Et si le Québec avait dit Oui sort en librairie ce mercredi 5 septembre.

Le référendum de 1995 revu et corrigé

Que se serait-il passé, le 30 octobre 1995, si le Québec avait voté pour la souveraineté ? C’est ce qu’a imaginé Normand Cazelais dans son roman Et si le Québec avait dit Oui, qui sort aujourd’hui en librairie aux éditions Fides.

Même s’il s’agit d’une fiction, Normand Cazelais a épluché de nombreux documents pour rédiger son manuscrit. Et de ce qu’il a constaté à travers ses lectures, le Québec aurait été viable en tant qu’État indépendant. D’où la finalité positive de son récit, à savoir la réussite de la souveraineté, plutôt que l’angle catastrophique auquel plusieurs s’attendaient.

L’auteur présume d’ailleurs que « le premier ministre Jean Chrétien aurait accepté — quoique difficilement — le résultat du référendum », écrit-il dans son colophon. « Il n’aurait pas envoyé l’armée ni eu recours à des agitateurs comme cela a été le cas aux premières heures du Front de libération du Québec (FLQ). J’ai présumé qu’il aurait manifesté les mêmes convictions et comportements démocratiques que les Québécois, qui ont accepté le résultat sans se livrer à l’insurrection ou à de violentes réactions. » Même avec une marge aussi faible que les 56 000 voix séparant les deux clans — le même nombre qui avait donné la victoire au Non dans l’exercice réel il y a 23 ans.

« Utopie réaliste »
C’est donc dans un univers uchronique que nous plonge l’auteur de Saint-Paul-d’Abbotsford. Dans une « utopie réaliste » qui colle aux faits et aux acteurs réels — les Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Mario Dumont et Jean Lapierre de ce monde, à qui il attribue des propos qui sont « la transcription fidèle de ce qu’elles ont pu dire ou écrire », mais placés dans un contexte différent, précise-t-il. « J’ai voulu rester dans le domaine du plausible. »


«  Plusieurs l’ont dit à plusieurs reprises : le 30 octobre 1995, le Québec est passé à côté de l’Histoire.  »
Normand Cazelais
C’est dans un univers uchronique que nous plonge l’auteur de Saint-Paul-d’Abbotsford, Normand Cazelais.

Normand Cazelais a par ailleurs parsemé son récit de différents articles de journaux et extraits d’émissions fictifs, qu’il a rédigés selon les styles propres à chacun des médias — La Presse canadienne, TVA, Radio-Canada, l’Agence France-Presse, etc. « Recourir à la presse me permettait de jeter un regard extérieur aux événements. J’aurais pu me mettre dans la peau de mes personnages, mais j’aurais à ce moment-là eu une vision trop intérieure et suggestive », dit celui qui a lui-même été journaliste et chroniqueur à la télévision et à la radio.

Comme il s’agit malgré tout d’un roman, l’écrivain dépeint l’issue fictive du référendum de 95 à travers les yeux de ses protagonistes : Charles-André, Francine, Nicolas, Judith et bien d’autres. « La trame romanesque de ces deux couples, l’un souverainiste, l’autre fédéraliste, vient aussi souligner le fait que ce sont les citoyens qui ont vécu ces événements, tout comme ce sont eux qui les ont vécus en 95 », précise-t-il.

Timing parfait
Si le moment est bien choisi pour lancer son livre, la province étant plongée en pleine campagne électorale, Normand Cazelais se défend de l’avoir écrit dans cette perspective. « Ça fait deux ans que je travaille dessus », mentionne-t-il.

Il ne cache toutefois pas que sa publication « tombe à point », et il espère que son récit suscitera des réflexions et aidera au débat.

Il regrette toutefois que la question de l’indépendance du Québec ne suscite plus autant d’intérêt qu’il y a plusieurs années. « Le dossier est toujours d’actualité, selon moi, mais l’enjeu a malheureusement perdu de sa popularité. C’est d’ailleurs la première élection où l’indépendance n’est pas un des éléments au cœur du débat, comme s’il avait subi une forme d’usure. Et le PQ a une partie de responsabilité là-dessus, pour avoir trop tergiversé sur le sujet et n’avoir pas su présenter le projet de la bonne façon dans les dernières années. Pour les jeunes de 35 ans et moins, c’est de la vieille histoire. Ça fait ringard. »

Sans avoir la prétention de voir son roman jouer un rôle aux prochaines élections, Normand Cazelais souhaite néanmoins qu’il raisonne en jetant « un éclairage nouveau sur des faits qui ne sont pas si éloignés, mais qui sont de plus en plus flous dans l’imaginaire collectif, voire sombrent dans l’oubli ».

« Plusieurs l’ont dit à plusieurs reprises : le 30 octobre 1995, le Québec est passé à côté de l’Histoire », rappelle-t-il en terminant.