de mettre sur pied une exposition.

Étant donné le contexte particulier qui l’empêche de procéder comme à l’habitude, et qui empêcherait aussi le public d’aller à la rencontre de ses œuvres, l’artiste a choisi d’y aller avec une exposition virtuelle sur sa page Facebook à compter du 28 juin. Par la suite, un portrait, incluant photo et témoignage, sera publié chaque dimanche.