Avec Fragments de famille, son premier roman, la Sheffordoise Mari Mari saute à pieds joints dans la marre pour faire éclater le scandale au grand jour.

Les mots qui délivrent

Les parts d’ombre ont la vie dure dans l’intimité parfois étouffante du cercle familial. La Sheffordoise Mari Mari saute à pieds joints dans la marre pour faire éclater le scandale au grand jour. L’inceste vécu par un membre de sa famille est au centre de cette fiction. L’auteure lève le voile sur ce drame, nomme les faits, piétine les non-dits : « Je veux souligner l’impact que le silence a sur la vie de famille et sur les filles qui vivent de l’abus. »

Dans ce premier roman intitulé Fragments de famille, on suit la famille Lacasse à travers les yeux de la petite Léonie, 10 ans et vingtième de la lignée. Elle et ses frères et sœurs sont entassés dans un 5 1/2 du quartier Rosemont, à Montréal, avec leurs parents et d’autres membres de leur famille.

Si on suit Léonie dès sa naissance, c’est à son dixième anniversaire qu’elle apprend de l’une de ses sœurs que celle-ci se fait abuser sexuellement, le soir, par l’un de ses frères.

« Je veux témoigner du besoin de dire les choses », souligne Mari Mari lors du lancement de son livre, qui ne souhaite pas être identifiée sous son vrai nom afin de protéger sa famille.

Résilience et humour

Si le sujet est troublant d’actualité, alors qu’Éric Salvail et Gilbert Rozon sont tombés lourdement de leur piédestal cette semaine, il est ici traité avec humour, insiste l’auteure. En témoigne cet extrait du livre d’une centaine de pages, présenté en quatrième de couverture : « Ayant été la dernière fille, en queue de peloton, c’est quand même avec une queue que j’aurais préféré être conçue. »

La romancière ne présente pas une histoire noire, précise-t-elle, car son récit est tendu par un fort sentiment de résilience, nourri par l’humour présent tout au long du livre.

Tout plaquer

Si Mari Mari était auparavant vice-présidente, affaires scientifiques, d’une entreprise pharmaceutique, elle a décidé il y a cinq ans de tout plaquer pour se consacrer à la peinture et à l’écriture.

Détentrice d’un doctorat en neuro-pharmacologie, la femme de 65 ans a alors plutôt choisi de quitter son rythme effréné — elle effectuait en moyenne trois voyages par mois en Europe — pour la création. « J’étais pressée de vivre, d’être vraiment moi-même. »

D’abord sculptrice, elle s’est ensuite entourée de pinceaux. Elle peint dans son atelier d’Imperial lofts, rue Cowie, et expose ses toiles à la galerie Artêria, à Bromont. Ses ongles témoignent d’ailleurs de cette passion.

Mari Mari a la particularité d’intégrer des mots dans ses œuvres. De la toile au livre, il n’y avait donc qu’un pas que l’auteure a franchi après avoir suivi pendant trois ans des ateliers de création littéraire avec la romancière et comédienne Francine Ruel à l’Université Bishop’s. 

« Bye bye nuages, welcome soleil », image-t-elle, signifiant la nouvelle vie qui s’offrait alors à elle, et qu’elle ne regrette pour rien au monde !