L'auteur Dany Laferrière 

L'écrivain chouchou des Correspondances d'Eastman

Dany Laferrière est un grand habitué des Correspondances d'Eastman. Il est probablement l'écrivain qui y est venu le plus souvent au cours des 15 années d'existence du festival littéraire. Il se fait un devoir de l'inscrire à son calendrier et de se déplacer dans la petite municipalité au mois d'août. Malgré un horaire plus chargé en raison de son élection à l'Académie française, en 2015, il y sera encore cette année, à titre de porte-parole de l'événement, qui a pour thème Archipels francophones. La Voix de l'Est lui a posé... un archipel de questions !
Q Qu'aimez-vous tant des Correspondances d'Eastman ?
R D'abord, j'aime la date. En février, ce serait bien aussi, mais en août, c'est mieux. J'en aime aussi le cadre, qui est magnifique et qui est utilisé intelligemment. Avec ses jardins magnifiques, ce n'est pas douloureux de venir faire son tour. Et puis j'aime qu'on propose un festival qui présente autre chose que de l'humour, du cinéma et de la musique, qui soit à la fois près et à l'extérieur de Montréal, dans un lieu qui a une personnalité.
Q Quels sont vos plus beaux souvenirs, vos moments les plus marquants ?
R C'est dur à dire. Je ne suis pas un collectionneur de moments. Je vis le festival, même quand je ne suis pas sollicité. Ça donne un autre goût à la littérature. J'aime marcher dans les rues, prolonger les conversations sur une terrasse, assister aux activités. Il ne me suffit que du soleil, d'un lac à proximité et de gens intéressants avec qui discuter littérature pour être heureux.
Q Le thème de cette année est Archipels francophones. Comment l'interprétez-vous ?
R La Francophonie, c'est un ensemble de gens qui parlent français. Il faut arrêter, au Québec, de croire qu'on est isolé par notre langue. On n'est pas aussi solitaires qu'on le croit. On fait partie d'un ensemble, d'un archipel de gens qui parlent cette langue et qui la vivent. Il faut cesser d'enfermer les gens dans des territoires.
Q On entend souvent dire qu'à cause des réseaux sociaux et des nouvelles technologies, les gens, en particulier les jeunes, ne savent plus écrire. Croyez-vous que la langue française est de plus en plus malmenée ?
R Pas du tout. La langue est capable de supporter toutes les formes. Il ne faut pas oublier qu'une langue, c'est fait pour être utilisé. On n'écrit pas un texto comme on écrit un livre, tout comme on ne met pas de veston-cravate pour jardiner ou de pyjama pour une sortie au restaurant. Le drame, c'est quand l'usage n'est pas adapté, quand une uniformité se crée. Et c'est ce que la littérature essaie de défendre. Qu'il y a toutes sortes de costumes possibles entre les 140 caractères, le langage plus populaire et le très classique. Les gens qui ne lisent pas croient souvent que les écrivains utilisent tous et uniquement un langage châtié complet-veston, alors que ce n'est pas le cas du tout. Ce qui est heureux, c'est qu'il ne s'est jamais publié autant de livres de toutes sortes.
Q Vous allez donner une classe de maîtres, qui affiche déjà complet d'ailleurs. Pourtant, vous ne vous considérez pas comme un maître...
R Non. Un maître, c'est quelqu'un dont le savoir est stocké, qui croit être arrivé au sommet de son art, qu'il n'a plus rien à apprendre. Ma vision penche plus vers un apprentissage constant. Un vrai maître est en fait un élève éternel. Quelqu'un qui ne se décourage pas devant toutes les marches qu'il lui reste à grimper. Le terme « maître », en fait, ce sont les autres qui nous le donnent. C'est la vision de l'autre sur quelqu'un de meilleur que nous dans un domaine précis. On est tous le maître de quelqu'un.
Q Vous allez également animer un café littéraire en compagnie de trois auteurs haïtiens : Rodney Saint-Éloi, Néhémy Pierre-Dahomey et Gary Victor. De quoi allez-vous parler ?
R Je ne sais pas. Je privilégie l'improvisation. Je crois qu'on passe beaucoup trop de temps à parler de ce qu'on prévoit faire et qu'on ne vit pas le moment présent. On va avoir une conversation, tout simplement. Je ne sais pas où ça va mener. Une chose est sure : on va discuter de littérature. La bibliothèque est le pays d'un écrivain.
Les 15es Correspondances d'Eastman se déroulent du 10 au 13 août. Pour plus d'informations sur la programmation, consulter le www.lescorrespondances.ca.