Matt Holubowski

Les grandes ambitions de Matt Holubowski

À l’aube de la vingtaine, Matt Holubowski s’était promis deux choses : avoir la vie la plus anormale possible et visiter 30 pays avant ses 30 ans. Aujourd’hui, il peut dire mission presque accomplie.

Sa vie de chanteur et musicien est tout sauf ordinaire, et la liste des contrées qu’il a foulées s’allonge joyeusement. « J’ai 29 ans. Il m’en reste trois ou quatre à visiter. J’ai calculé ; ça va finalement me prendre 30 ans et 12 jours ! », rigole-t-il.

« J’ai fait mon premier voyage assez tard, à 21 ans. J’étais à l’université et j’ai eu une bulle au cerveau en voyant un dépliant sur un échange universitaire, raconte l’artiste. Durant six mois, j’ai étudié à Paris et j’ai beaucoup vagabondé dans les pays autour. Ç’a complètement changé la personne que j’étais. »

Il parle de voyage, car c’est là sa principale source d’inspiration. « Je suis quelqu’un d’anxieux dans la vie. J’ai de la misère à prendre des décisions, alors que dans ma vie, tout n’est que décisions depuis un moment. C’est stressant. Et puis, dans le contexte actuel de tournée, j’écrirais quoi ? Quand je pars, les idées me viennent », indique l’auteur-compositeur-interprète, qui a atteint la finale de La Voix III en 2015.

Un à la fois
On a l’impression que Matt Holubowski se sert de son folk « planant et rêveur » pour séduire le public avec délicatesse, une personne à la fois, un spectacle à la fois. Vrai ? « Il y a eu un grand élan au Québec qui m’a beaucoup aidé. Ça m’a donné une crédibilité. Petit à petit, je pense que c’est la seule façon de se créer un public légitime à long terme », croit-il.

Depuis la sortie de son album Solitudes, en 2016, il a multiplié les spectacles, en veillant chaque fois à créer une intimité avec son public. « De la façon qu’on performe, mes musiciens et moi — presque les uns par-dessus les autres ! — ça crée une bulle, une symbiose, comme si les gens étaient dans notre salon ou notre studio », poursuit celui qui se produit ce samedi soir au Centre culturel St-John de Bromont à guichet fermé.

Multi-instrumentiste, le chanteur avoue pourtant avoir commencé la musique sur le tard. Il a bien suivi des cours de piano lorsqu’il était enfant, mais l’expérience n’a pas été très concluante. « J’ai haï ça et j’ai abandonné. C’est seulement à 18 ans que j’ai découvert la guitare électrique pour le plaisir. Je suis complètement autodidacte, sans beaucoup de théorie », dit-il.

Il s’est pourtant remis au piano récemment, durant un repos forcé à cause d’une blessure au pied. « C’est comme revenir à la base. Il y aura du piano sur mon prochain album. Mais je ne suis vraiment pas rendu là », prend-il soin d’ajouter.

Ça ne l’empêche pas d’explorer de nouvelles sonorités. « Je vire un peu weird. Ça reste du folk, mais je tâte des choses comme la pédale vibrato, que j’intègre à des chansons en spectacle. Je trouve que ça change quelque chose. Je m’éloigne un peu de la guitare acoustique. Les temps changent. »

Printemps européen
Parlant de changement, le printemps promet d’être intense pour Matt Holubowski. Il passera une partie des mois de mai et juin dans ses valises, quelque part entre l’Angleterre, l’Allemagne, l’Irlande, la France, la Belgique et les Pays-Bas.

Grâce à ses nombreux contacts dans l’industrie, le jeune homme y assurera la première partie du chanteur américain Ben Folds. « C’est nouveau et excitant. J’ai beaucoup d’amis en Europe. Tu sais, la première fois que j’ai joué live devant un public, c’était dans un “open mike” à Paris. J’ai donc l’impression de revenir aux sources ! C’est une opportunité grandiose, car c’est un marché dans lequel je fitte bien. Je pense que ça va marcher. »

Il confie du même souffle que la possibilité d’habiter quelques mois en Europe est dans l’air. Et qu’il se verrait bien composer de nouvelles chansons là-bas.

Parmi les autres beaux coups du destin, il y a aussi sa participation au prestigieux festival de musique Bonnaroo, qui se tiendra en juin au Tennessee. Même si son nom apparaît en petits caractères, il partage l’affiche avec des grosses pointures comme Eminem, The Killers, Muse ou Bon Iver. Cette invitation, il la voit comme un premier pas aux États-Unis, un « levier » vers, pourquoi pas, une carrière au pays de l’oncle Sam.

On croyait que Matt Holubowski était du genre relax et insouciant. On avait tout faux. « Je suis plutôt ambitieux et impatient ! Tout ce qui arrive est le fruit de toutes mes idées des trois dernières années. Je suis un artiste, mais j’ai aussi un côté entrepreneur. »

Multi-instrumentiste et multitâche...