« Ce n’est pas des sous qu’on veut, c’est du soutien », dit Marc-André Coallier, propriétaire du Théâtre de la Marjolaine et producteur. À ceux et celles qui avaient déjà acheté leur billet pour Kilimandjaro, il dit maintenant : à 2021!
« Ce n’est pas des sous qu’on veut, c’est du soutien », dit Marc-André Coallier, propriétaire du Théâtre de la Marjolaine et producteur. À ceux et celles qui avaient déjà acheté leur billet pour Kilimandjaro, il dit maintenant : à 2021!

Le Théatre de la Marjolaine survivra, promet Marc-André Coallier

Une saison complète reportée, une tournée chamboulée : le soixantième anniversaire du mythique Théâtre la Marjolaine, à Eastman, sera moins festif que prévu. « Mais ce n’est pas la mort du théâtre d’été, ni de la Marjolaine », assure le propriétaire et producteur Marc-André Coallier. Cependant, il avance que lui et tout le milieu culturel auront besoin d’un bon coup de main, et d’un fidèle public.

« Ce n’est pas des sous qu’on veut, c’est du soutien, exprime M. Coallier. Je vais m’arranger pour me dépatouiller et me sauver. Mais ce que je veux, quand ça va reprendre, c’est que le gouvernement investisse sur un plan de relance. Qu’il dise aux gens : “ En 2020, vous n’êtes pas sortis. Bien là, sortez! ” Il faut qu’ils mettent de l’argent en publicité, parce que moi, c’est souvent ça qu’il me manque. »

Les pertes sont tout de même considérables pour le producteur. La pièce qui devait se produire en 44 représentations sur la scène de la célèbre grange d’Eastman l’été prochain, Kilimandjaro, a dû être reportée en 2021, après que la phase de préproduction eut été complétée.

« Le théâtre d’été n’est pas subventionné, mais nous avons droit à un crédit d’impôt de 27 pour cent sur la main-d’œuvre québécoise, explique M. Coallier. Ce crédit-là n’est accordé que lorsque toutes les phases sont complétées, soit la préproduction, la production et l’exploitation. Je n’aurai pas droit à mon crédit cette année, comme il n’y a pas eu d’exploitation. Et l’an prochain, je vais de nouveau avoir à débourser pour ça. Les dépenses publicitaires ne sont pas non plus admissibles au budget pour ce crédit. Permettez-moi de l’inclure, et je vais pouvoir encourager beaucoup plus les médias locaux, qui sont en difficulté! »

Pas de chance non plus pour la pièce Les nonnes, qui avait animé le théâtre en 2019 et qui devait entamer une tournée dès juillet. Les salles se montrent pour l’instant ouvertes à reporter plutôt qu’à annuler.

« Mais on va passer à travers, relativise Marc-André Coallier. J’ai mis trois quarts de millions de dollars en 17 ans dans ce théâtre-là, je ne vais pas fermer demain. La Marjolaine est le plus vieux des théâtres d’été, et est l’un des rares encore debout. »

Heureusement, la prévente de Kilimandjaro avait été fructueuse, se réjouit M. Coallier, qui encourage les spectateurs à conserver leur billet pour l’an prochain. Ironiquement, la clientèle des aînés faisait un retour marqué depuis le succès des Nonnes, et le théâtre avait tâché d’adapter sa salle ainsi que son horaire de représentations.

« C’est sûr que ça va faire mal et que la Marjolaine va avoir de la misère, mais jusqu’à maintenant, il n’y a environ qu’une personne sur quatre qui demande à se faire rembourser », se console M. Coallier.

Est-ce difficile de repousser une telle pièce d’un an? « Oui, c’est compliqué parce qu’on est devant l’inconnu », admet celui qui comptait sur les talents de Valérie Blais, Pierre Verville, Mario Tessier, Marie Turgeon, Jules Ronfard et Métushalème Dary pour cette pièce écrite et mise en scène par Mario Jean. Les horaires de ces derniers pourraient vite changer.

Théâtre et COVID-19

« La Marjolaine, pour Eastman, c’est important. On sert seulement 60 personnes à souper par soir, mais les 240 autres vont souper ailleurs en ville. Il y en a qui se louent des chambres d’hôtel à Sherbrooke ou dans un B&B du coin, louent dans un camping... C’est 10 000 personnes entre le 18 juin et le 25 août qui ne viendront pas dépenser dans le coin. »

Sous son chapeau de propriétaire de théâtre, M. Coallier devra mettre son imagination à profit dans les prochaines semaines et les prochains mois. Il aura certainement besoin d’aide pour adapter sa vieille grange aux nouvelles normes sanitaires qui risquent de perdurer. « Je vais appeler Marie-Ève Lejour de la Savonnerie des Dilligences, et on va mettre des stations de lavage de main qui s’agencent avec la grange! »

Le théâtre de 300 places pourrait être converti en salle de 230 places, pour limiter le nombre total de personnes à 250 dans le bâtiment si cette contrainte devait être imposée en 2021, mais non pas sans stress financier. « J’ai besoin de 220 personnes par soir pour rentabiliser le spectacle. Ce n’est pas facile », explique-t-il.

Un produit signé La Marjolaine

Puisque La Marjolaine sera calme, M. Coallier entend profiter de cet été pour réaliser un projet qu’il avait au calendrier de 2021 : un produit signé la Marjolaine. Sans vouloir en révéler davantage, il affirme « attendre les permissions » pour commencer à produire ce qu’il appelle sa « valeur ajoutée ».

« Les gens viennent et peuvent découvrir un produit fabriqué sur place. Ça devient agrotouristique, ça devient le fun! On s’est dit qu’on ne resterait pas là à se tourner les pouces, alors on va développer ça cet été! »