L’audace d’Éloïse Comtois Mainville et de son chum, Ludovic Bastien, paie bien. Leur petite place, le Beat & Betterave à Frelighsburg, s’apprête non seulement à célébrer ses trois ans d’existence, mais sa réputation n’est plus à faire.

Le Beat & Betterave souffle ses trois bougies

Ils étaient plusieurs, il y a trois ans, à se questionner sur la possibilité du Beat & Betterave de survivre dans un hameau d’à peine 1000 habitants. Il faut dire que le pari était risqué d’ouvrir un resto culturel dans un lieu aussi reculé, le long de la frontière canado-américaine.

Mais l’audace d’Éloïse Comtois Mainville et de son chum, Ludovic Bastien, paie bien. Leur petite place s’apprête non seulement à célébrer ses trois ans d’existence, mais sa réputation n’est plus à faire.

La Voix de l’Est les a rencontrés mardi, lors de leur seule journée de congé de la semaine. C’est le prix à payer pour s’être lancés dans cette aventure, disent-ils. «On travaille 100 heures par semaine chacun.»

Ludovic s’occupe beaucoup de la programmation; elle s’affaire plutôt aux chaudrons. C’est ainsi qu’ils ont réuni leurs deux univers dans un projet commun.

Musicien de formation, il a plusieurs contacts dans le milieu. Ça facilite les choses au moment d’inviter les artistes. Et c’est en partie ce qui explique que des noms aussi connus que Kevin Parent, Milk & Bone, Bernard Adamus, Martha Wainwright, Martin Léon, Lisa LeBlanc, Safia Nolin et Fred Fortin ont accepté de parcourir plusieurs kilomètres pour se produire chez eux. Le bouche-à-oreille a fait le reste, glisse-t-il.

Éloise, elle, provient davantage du domaine des arts visuels. Pendant ses études universitaires, elle a aussi travaillé en restauration.

Comme un et un font deux, l’idée d’ouvrir un resto culturel a germé. Leur premier réflexe a toutefois été de regarder du côté de leur région natale, Lanaudière, pour réaliser leur rêve. Le bassin de population y était plus important, il est vrai, mais l’investissement aussi.

Si les entrepreneurs de 28 ans se sont finalement tournés vers Frelighsburg, c’est grâce à la sœur d’Éloïse, propriétaire des Jardins de la Grelinette. Ils ont acquis une demeure ancestrale au cœur du village et l’ont transformée pour en faire à la fois leur espace de vie et leur gagne-pain.

«De cette façon, on ne s’est pas endettés outre mesure, fait remarquer Ludovic. On vit à l’étage, on n’a pas besoin d’avoir d’employés... C’est un gros avantage puisqu’on a pu démarrer notre entreprise sans dettes, juste une hypothèque.»

Ça permet aussi d’accueillir des artistes qui normalement ne seraient pas rentables pour une petite salle de 100 personnes, ajoute-t-il.

À l’échelle humaine
Le couple a également revu son modèle d’affaires initial pour l’adapter au marché local. Ça se traduit surtout, soulignent-ils à plusieurs reprises, par garder le tout à l’échelle humaine. «Ici, c’est un commerce de proximité. C’est un petit milieu, tout le monde se connaît... Beaucoup trouvent d’ailleurs qu’on joue un peu le rôle de salle communautaire», mentionne Éloïse.

«Dans le fond, c’est un peu ça, poursuit-elle. On propose une plate-forme, et on est ouvert à ce que les gens nous proposent et ce dont on a envie. C’est comme si on accueillait les gens chez nous, dans notre salon. L’hiver, les gens ont pratiquement le réflexe d’enlever leurs bottes quand ils entrent!»

Il faut dire que tout le monde est traité aux petits oignons. Soupes, salades, falafels et autres petits plats sont concoctés avec amour à partir des produits de l’immense potager situé à l’arrière, ainsi que de produits locaux.

En plus, on leur sert des spectacles de qualité dans une intimité que permettent trop peu de salles au Québec. «On est peut-être six ou sept selon le même modèle d’affaires», estime Ludovic, citant au passage les Zaricots, à Saint-Hyacinthe, et le Nord-Ouest Café à Trois-Rivières.

Voir Klô Pelgag au Beat & Betterave n’est certainement pas la même expérience que la voir au Club Soda de Montréal, illustre-t-il au passage pour expliquer que tant de gens de l’extérieur se déplacent à Frelighsburg et que bien des spectacles affichent complet.

Être créatif
Mais faire sortir les gens de chez eux reste un énorme défi, ajoute Éloïse. Et pour cela, le couple doit être créatif. «Une fois par mois, on offre de la pizza à volonté avec nos légumes du jardin en plus d’offrir un petit show folk», mentionne-t-elle.

«D’ici deux ans, on aimerait également ouvrir notre brasserie artisanale», reprend Ludovic.

Il y a aussi les mercredis Open BBQ, auxquels sont conviés les maraîchers du coin, des projections de films, des conférences...

«L’axe musique du monde aussi attire pas mal de monde. Les gens sont prêts à prendre le risque quand ça sonne exotique», ajoute la jeune femme.

C’est d’ailleurs sur cette note qu’elle et son copain souligneront les trois ans d’existence du Beat & Betterave, ce samedi, alors que le Gypsy Kumbia Orchestra viendra faire son tour. «On voulait quelque chose de festif, pas trop cher et qui ferait danser tout le monde.» La soirée affiche d’ailleurs complet.

«Heille trois ans... C’est comme si cette aventure avait débuté hier, mais aussi qu’on la vivait depuis toujours!» conclut celle qui deviendra maman dans trois mois.