Daniel Haché devant son oeuvre chouchou, Le rêve du diable. Pour la photo, il a même joué quelques notes de violon, à l’image du diable de la sculpture!

L’homme qui parlait aux arbres

Ils sont peut-être, quoi, une dizaine à pratiquer son métier au Québec? Armé de sa scie à chaîne, Daniel Haché transforme le bois au gré de ses visions et le magnifie pour en faire des oeuvres spectaculaires qui traversent le temps.

À 43 ans, son talent lui permet de vivre de son art. «Aujourd’hui, je ne fournis pas. Je dois être sélectif, car ce sont de gros projets. J’en fais un maximum de cinq par année», affirme le natif de Cowansville, maintenant établi à Bolton-Est.

Daniel Haché travaille sur commande. Pour sa clientèle — principalement privée —, il réalise des oeuvres de tous les styles, du figuratif à l’abstrait. Une réplique d’une statue de l’Île de Pâque, une autre réplique de la déesse sud-américaine Pachamama, des reproductions des guerriers de terre cuite de Xi’an, un immense portail traditionnel (torii) japonais... ses clients ont des goûts pour le moins éclectiques. Et souvent historiques. «C’est tripant de se plonger ainsi dans l’histoire et dans l’univers de la sculpture à travers les époques», fait-il remarquer.

Pour d’autres clients, il réalise des totems personnalisés qui viennent embellir leur aménagement extérieur. Son portfolio regorge également de créations uniques aux formes plus éclatées.

«J’utilise surtout du bois recyclé. Après les tempêtes, je pars à la recherche de gros pins blancs tombés que je pourrai sculpter. J’ai besoin de gros formats!», lance-t-il en précisant que cette essence se préserve bien à l’extérieur et se «travaille» bien.

C’est d’ailleurs le message qu’il s’évertue à passer : non, les oeuvres de bois n’exigent pas l’entretien qu’on pourrait croire. Elles vieillissent même en beauté. «Le bois dans les lieux publics extérieurs, ça fonctionne!»

Exposer dans de tels lieux est pour lui un rêve. «J’aimerais un jour faire le lien entre la sculpture, la musique et le conte, mes deux autres passions.» Créer une installation permanente — sur du long terme — qui raconterait une légende serait pour lui toute une réalisation. Mais percer l’univers muséal est difficile, admet-il. «Étant donné que je travaille sur commande, mon inventaire d’oeuvres est limité.»

Totem maï tiki
La «révélation» pour la sculpture sur bois lui est venue vers l’âge de 15 ans lors d’un voyage en famille à Walt Disney. «J’avais vu un sculpteur faire un totem maï tiki de la Polynésie à partir de cocotiers. J’en voulais un, mais ça ne rentrait pas dans le coffre de la voiture... Alors, à mon retour, j’ai décidé de m’en faire un! Puis deux, puis trois... et ça n’a jamais arrêté. J’ai fait des centaines et des centaines d’oeuvres de tous les styles.»

Lors du passage de La Voix de l’Est, cette semaine, un énorme orignal de bois aux sabots de métal trônait devant l’atelier de M. Haché. Entamé depuis quelques mois, il progresse lentement, mais sûrement. Le client, Le Diable vert de Sutton, lui a commandé pour l’automne. «L’orignal est le plus gros cervidé au monde. J’aimerais lui faire un panache démesuré en métal», souhaite celui qui est déjà le coauteur du coq emblématique de la station de montagne.

Sa plus belle pièce à vie? Le rêve du diable conçue en direct lors d’un symposium international de sculpture à Saint-Jean-Port-Joli. Inspirée de la légende de Rose Latulipe, l’oeuvre montre le diable, un violon et un archet métallique. Elle fait partie des rarissimes pièces qu’il a réussi à conserver chez lui.


« J’utilise surtout du bois recyclé. Après les tempêtes, je pars à la recherche de gros pins blancs tombés que je pourrai sculpter. J’ai besoin de gros formats! »
Daniel Haché

Terrain de jeu
En près de 20 ans, sa propriété est devenue son terrain de jeu. Il y a construit sa maison et son atelier, d’où émergent ses sculptures. Dans ce vaste hangar, il s’est constitué tout un coffre à outils. À elle seule, sa collection de scies à chaîne atteint la dizaine, assorties de lames de toutes les tailles pour chaque étape de la sculpture.

«Tout est fait à la scie à chaîne, même la finition. Ça me permet d’aller plus loin qu’au couteau, car ça respecte davantage la fibre du bois, sans la faire éclater. Et ça va plus vite!», explique l’artisan.

Et malgré toutes ces années à travailler le bois, il n’a pas perdu son élan. «C’est mon gagne-pain, mais la flamme est encore là. Avec l’outillage que j’ai et l’atelier que j’ai construit, je ne me vois pas arrêter.»

Au-delà de ces considérations matérielles, l’homme voit plus loin. «Il y en a qui ont fait ça toute leur vie, comme Robert Roussil. C’est fascinant de voir l’environnement que des sculpteurs aménagent autour de leur maison. Ici, ça prend forme. Je suis encore jeune! Je m’approprie mon terrain en le sculptant à ma guise et ça m’allume. C’est un beau legs, je trouve», confie-t-il en nous montrant l’étang d’eau fraîche qu’il a fait creuser près d’un plateau, en contrebas de sa résidence. Parions que quelques oeuvres y trouveront leur place un jour...