Gabriel Allaire a reçu le prestigieux prix international Robert Walser pour son premier roman, Pas de géants.

Le jeune auteur Gabriel Allaire primé en Suisse

Gabriel Allaire a eu toute une surprise, il y a un peu plus de deux semaines. Il a appris qu’il remportait le prestigieux prix international Robert Walser pour son roman Pas de géants, paru chez Leméac en août 2017.

Cet honneur est remis tous les deux ans à une première œuvre littéraire en prose et s’accompagne d’une bourse d’un peu plus de 26 500 $ canadiens (20 000 francs suisses).

« Honnêtement, je ne savais même pas que mon éditeur avait envoyé mon livre ni même que ce prix existait », laisse tomber celui qui a vécu toute son adolescence à Granby. Pour tout dire, le jeune homme de 27 ans a même d’abord cru à un canular en lisant le courriel du président de la Fondation Robert Walser.

Le jury dit avoir été impressionné par « la vigueur stupéfiante du texte de Gabriel Allaire », peut-on lire dans le communiqué. « Pas de géants constitue une heureuse découverte, le premier roman enchanteur et déchirant d’un jeune auteur québécois [...] »

« L’histoire d’Oli, gamin d’une petite ville sans perspective qui assiste au délitement de sa famille, frappe autant par la langue extraordinairement imagée et novatrice qu’elle déploie que par la justesse du diagnostic qu’elle plaque sur une société qui n’hésite pas à bourrer ses écoliers de médicaments pour les faire marcher droit », y est-il également souligné.

En colère

C’est d’ailleurs ce triste constat qui a servi d’étincelle au concepteur-­rédacteur publicitaire pour écrire son premier livre. « J’étais en colère de voir à quel point on se sert de la médication pour casser les enfants, les faire entrer dans un moule, dit-il. J’étais dérangé par le fait qu’on colle des étiquettes très jeunes, et qu’on mette de la pression aux enfants à devenir plutôt que de simplement les laisser profiter de cette étape merveilleuse qu’est l’enfance. »

Le hasard a fait le reste. Il s’est fait remarquer par l’écrivain Jean Barbe lors d’un atelier d’écriture, ce qui lui a ouvert toutes grandes les portes chez Leméac. « On m’a dit que si j’écrivais quelque chose, ils allaient le publier. Je n’ai donc pas eu à envoyer plein de manuscrits partout. J’ai écrit Pas de géants et un an plus tard, il sortait en librairie », raconte Gabriel Allaire, bien conscient de la chance qu’il a.

Son livre a reçu un bel accueil à l’automne dernier, mais « rien d’exceptionnel qui pouvait laisser présager une reconnaissance internationale », est d’avis le jeune auteur, « ce qui a ajouté à l’effet surprise de recevoir ce prix ».

Il croit par ailleurs que cette belle récompense pourrait maintenant faciliter la parution de son livre en Europe, malgré une écriture truffée de québécismes. « Je pensais que la langue pourrait être une barrière, mais il paraît que non », dit-il. 

« Pas de géants constitue une heureuse découverte, le premier roman enchanteur et déchirant d’un jeune auteur québécois [...] »

Le jury du Prix Robert Walser écrit d’ailleurs dans son communiqué que « la richesse du vernaculaire ne gêne en rien la compréhension mais vient au contraire étoffer l’expérience de lecture ».

Gabriel Allaire se rendra en Suisse en septembre pour recevoir son prix. Et il commence à songer à un deuxième ouvrage. « C’est sûr que je vais écrire autre chose, je ne sais juste pas encore quoi ni quand », conclut-il.