Karo Laurendeau est bien placée pour mesurer la progression du new country au Québec, puisqu’elle mène une carrière de chanteuse, tout en animant des émissions country à la radio, ainsi qu’au petit écran, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Le new country vu par Karo Laurendeau

L’émergence de la scène new country au Québec représente un phénomène culturel imparable. La vague est partie des États-Unis, pulsée par des artistes qui ont eu le goût de dépoussiérer les anciens codes. Puis, tout doucement, généralement sous le radar, ce genre musical a fait son chemin dans la patrie de Willie Lamothe jusqu’au moment où il est devenu omniprésent, ainsi qu’a pu le constater la Saguenéenne Karo Laurendeau.

Peu de gens sont aussi bien placés pour mesurer l’ampleur de cette mutation. Tout en menant une carrière de chanteuse à laquelle son nouvel album, La fureur de vivre, a donné une vigoureuse impulsion, elle anime l’émission Destination New Country en musique à la station de radio CKAJ, basée à Jonquière. Depuis trois ans, on peut aussi la voir au petit écran, plus spécifiquement à MAtv, où sont diffusés les épisodes d’Aller-retour country.

Son réseau est large, embrassant toutes les sensibilités du country. Et justement, ce n’est pas d’hier que Karo Laurendeau remarque la présence d’artistes différents, soucieux d’évoluer dans un cadre qui soit plus en phase avec l’évolution de la société. « Le new country, c’est l’arrivée d’une nouvelle génération qui, même si elle demeure fidèle à des instruments comme le banjo et la ‘‘steel’’, ajoute une couleur pop aux arrangements », a-t-elle décrit au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Même cette artiste qui se dit proche de la tradition country flirte avec le new country par intermittences. Elle donne en exemple la pièce titre de son album, laquelle suscite une pointe d’enthousiasme pendant ses spectacles. « Je suis surprise de voir à quel point les gens s’y sont attachés, sans doute parce qu’elle est plus pop, moins traditionnelle. Tous l’aiment, y compris les amateurs plus âgés », fait observer la chanteuse.

Toujours au Saguenay-Lac-Saint-Jean, elle signale que le premier disque de la Dolmissoise Véronica, That Kind of Girl, joue dans les talles du new country. « C’est la jeunesse, la relève », affirme Karo Laurendeau. Or, ils sont nombreux à explorer ce créneau, des gens comme Matt Lang et Phil G.Smith, entre autres, qui seront de la prochaine saison d’Aller-retour country. Les enregistrements de leurs émissions sont prévus pour la fin de mai, à La Pulperie de Chicoutimi. La diffusion, elle, débutera à l’automne.

« Je les ai invités parce que je souhaite offrir une programmation variée, explique Karo Laurendeau. Le public de Matt Lang est plus jeune, ce qui constitue une bonne chose parce que ça fait évoluer la scène country. Quant à Phil G. Smith, il vient de sortir un album dont la facture est country, mais quand on l’écoute, on remarque qu’il y a autre chose. »

Elle relève également des accointances avec le new country chez des artistes venus d’univers différents. « Le dernier enregistrement de Noir Silence est très country. On sent aussi qu’il comporte des éléments de new country. C’est comme Jean-François Breau, un artiste populaire qui s’est rapproché du country sur son nouveau disque. Peut-être que ce mouvement a été favorisé par le fait que le son new country est près de celui qu’il avait auparavant », énonce la chanteuse.

On pourrait y voir une suite de cas anecdotiques, mais sa collaboration avec CKAJ lui offre une perspective beaucoup plus large. Puisque son émission est diffusée plusieurs fois par semaine, généralement du jeudi au samedi, les artistes se font un devoir de soumettre leurs nouvelles productions. « C’est incroyable, le nombre d’albums new country qui entrent à la station », s’émerveille Karo Laurendeau.