«Je fais ce métier-là parce que j’aime ça d’une passion dévorante. Je ne pourrais pas ne pas faire d’humour. Ça me plait de faire rire des centaines de personnes, mais quand je me retrouve devant six quidams, ça me plaît aussi. Même quatre! Non, quatre, c’est juste un souper où tu parles trop» lance Simon Leblanc en riant.

Le goût du risque de Simon Leblanc

Simon Leblanc est mieux de ne pas tomber malade dans les prochaines semaines. Rares sont les salles qui n’affichent pas complet pour son deuxième one man show, qui porte ironiquement le titre de Malade. Et il en est le premier surpris.

«Je pensais devoir faire un battage médiatique épouvantable, mais j’ai donné une seule entrevue, en janvier, et les billets se vendent tout seuls!» s’étonne-t-il lors d’une seconde entrevue à La Voix de l’Est.

L’humoriste s’arrêtera au Palace le 20 avril prochain. Et Granby ne fait pas exception: tous les billets ont trouvé preneur.

Les gens dans la salle auront droit à un spectacle en continuité avec Tout court, son premier effort solo. «La trame narrative est inspirée de mes nombreux séjours à l’hôpital, mais ça va ailleurs assez rapidement. J’aborde le thème des voyages, du féminisme, des Jeux paralympiques, de la société de performance..., énumère-t-il sommairement. C’est encore une formule toute simple sans entracte ni décor, juste moi qui jase sur scène.»

Rappelons que s’il a si souvent fréquenté les hôpitaux, c’est qu’à l’âge de 22 ans, Simon Leblanc s’est retrouvé en fauteuil roulant, cloué par la douleur d’une spondylarthrite ankylosante et affaibli par la maladie de Crohn. Mais aujourd’hui, grâce aux médicaments, il mène une vie tout à fait normale... ou presque!

Le travail, c’est la santé
Ce qui n’est pas «normal», chez lui, c’est qu’il travaille... comme un malade. Et il aime ça. Pendant six mois, il a jonglé avec deux tours de piste. Pendant qu’il terminait la tournée de Tout court, il rodait Malade. «J’avais deux shows dans ma tête, une chance que j’ai une bonne mémoire!» reconnaît-il.

«Mais tu sais ce qui était le plus mêlant? C’était d’alterner entre des salles de 1000 personnes et de 30 personnes. C’était comme un choc thermique», ajoute-t-il aussitôt.

Simon Leblanc a «tué» le premier le 21 janvier dernier non pas parce que la demande n’y était plus, mais parce qu’il n’avait plus de plaisir à le faire sur scène. Parce que le plaisir, c’est fondamental pour le trentenaire. «Je fais ce métier-là parce que j’aime ça d’une passion dévorante. Je ne pourrais pas ne pas faire d’humour. Ça me plaît de faire rire des centaines de personnes, mais quand je me retrouve devant six quidams, ça me plait aussi. Même quatre! Non, quatre, c’est juste un souper où tu parles trop» lance-t-il en riant.

Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est se mettre en danger. Surtout lors de ses rodages. «Je vais chercher des publics qui ne me connaissent pas, une poignée de Français venus étudier à l’UQAM, par exemple, pis j’essaie de les faire rire. C’est tough, des fois. Vraiment tough. Il y a des soirs où tu veux mourir, où tu sors de scène en tremblant parce que tu peux être seul longtemps quand une blague ne fonctionne pas. Mais t’es connecté à ton matériel direct. Tu sais immédiatement ce qui marche ou pas. Pis c’est l’fun. Plus c’est tough, plus c’est l’fun.»

Mais le summum de l’extase, c’est toutes les démarches qu’il effectue en amont, dit-il. «Ce que j’aime encore plus que faire des shows, c’est tout le travail derrière les mécaniques de l’humour, les subtilités du rire.»

Et il a une façon bien particulière de travailler puisqu’il n’écrit aucun texte. Ironique pour celui qui s’est fait décerner la statuette de l’Auteur de l’année au dernier gala des Olivier... «J’écris, mais dans ma tête, se défend-il. Ne pas le faire sur papier, ça te donne la liberté de changer ton texte rapidement. Et avec la pratique, tu viens qu’à savoir c’est quoi ton métier. Faut que tu fasses bin des shows, par exemple.»

Un troisième en chantier
Pour ça, on n’a pas à s’inquiéter! La première médiatique de Malade n’est même pas encore au calendrier que Simon Leblanc annonce déjà qu’il commencera le rodage de son troisième one man show en juin. «Je veux juste me laisser quelques mois de pur plaisir avant d’entamer mon troisième. Avec Malade, je suis dans le «sweet spot». Ça ne fait vraiment pas longtemps qu’il est lancé pour vrai, qu’il ne change plus vraiment. Je veux en profiter.»

Cette troisième proposition sera quelque peu différente des deux premières, annonce d’ores et déjà l’humoriste. «En fait, il y aura deux shows différents: un pour Montréal, et un autre pour les régions. Parce que j’habite dans la grande ville, mais je viens de la Gaspésie, et je me rends compte qu’il y a de plus en plus de différences entre les deux réalités. La base sera la même, mais l’ensemble sera adapté.»

Pour vous dire à quel point il aime le risque, l’humoriste songe même à traduire la version montréalaise de ce spectacle en créole, en espagnol ou en arabe pour rejoindre les différentes communautés culturelles. «Peut-être que ça va être un flop monumental, que je vais me casser la gueule solide, mais j’aurai eu du fun pareil», termine-t-il.