Une douzaine d’artistes font vivre Saloon.

Le Cirque Éloize débarque en ville

Un cirque, un vrai, qui s’arrête en région, voilà presque un événement. Après avoir foulé quatre continents, le spectacle Saloon du Cirque Éloize quitte les grandes métropoles pour aller à la rencontre des Québécois. Incursion au coeur du Far West.

En annonçant cette tournée, l’an dernier, le président et chef de la création du Cirque, Jeannot Painchaud, avait d’ailleurs insisté sur le désir de son entreprise d’être plus présent dans la province qui l’a vu naître il y a 25 ans. Car nul n’est prophète en son pays, pourrait-on croire en voyant le succès planétaire de cette compagnie de cirque contemporain.

Saloon fait donc partie de ce retour aux sources. Présentée comme une comédie acrobatique, la production plonge les spectateurs dans une épopée aux confins de l’Amérique naissante. Ambiance de saloon, personnages caricaturaux, décors de Far West, mine d’or, idylle, poursuite effrénée, tout est prétexte aux performances scéniques éclatées.

«Il y a beaucoup d’humour dans ce spectacle. Et c’est conçu pour la scène de théâtre, alors les artistes l’occupent au complet. C’est notre terrain de jeu», expliquait M. Painchaud à La Voix de l’Est cette semaine.

La musique y tient aussi une place de choix, grâce aux compositions originales livrées en direct et aux chansons de Johnny Cash et Patsy Cline, entre autres. Le grand patron du cirque a eu envie de faire appel à son cousin Éloi Painchaud pour le volet musical.

«C’est une première collaboration entre nous. Ce sont de belles retrouvailles. Ça nous a rappelé nos soirées d’enfance aux Îles-de-la-Madeleine», glisse Jeannot Painchaud, en rappelant leur amour commun pour la musique bluegrass.

Éclair de chaleur
À l’époque de sa création, en 1993, lui et ses associés madelinots avaient d’ailleurs baptisé le cirque «Éloize», un mot purement acadien qui signifie «éclair de chaleur». Ce nom, croit-il, colle toujours parfaitement à la réalité d’aujourd’hui.

«Pour moi, l’éclair décrit notre côté acrobatique et spectaculaire; et chaleur parce qu’on est une compagnie avec beaucoup d’humanité, qui veut toucher le coeur et l’âme. Éclair de chaleur correspond encore exactement à qui on est.»

Le président et chef de la création du Cirque Éloize, Jeannot Painchaud

Quand on lui demande ce qui rend le Cirque Éloize unique en son genre, l’ancien acrobate — sa spécialité était la bicyclette acrobatique — évoque à nouveau l’humanité et le côté familial qui teintent tous les spectacles de la troupe. Ça et le fait qu’Éloize a été le premier à proposer du cirque en salle.

«On est un cirque qui se déplace de théâtre en théâtre. Et j’ai toujours voulu inviter des créateurs qui ne connaissaient pas le milieu du cirque, comme des metteurs en scène de théâtre, des chorégraphes de danse contemporaine, pour brasser des idées. Avoir une certaine dramaturgie, créer des moments poétiques, touchants, ç’a été notre marque de commerce.»

Et pas question de s’enliser dans la routine. «On explore tout le temps. On a déjà eu un orchestre symphonique sur scène; avec iD, on mélangeait le rap, le hip-hop, la danse urbaine au cirque... Cirkopolis s’inspirait de Kafka... On ne se cantonne pas dans le même style. On explore des mariages improbables.»

Partout dans le monde
En 25 ans, le Cirque Éloize a mis au monde 13 spectacles et visité plus de 525 villes partout sur le globe. Même l’Arabie saoudite les a accueillis. «On est vraiment une compagnie de tournée», résume M. Painchaud.

Pour cet anniversaire important, l’entreprise ajoutera deux créations cet été : Nezha, l’enfant pirate, qui s’installera tous les soirs de l’été à la Cité de l’énergie de Shawinigan, et Hotel, qui visitera les États-Unis avant sa première à la Place des Arts à l’automne.

«Se renouveler, c’est ça le plaisir. C’est ce qui nous motive!», ajoute l’homme en insistant sur l’importance de faire preuve d’audace et de ne jamais craindre le changement.

Mais pourquoi donc cette fascination de l’être humain pour le cirque? «C’est un mélange de défi à la mort, de dépassement, de rêve et de poésie. Un autre ingrédient, c’est le nomadisme des gens du cirque. Il y a cette fascination pour les gens qui voyagent. Tout cela frappe l’imaginaire.»